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"Jours d'hiver" de Bernard MacLaverty, un livre tendre sur le quotidien et l'amour

"Jours d'hiver" de Bernard MacLaverty, un livre tendre sur le quotidien et l'amour
"Jours d'hiver" de Bernard MacLaverty, un livre tendre sur le quotidien et l'amour - © Robert Burns / Rivages

Sophie Creuz nous parle de Jours d'hiver de Bernard MacLaverty.

Est-ce qu'un livre adorable, d'une confondante gentillesse peut faire un bon livre ? On a coutume de dire que les bons sentiments ne font pas de grandes oeuvres. Ce livre de l'auteur irlandais, MacLaverty dément pourtant absolument l'adage. Il nous plonge dans le quotidien réaliste d'un couple âgé, avec une foule de détails plus vrais que nature, et exhume, l'air de rien, une formidable réflexion sur l'amour et sur le compagnonnage, avec un humour et une tendresse qui laissent affleurer bien des choses.

"Jours d'hiver", le temps du troisième âge

C'est aussi une allusion à la météo épouvantable qui accompagne les trois jours d'escapade de Gerry et Stella à Amsterdam. En guise de cadeau de Noël, elle leur a offert un city-trip dans cette ville où elle n'est plus revenue depuis trente ans, avec une idée derrière la tête. Elle aimerait revoir un lieu en particulier, mais seule, sans Gerry. Et tout l'art de cet auteur, que nous connaissons mal car peu de ses livres ont été traduits en français - lui qui est pourtant régulièrement sur les listes des prix littéraires irlandais et anglais - est dans le détail anodin et pourtant si révélateur. Il décrit les rites de la cohabitation d'un vieux couple, dans lequel chacun ferme les yeux sur les petites manies ou les mouvements d'humeur de l'autre. Elle a peur de traverser la rue et s'en remet au Seigneur, tandis que lui s'en remet au secours d'un compagnon de route plus profane : sa flasque de whisky. A chacun ses scapulaires ! Le sien, il l'écluse plus ou moins discrètement en plus des consommations locales mais parvient à donner le change et à marcher droit à travers toutes ses pages et le long des canaux amstellodamois.

Écrit avec une plume trempée dans le malt

Pas toujours le meilleur, mais trempé aussi dans la Guinness et le genièvre. Mais sa plume est aussi et surtout trempée dans la tendresse que cet homme voue à son épouse. Une épouse qui cherche à donner un nouveau sens à sa vie, qui est fatiguée de la vie ordinaire et de ne servir à rien.

Le portrait que brosse par petites touches Bernard Maclaverty de ses personnages, c'est de la dentelle de Bruges. On sent que les peintres du Nord l'ont inspiré : Vermeer, Rembrandt, les petits maîtres hollandais qui nous font entrer dans l'intimité domestique. Il voit tout, y compris la solitude intérieure et les ombres, mais en croquant le banal et le pittoresque. Il le fait avec un doigté de scénariste - ce qu'il est, en plus d'être auteur de livrets d'opéra - et un sens des dialogues piquant, ramassés, en contrepoint. Et ce qu'on perçoit dessous, est le prix de la vie, l'importance du vivant, le respect de l'autre, car ces deux-là ont connus le contraire. Ils sont de Belfast et ont réchappé au pire, aux bombes de la haine. Tout comme Bernard MacLaverty qui lui aussi à quitté l'Irlande du Nord pour un climat plus paisible. C'est donc le roman de l'entente délicate, entre un mécréant alcoolique et une dévote sincère, entre un homme et une femme prêts à faire des compromis, avec humour et bonne volonté. Et à notre époque, que cela fait du bien. Un livre feel-good, non pas imprégné à l'eau bénite ou à l'eau de rose, mais d'une vérité touchante à consommer sans modération bien que ces pages soient copieusement arrosées, et pas seulement de pluie.

 

*** Jours d'hiver de Bernard Maclaverty est chez Rivages ***

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