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"Le pays des autres" de Leïla Slimani, un roman qui interroge toutes les formes d'exil

Sophie Creuz nous présente le nouveau roman de Leïla Slimani, Le pays des autres, premier tome d’une trilogie parlant du Maroc des années 1945-1955.

La Foire du Livre de Bruxelles ouvre ces portes dans quelques jours et fera la part belle à la littérature venue du Maroc. Et le livre de Leïla Slimani – qui se dit 100% Française et 100% Marocaine – paraît précisément le 5 mars, jour de l’ouverture de la Foire du livre. Heureux hasard pour ce roman qui nous transporte à Meknès et dans la campagne aux alentours, entre les années 1945 et 1955, quelques semaines avant la déclaration d’indépendance du Maroc.

La colonisation française en Afrique du Nord

C’est un livre politique d’une certaine façon mais à hauteur d’hommes, et plus encore à hauteur de femmes. Parce qu’il y est question de la grand-mère de Leïla Slimani, une Alsacienne tombée amoureuse d’un soldat marocain venu libérer Mulhouse avec un contingent du Maghreb. Il était beau, il sentait le sable chaud et elle l’a suivi à la médina et puis au bled. Le contraste sera rude, car la bourgeoise citadine qu’elle était débarque dans un Maroc extrêmement codifié, notamment pour les femmes, les épouses et les filles.

Et ce qui fait tout l’attrait de ce livre, c’est qu’il nous raconte l’histoire en train de se faire au travers d’un couple né chacun d’un côté et de l’autre de la politique coloniale. Avec tous ses paradoxes puisque lui, Amine, est en principe chez lui au Maroc et c’est elle, Mathilde l’Alsacienne qui y est l’étrangère. Sauf qu’à l’époque les autochtones étaient traités par l’administration française comme des citoyens occupés, avec un certain mépris, entre apartheid et condescendance.

Cela ne veut pas dire que les Français ont plus de considération pour elle que pour son mari, puisqu’elle a épousé un Marocain. Quant à lui, il est pris à partie par les Nationalistes qui n’apprécient pas qu’il fricote avec les Français.

Et tout le talent de Leïla Slimani est de nous faire entrer dans cette famille traversée par ces fractures, des désirs contrariés, des clivages qui affectent ce couple qui s’aime mais sur lequel déteint la violence des frustrations et du contexte.

Un roman autobiographique ?

Nous ne savons pas jusqu’à quel point ce roman est fidèle au récit familial mais il est en tout cas extrêmement senti, subtile et enlevé. Il imbrique parfaitement l’intime à l’épique. Il y a une chaleur de style, pas seulement climatique, qui en fait un roman qui peut plaire à tous. Et qui donne une vraie place aux femmes, en tant que sujet. A leur lien sensuel avec la vie mais aussi à leur courage pour exister dans un monde patriarcal brutal.

Il y a peu de romans qui parlent du Maroc de ces années-là en adoptant deux points de vue à la fois, non seulement celui des hommes et des femmes, mais en plus celui des colons et des Arabes, des Berbères, des Juifs marocains tous amoureux de cette terre. Des Marocains traversés par des courants politiques divergents, laïques et progressistes ou conservateurs. Et Leïla Slimani parvient avec une incroyable aisance et fluidité à mêler le tout dans des pages passionnées et passionnantes qui interroge toutes les formes d’exils. Qu’il soit subit ou volontaire.

C’est le premier volume d’une trilogie qu’on nous annonce et qui, à n’en pas douter, est promise à un très grand succès, si elle garde la vigueur et la palette de ce premier opus.

***Le pays des autres de Leïla Slimani, que l’on pourra entendre et rencontrer à la Foire du Livre de Bruxelles qui se déroule du 5 au 8 mars.***

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