Chronique littérature

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"Le Funambule majuscule" de Guy Boley, Lettre à l’écrivain Pierre Michon

Sophie Creuz nous présente le livre de Guy Boley, "Le Funambule majuscule" qui paraît chez Grasset.

Sophie Creuz s’est beaucoup interrogée sur le livre à présenter dans sa chronique : faudrait-il porter son choix sur des livres qui sont déjà dans tous les journaux, sur les plateaux de télé, ou bien laisser sa main traîner au petit bonheur sur les tables des libraires et voir ce qu’elle saisit. Et ce qu’a accroché la main de Sophie Creuz est un tout petit livre jaune pâle, au titre magnifique "Funambule majuscule". Et en ôtant le bandeau sur lequel on voit le portait de l’auteur en acrobate, on peut lire qu’il s’agit d’une lettre adressée à Pierre Michon, somptueux auteur de livres rares qui presque tous saluent des "Vies Minuscules".

Le premier roman de Guy Boley, "Fils du feu", a d’emblée reçu sept prix littéraires. Sept d’un coup comme dans la fable du petit tailleur. Et il est l’auteur d’un second roman au titre superbe lui aussi, "Quand Dieu boxait en amateur".

Une lettre de lecteur

Quand Guy Boley adresse cette lettre à Pierre Michon, le premier n’est pas encore écrivain, il s’y essaie, depuis vingt ans – c’est une belle lettre d’un vrai lecteur, qui ne flagorne ni n’encense mais se reconnaît dans cette écriture à l’os, une écriture de funambule majuscule dit-il, qui avance au fil de pages jetées au-dessus du gouffre. Guy Boley a été funambule, il sait donc de quoi il parle, et il en parle très bien. Il avait toutes les audaces, se baladait à vingt mètres au-dessus du vide, par-dessus des vallées ou des immeubles mais était pris de vertige dès qu’il quittait son câble, un peu comme le fakir d’Hergé qui avait mal aux fesses quand il s’asseyait sur autre chose que sa planche à clous. Notez qu’il est aussi question de planche à clous ici, et de planche de salut.

Pierre Michon s’est bien esquinté avant de publier d’emblée son chef-d’œuvre à 39 ans. Il voulait écrire pour ne pas travailler, il ne s’en sentait pas digne, confie-t-il dans sa réponse. Guy Boley, lui a fait tous les métiers, comme tout bon écrivain, il a été maçon, ouvrier d’usine, chanteur de rue, cracheur de feu, chauffeur de bus, garde du corps et cascadeur, avant de publier à 64 ans son premier roman.

Chez l’un comme chez l’autre, nulle coquetterie, nulle forfanterie, ce sont des artisans devant leurs établis, ébahis par la force des mots qui vous remettent en selle ou sur le ring. Pourtant "la pratique de la littérature, écrit Pierre Michon, est sans danger, je suis toujours vivant".

Un hommage à la littérature salvatrice

C’est la reconnaissance mutuelle d’un lecteur pour l’auteur qu’il admire, et d’un auteur qui lui répond, sans fard. Aucun des deux n’est du cénacle littéraire, ils vénèrent trop les lettres pour cela, et si Pierre Michon se souvient qu’il a bien failli virer clochard et pochetron au vin mauvais, qu’il est tombé plus d’une fois, Guy Boley voit, lui, parallèle entre l’écrivain et l’équilibriste. "C’est aussi ample, aussi généreux, aussi dangereux, aussi irraisonnable, aussi beau, aussi terrible, aussi orgueilleux et aussi inutile que l’écriture ; et l’on y accède par le même désordre de chemins".

Il est question de peurs et de courage, de tours et détours qui au final mènent à soi. Car cette lettre à Pierre Michon a été écrite trente ans après l’avoir rencontré dans une librairie, et la réponse a mis vingt ans de plus. Et de quoi se parlent-ils ? De tout, sauf du métier, mais de ciels normands et d’hôtels borgnes parisiens, de points d’ancrages et de points de chutes, du vertige que donnent les livres des autres, autant que de la peur qui pousse à avancer un pied derrière l’autre à la rencontre de celui qu’on n’est pas encore.

"Le funambule majuscule" de Guy Boley, Lettre à Pierre Michon et réponse de Pierre Michon, paraît chez Grasset.

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