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"Meurtres à Atlanta" de James Baldwin, un essai qui résonne avec l’actualité américaine d’aujourd’hui

Cet essai de James Baldwin, Meurtre à Atlanta, reparaît 35 ans après sa publication et si Sophie Creuz nous en parle aujourd’hui, c’est parce qu’il éclaire un aspect de l’actualité américaine.

Atlanta est en Georgie, au sud des Etats-Unis, un état qui a connu une bataille serrée entre les voix pour Biden et celles pour Trump, une ville Noire et Blanche, divisée entre Démocrates et Républicains, parmi lesquels on compte des Afro-Américains dont certains ont encore voté pour Donald Trump, plus encore que par le passé. C’est ce genre de contradictions qu’analyse brillamment cet écrivain décédé en 1987.

Qui était James Baldwin ?

Il est né à Harlem en 1923, c’est un des premiers écrivains noirs à avoir eu une reconnaissance immédiate, et il a ouvert la voie à toute une génération d’écrivains et d’activistes grâce à Toni Morrison qui l’a publié.

C’est un grand intellectuel et un romancier qui mêle les souvenirs personnels à l’analyse politique et des réflexions qui interpellent, non seulement les Américains, mais tous ceux qui le lisent. Car il nous parle de nous, de nos sociétés, de notre histoire d’Européens partis conquérir le monde et, il faut bien le dire, soumettre les autres peuples à notre profit ou les modeler à notre image. Mais il a l’intelligence de nous montrer combien cette vision de l’autre nous piège nous aussi, nous empêche d’initier une autre société.

L’invisibilité de sa société afro-américaine

Quand il retourne à Atlanta, James Baldwin vit en France depuis de longues années — il a quitté New York pour ne plus seulement être Noir mais devenir qui il était. Et c’est à la demande d’un journal qu’il retourne aux Etats-Unis couvrir le procès d’un homme accusé d’avoir tué une vingtaine d’enfants noirs.

Personne n’a parlé de cette histoire, aucun gros titre dans la presse nationale, la mort violente de jeunes enfants noirs et pauvres n’était pas un événement. Et c’est cela qui l’intéresse, en quoi ce déni est-il représentatif du peu de place des Afro-Américains et des pauvres dans l’opinion publique, les médias, la vie politique de cette Nation. "Black lives matter" a-t-on entendu suite à la mort de George Floyd... Force est de constater que l’invisibilité des Noirs ou leur perception uniquement comme un problème, demeure bien encore aujourd’hui. Pourquoi ? "Ne sommes-nous pas des émigrants comme le furent les Irlandais, les Polonais, les Allemands et les Juifs arrivés d’Europe après les esclaves." Pourquoi les descendants d’Africains n’ont-ils aucun poids décisionnel, contrairement aux immigrés européens, demande James Baldwin ?

Comprendre et dépasser les clivages

James Baldwin qui était ami de Malcolm X et de Martin Luther King était aussi un moraliste. Il prend toujours de la hauteur, se met des deux côtés d’un point de vue pour comprendre et dépasser les clivages, les préjugés, les peurs et l’ignorance. Et il le fait dans un style éblouissant d’intelligence et de classe.

Son but est d’en finir, au bénéfice de tous, avec les mensonges que l’histoire américaine se raconte à elle-même. En finir avec le folklore glorieux des "civilisateurs", avec cette culture "virile", brutale qui somme les autres de s’intégrer à la société blanche, ou de disparaître. Et on en est toujours là, pas seulement en Amérique, or nous dit-il la société n’est plus blanche, c’est d’ailleurs la grande crainte des électeurs de Trump.

Et Baldwin nous permet de sortir de cette crainte et de cette société divisée dans laquelle "chacun est désespérément l’ennemi de son frère. Nous n’avons pas le courage de reconnaître que notre droit naturel est de nous aimer les uns les autres." Et il ajoute : "Le vide moral provoque la rupture du contrat social. Et lorsque le contrat est brisé, le chaos frappe à toutes les portes".

"Meurtres à Atlanta" de James Baldwin, paraît chez Stock dans la collection La cosmopolite.

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