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Le vol de Bostjan de Florjan Lipus ressuscite la vie paysanne et rude d’un enfant de la guerre en Autriche

Sophie Creuz nous présente Le vol de Bostjan de l’écrivain autrichien Florjan Lipus, qui paraît dans une petite maison d’édition, les éditions Do.

Il s’agit d’un roman slovène, mais du slovène qu’une minorité linguistique parle encore dans le sud de la Carinthie, en Autriche. Et si ce roman de Florjan Lipus nous parvient, c’est probablement grâce à l’engouement pour ce roman de Peter Handke, prix Nobel de littérature, et originaire de cette même région.

La vie de Bostjan, un conte cruel et enchanté

Bostjan est un petit garçon qui a vu sa mère arrêtée par le policier du village, pour être déportée. Peu de temps après, c’est sa grand-mère, véritable babouchka comme on en trouve dans les contes russes, qui décède, et l’enfant se retrouve seul dans la petite maison isolée en bord de forêt. Quelque temps après, son père revient du front où il était soldat. Mais c’est un ogre, une brute qui bat l’enfant et le fait travailler comme un forçat. Son seul refuge, c’est le souvenir de la douceur perdue, l’odeur du pain que cuisait sa mère, les histoires de mauvais génies de la forêt que lui racontait sa grand-mère. Cela tisse une sorte de toile sous laquelle cacher le chagrin, une trame qui tient serré les jours difficiles. Mais cela donne aussi des pages somptueuses dans laquelle l’enfant raconte son quotidien comme un conte cruel et enchanté.

Une écriture magnifique

C’est une écriture qui nie la crudité du réalisme pour la transfigurer en une matière littéraire. La solitude blessée de l’enfant se déploie comme un sortilège, comme une cantilène qui fait tenir Bostjan toute la semaine dans la perspective du dimanche. Parce que le dimanche, dans la petite église sombre et fruste – autant que le sont les paysans brutaux de ce village – il entrevoit Lina, et ses longs cheveux sous son foulard. Et quand il la croise sur le chemin du moulin, elle n’est que grâce, lumière et chanson. Et le récit serpente au-devant de cette promesse, de cet amour d’adolescent qui sait que là est la porte qui le fera sortir du trou dans lequel le chagrin l’a plongé.

On est ébloui par cette langue chatoyante, colorée comme les peintures naïves paysannes, imagée et en même temps d’une musicalité parfaite, ondoyante, ourlée de la noirceur des hommes et de la menace de la forêt de l’oubli. Il n’y a pas un gramme d’épanchement dans ce roman, tout est retenu pour ne laisser se déployer que la beauté de la nature et de cet amour naissant qui perce les ombres comme un rayon soleil.

C’est bouleversant de beauté et c’est merveilleusement traduit, dans une langue pleine de saveur qui conserve, en français, le charme du dialecte et des mots oubliés.

Le vol de Bostjan de Florjan Lipus, traduit du slovène par Andrée Lück Gaye et Marjeta Novak Kajzer, est paru aux éditions Do.

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