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"Le Colibri" de Sandro Veronesi, prix du livre étranger décerné par France Inter et Le Point

Sophie Creuz nous présente "Le Colibri", le roman de Sandro Veronesi qui vient de paraître aux éditions Grasset.

Un colibri qui vibrionne merveilleusement

Vous le savez, le colibri un petit oiseau capable de faire du surplace tout en déployant un effort colossal : battre des ailes 70 fois par minute. Cette image, Sandro Veronesi l’emprunte pour Marco, son personnage, qui, enfant, était très petit de taille. Et déjà, il était nostalgique de tout ce que l’on laisse derrière soi en grandissant. Adulte, il a du mal à vendre l’appartement de ses parents décédés, il regrette la maison de vacances où il a connu ses premiers émois, comme il peine à quitter ses illusions sur l’amour et sur le monde moderne. Un monde qui devrait aller vers un mieux permanent, alors que c’est manifestement un leurre.

Lauréat du Prix du livre étranger décerné par France Inter et Le Point

Mais également du Prix Strega, le Goncourt italien. C’est la deuxième fois que Sandro Veronesi reçoit ce prix. La première fois c’était pour "Chaos calme", un roman qui avait ensuite reçu le prix Femina étranger et qui déjà mettait en scène un homme qui choisit de ne plus bouger de sa voiture, après la mort de sa femme, alors que tout continue autour de lui que les passants viennent lui parler par la fenêtre ouverte.

E la nave va

C’est un livre qui emporte, qui aurait pu d’ailleurs s’intituler "e la nave va" comme ce titre de film de Fellini car il y a quelque chose de Fellini et très cinématographique dans la manière dont se superposent le fantasme, le souvenir, des personnages hauts en couleurs, la drôlerie et puis un sentimentalisme déchirant. Marco parle beaucoup, il écrit des lettres à son frère – qui restent sans réponses – il écrit à celle qu’il aime passionnément depuis quarante ans et qu’il ne fait parfois qu’apercevoir, trois minutes par an. Mais c’est un amour magnifique. La vie l’emporte, il se marie, devient père et grand-père attentionné, il est emporté par les choix des autres alors que lui demeure identique, avec persévérance. Ce qui est formidable avec ce livre, c’est qu’il y a différentes manières de lire et d’interpréter ce livre.

La candeur de Marco et son dévouement l’ont préservé de l’agitation dans laquelle tous se projettent, alors qu’il tente lui d’ignorer ce mouvement perpétuel que la société nous impose. Il aime retrouver ses passions de jeune homme. Et puis c’est un grand bavard, du moins dans ce roman qui défile devant nos yeux comme un film italien, on s’aime, on se trompe, on ruse avec son destin et puis on le retrouve au coin de la rue quarante ans plus tard.

Il y a en particulier un personnage formidable qui téléphone tous les dix ans, c’est un psychiatre, une sorte d’ange gardien qui veille sur Marco mais aussi sur tous les exilés, chassés de leur existence. On dirait Dieu dans "Miracle à Milan", qui répare les injustices des hommes et les sauve du temps et des travers de la modernité, avec une simplicité, une évidence qui apaise et rassemble ce qui n’aurait jamais dû se défaire. Une farouche gentillesse surplombe tout ce livre d’une vitalité, d’une tristesse joyeuse et d’une foi indestructible dans la capacité des hommes et des femmes à réparer ce qu’ils ont détruit par égoïsme, cupidité ou aveuglement.

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