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"Par une mer basse et tranquille" de Donal Ryan, un sublime portraitiste des gens ordinaires

Sophie Creuz nous présente un roman irlandais, signé Donal Ryan et paru chez Albin Michel. Il a pour titre "Par une mer basse et tranquille".

Trois histoires composent ce roman sans qu’on ne sache, avant la fin, en quoi elles sont liées. Mais nous les lisons avec attention, pénétrés de ces personnages, au plus près d’eux ; comme elles sont écrites d’ailleurs par cet auteur irlandais proche des gens. Ses trois précédents romans frappent par cette proximité, et par la réelle empathie qu’il a pour ces hommes et ces femmes ordinaires, qu’on croise au magasin, dans le bus, le regard perdu dans leurs pensées. On sent que lui aussi se demande quelle est leur vie, dans quel genre de famille ils ont grandi, quelles blessures intimes, peut-être, les habitent.

Un regard en toute simplicité

La première histoire, vous ne l’oublierez jamais. Elle est de celle qu’on entend tous les jours, hélas, à la radio. Et en même temps pas assez. C’est l’histoire d’un Syrien, seul rescapé d’un navire fantôme qui a englouti sa femme et sa fille. Donal Ryan est lui aussi un mari et un père aimant et il se met totalement, avec une absolue pudeur, à la place de cet homme dont il ne peut qu’imaginer ce qu’il a fui, une ville en guerre, détruite, mais dont il peut ressentir au plus profond de lui-même ce que ce peut être cette douleur atroce, indicible, de perdre les êtres qui vous sont le plus chers, alors que vous vouliez précisément les mettre à l’abri.

La deuxième et la troisième histoires nous présentent deux Irlandais, l’un est un sale type, prêt à tout pour obtenir ce qu’il veut, salir, tuer, trahir mais sous des airs de respectabilité bourgeoise et avec l’aval de sa fonction. C’est un lobbyiste qui joue et qui gagne. L’autre, au contraire, est un jeune homme un peu perdu, qui ne sait pas quoi faire de sa vie, dans une petite ville qui offre peu de perspectives à un jeune de la petite classe moyenne, pas très diplômé, sans argent et sans relation.

La force de Donal Ryan est dans ces portraits. Parce qu’il sait voir, regarder avec empathie, même les cyniques. Et il n’a pas peur de ramener les grandes questions à notre hauteur ou à notre petitesse plutôt.

Le Mal mais aussi le Bien sont des thèmes qui hantent l’œuvre de cet auteur dont le rayon est la simplicité. Pas d’effet de manche ni de grandes envolées philosophiques ni même de tourments exposés à tous vents. Nous sommes dans le réel, la vie de petites gens, dont nous sommes, qui font bonne figure, qui gardent pour eux leurs grandes angoisses, leur détresse.

Des choses atroces comme pour le père syrien, trompé par un passeur qui jouait au bon samaritain, promettait sécurité et secours, ou alors des choses anodines qui pourtant impriment à jamais leurs amertumes sur la peau : un mot méchant entendu dans l’enfance, un père qui ne vous estime pas, des médisances, une amoureuse qui vous quitte pour un parti plus enviable, une mère enceinte d’un homme mauvais. Et pourtant…

Un livre plein de bonté

C’est un livre plein de bonté. Donal Ryan, en bon catholique Irlandais, ose la bonté, sans que jamais cela ne soit confit dans la candeur sucrée ou l’image pieuse fluorescente par temps de pluie. Non, ce dont il nous parle, c’est à quel point il est facile de faire le mal mais aussi à quel point avoir un geste, un mot aimable est à la portée de tous et combien ces petits riens-là changent la vie, la sienne d’abord en lavant le regard qu’on porte sur autrui, mais aussi, l’autre et peut-être même la face du monde. Si chacun s’y mettait.

C’est du moins la lecture que fait Sophie Creuz de ces trois récits, de ces trois existences bien différentes, et qui se rejoignent dans une fin ouverte qui laisse à penser que l’exploitation d’autrui, le racisme, le cynisme, la médisance et le mépris social apportent finalement assez peu de bonheur à qui s’y prête.

Donal Ryan n’a pas son pareil pour relever tous les petits trésors du quotidien. Ses personnages secondaires sont épatants, merveilleusement croqués : une petite vieille marrante ou un grand-père râleur, hâbleur, acide mais aussi dévoué, aimant et discret quand il faut.

"Par une mer basse et tranquille" de Ronal Dyan parait aux éditions Albin Michel dans la traduction de Marie Hermet.

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