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"Le dernier été en ville" de Gianfranco Calligarich, un chef-d’œuvre sorti de l’oubli

Sophie Creuz nous présente un roman italien de Gianfranco Calligarich, publié chez Gallimard, intitulé "Le dernier été en ville", qu’elle qualifie de chef-d’œuvre.

Un chef-d’œuvre sorti de l’oubli

Le dernier été en ville est l’un de ses livres à la fin duquel on ne peut que remercier l’auteur, l’inspiration, la ville de Rome qui est son décor et puis les éditions Gallimard de l’avoir sorti de l’oubli. Car ce livre, Calligarich l’a publié en 1973 en plein été grâce à l’écrivain Natalia Ginzburg qui l’avait aimé et défendu pour un prix littéraire. Et puis plus rien, le tirage avait été rapidement épuisé et l’éditeur ne l’a pas réimprimé. Il a fallu qu’il survive par le bouche-à-oreille et par les bouquinistes de la péninsule, pour le garder vivant.

Et c’est ainsi que "Ce dernier été en ville" est arrivé, quarante ans après sa parution, aux oreilles de Gallimard qui le traduit aujourd’hui en français. Et grâce à cela, ce merveilleux roman connaît une nouvelle destinée dans le monde entier, car les autres éditeurs maintenant le veulent aussi.

Un été à Rome

La ville de Rome est le décor de cette histoire qui défile comme un film de la nouvelle vague. Nous sommes à la fin des années soixante et nous suivons Leo, milanais d’origine, vaguement journaliste, amoureux des bons livres et d’Arianna, une très jolie femme légèrement fêlée, fantasque, fragile, irrésistible. Et d’un bout à l’autre du roman, Leo boit, quasiment sans interruption, ce qui fait tanguer le récit avec lui avec une élégance et une désinvolture pleine de charme et des mirages éthyliques. Il boit par ennui, fréquente des gens du cinéma, de la mode, des galeristes qui ont de l’argent mais pas de goût, contrairement à lui, qui crève de faim.

La Bohème chantée par Aznavour

C’est la bohème, avec cet amour de l’art, de la beauté, des ciels immenses dans une ville, et une époque qui déjà rétrécit, se détériore, fait place au béton, au mercantilisme, à la vulgarité de la télévision et de l’argent, on rase les quartiers populaires et les collines environnantes. L’auteur, qui a l’âge de son personnage quand il écrit ce livre, est lui aussi journaliste dilettante, fauché mais grand seigneur, qui s’emploie à donner une grâce, une fantaisie raffinée à sa déambulation alcoolisée et amoureuse. C’est un homme de culture qui a trente ans dans ces années soixante et ne trouve déjà plus sa place dans cette Italie si éloignée des valeurs reçues dans l’enfance, de travail, d’artisanat, de mémoire et de beauté. À l’époque, Pasolini dénonce lui aussi ce qui annonce l’Italie de Berlusconi.

Un vrai chef-d’œuvre

Il y a une maîtrise du tempo dans le récit de cette insouciance, poignante mais distanciée, qui sait qu’elle ne peut que renoncer à l’aventure d’une vie telle qu’elle devrait être. Il y a cette ironie pleine d’esprit, de culot, une perception de la vérité des choses, en plus d’une écriture racée, puissante qui dès la première phrase emporte. Et puis, il y a une mélancolie et un excès très slaves pour un Italien, des comtesses et des poivrots solaires qui se tuent au whisky, avec panache, comme on meurt aux champs d’honneur.

Après ce roman, l’auteur allait devenir scénariste et on le comprend, il campe des scènes formidables, on se fait notre propre film, on voit passer Mastroianni et Léa Massari dans une vieille Alfa Romeo en route vers la mer. Une mer bleue qui illumine ce livre que Sophie Creuz a lu – allez savoir pourquoi – en noir et blanc.

C’est un roman, qui ne se résume pas car l’intrigue est simple, un homme, une femme, l’été à Rome. Ce qui le rend inoubliable, c’est l’atmosphère, la tonalité, cette douleur et cette ironie à la Scott Fitzgerald qui aurait lu Pouchkine.

 

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