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"Le bonheur est au fond du couloir à gauche" de J.M. Erre pastiche ceux qui prétendent vous apporter sérénité et plénitude

Sophie Creuz nous présente un livre au titre curieux, "Le bonheur est au fond du couloir à gauche", signé J.M. Erre.

S’il est bien une chose dont nous avons grandement besoin, c’est rire. Surtout ne nous vaccinons pas contre cette contagion à la prophylaxie méritoire par les temps qui courent. Alors que les livres qui prétendent nous apporter le bonheur en dix leçons sont, eux, à manipuler avec prudence, car ils contaminent tous les rayons des librairies, celui-ci détourne le genre, vous vous en doutez, pour imaginer les dégâts collatéraux que le feel-good peut occasionner sur un dépressif profond s’il cherche à les appliquer à la lettre. Plus habitué à pratiquer Schopenhauer et Cioran sans le savoir que les apothicaires de la dopamine, Michel H, l’anti-héros de ce roman, va tenter toutes les formules du bonheur pour reconquérir Bérénice, la femme de sa vie qui a partagé avec lui trois semaines de plateaux-repas devant la télé, avant de prendre la fuite.

Satire des manuels de développement personnel

J. M. Erre est un humoriste, un scénariste de bande dessinée pour Fluide Glacial et un auteur de sketchs pour l’émission Made in Groland de Canal +, autant dire qu’il n’a peur de rien, surtout pas de pousser un peu loin le bouchon de nos contradictions.

Ce roman est vraiment drôle, ni bête ni méchant, et c’est écrit avec talent.

C’est un pur roman qui pastiche ceux qui prétendent vous apportez sérénité et plénitude. Il met en scène un adepte de Michel Houellebecq – le seul être qui le comprend – et le procédé rigoureux avec lequel il va tenter de reconquérir sa belle en 24 heures, grâce à l’aide d’un marabout et d’un conseiller conjugal canadien. Parfaitement inapte à la vie quotidienne, hypocondriaque, auto-centré, sans une once de second degré, apathique et sans autre horizon que son canapé, notre Michel H va travailler ferme à son bonheur, malgré les interventions intempestives de son voisin qui le ramène de manière opportune ou inopportune, selon les points de vue, aux règles de la vie en société dans un immeuble partagé.

Mais sous la farce, J.M. Erre se livre à un portrait jubilatoire de notre inappétence à la satisfaction, et de notre indécence à nous vautrer dans notre morosité en visionnant les horreurs du monde, réelles alors celles-là, confortablement installés. C’est écrit avant le coronavirus évidemment, mais n’empêche, l’indice de bonheur au Bouthan ou dans les coins les moins nantis, est bien supérieur au nôtre. En fait, constate-t-il le bonheur nous rend malheureux.

Bérénice reviendra-t-elle ?

Racine n’a qu’à bien se tenir, Bérénice est celle qui va apporter un bonheur définitif à Michel H, mais avant le happy end, nous nous délectons de sa logique à la Buster Keaton, confiant dans ce qu’il lit autant que dans les vertus apaisantes du sourire pédagogique de son Président Macron. Mais les régimes sans sucre le tentent aussi et peut-être autant que les vertus du désencombrement à la japonaise.

En fait, J.M. Erre n’a eu qu’à se baisser pour trouver l’inspiration dans les innombrables manuels du genre écrits par des coachs reconnus, maîtres auto-proclamés à la zénitude photogénique. Pas de photo de l’auteur au dos de ce livre-ci mais on pourrait y mettre la nôtre, avec la banane, et un remerciement, de se fiche de notre pomme avec un non-sens qui nous égare joyeusement sur le chemin des vertes contrées de l’absurde en bocage.

"Le bonheur est au fond du couloir à gauche", de J.M. Erre paraît aux éditions Buchet-Chastel.

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