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"Comment cuire un ours" de Mikael Niemi, éloge de l’imaginaire aux confins de la Scandinavie

Ne vous laissez pas avoir par le titre de ce livre, c’est bien un roman - et non un livre de cuisine - que nous présente Sophie Creuz : "Comment cuire un ours" de l’auteur suédois Mikael Niemi, qui paraît aux éditions Stock.

Voilà un livre comme il y en a trop peu hélas, absolument réjouissant, vous ne lâcherez pas ces 500 pages passionnantes, picaresques qui nous transportent au fin fond de la Scandinavie, dans des terres sauvages et rudes. Il nous est raconté par un jeune vagabond d’origine lapone – on dit sami quand on est poli, lapon est parait-il péjoratif cela vient de "lapp" qui veut dire haillon. Et en haillons, notre bonhomme l’est, lorsqu’un pasteur le recueille tout enfant, loqueteux et affamé. Un pasteur évangélique qui a réellement existé et fondé un mouvement qui existe toujours, un mouvement pas très folichon, très rigoriste. Mais ici, il est très sympathique. Nous sommes dans années 1850, tout au bout du bout du nord de la Suède, aux confins de la Finlande, où est né aussi Mikael Niemi, tout près de la maison de ce pasteur célèbre qui s’appelle Lars Levi Laestadius.

C’est donc un roman vraisemblable et très documenté, mais c’est un roman plus voltairien que luthérien. Car notre jeune homme va s’instruire auprès de ce maître érudit, remarquable botaniste, fin psychologue, avec une curiosité pour les traditions ethnographiques. Toutes choses qu’il va mettre au service, ici, d’une intrigue policière. Car cette fausse biographie est un véritable thriller.

De jeunes servantes ont été mortellement agressées dans la nuit par, dit-on, un ours. Mais vous connaissez l’adage : ne jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, et notre pasteur, n’y croit pas à cet ours mal léché, contrairement au commissaire de police local. Un rustre, athée de surcroît, très porté sur l’alcool, ce que fustige ce prêtre qu’il ne peut souffrir, d’autant qu’il le double sur son propre terrain en menant une contre-enquête. Il y a un petit côté Maigret et Sherlock Holmes chez ce pasteur, car comme le premier il partage ses observations à table avec sa femme, tout en mangeant son bouilli, et comme le second, il met sa grande intelligence et ses connaissances scientifiques au service de la vérité. Et cela nous régale,- beaucoup plus que le bouilli qui n’a pas l’air fameux.

En ce qui concerne l’ours, autant vous le dire tout de suite, le pauvre finira à la casserole, mais là encore cela nous renseigne sur les superstitions et les coutumes chamaniques des chasseurs du Grand Nord.

Et donc pour résumer, vous avez non seulement un roman policier, doublé d’un roman d’apprentissage à l’érudition joyeuse, triplé d’une autobiographie et d’un roman d’amour d’un pauvre jeune lapon éperdu de la plus jolie fille du coin, qui le méprise évidemment. Mais l’auteur leur réserve une surprise qui transfigure — au sens propre — la cruauté des hommes et du sort.

L’auteur de ce merveilleux roman, Mikael Niemi est poète, dramaturge, romancier et il met tous ces talents dans cette aventure qui fait au fond l’éloge de l’imaginaire, véritable marchepied de l’émancipation, de l’instruction et du divertissement, en plongeant dans des destins plus grands que les nôtres. C’est donc un livre un peu à la Dickens, mais enrichit de fantaisie et d’esprit, et qui en plus, est bourré de tendresse pour ces personnages. Et cela fait un bien fou.

" Comment cuire un ours " de Mikael Niemi, traduit du suédois par Françoise et Marina Heide paraît chez Stock dans la collection La cosmopolite.

 

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