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CHRONIQUE LITTERAIRE - "Un sacré gueuleton" de Jim Harrison

CHRONIQUE LITTERAIRE - "Un sacré gueuleton" de Jim Harrison
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CHRONIQUE LITTERAIRE - "Un sacré gueuleton" de Jim Harrison - © Tous droits réservés

C'est à un Sacré gueuleton que nous invite Sophie Creuz, avec le nouveau livre de Jim Harrison sous-titré "manger, boire et vivre". 

Une chronique à écouter dans son intégralité ici.

Un livre qui sent l'ail

En matière de livres comme de cuisine Jim Harrison déteste les plats ennuyeux et dans ce recueil de chroniques, il ne vante que "le genre de plats que pourrait manger Balzac sans se mettre en rogne." Il a la même suspicion pour la cuisine que pour les romans frelatés et n'hésite pas à écrire que finalement le meilleur livre qu'il ait lu dans l'année est un guide sur les variétés de piments forts. Le billet de ce matin, est donc pour ceux qui ne craignent ni d'ingérer des nitrates ni du gras double.

Un livre posthume

Jim Harrison nous a quittés en 2016. Ce livre reste fidèle jusqu'au bout à la règle de base d'Harrison : "être modéré à l'excès."

Aussi ce livre, qui rassemble des articles qu'il a donné à une revue canadienne, forme t-il un bel autoportrait, étrangement pudique au fond, dans lequel on retrouve son amour de la vie, des paysages, de l'amitié, du bon vin, des films italiens et de la musique, Mozart et Bach en particulier, et de la poésie. "Quand je maigris dit-il, mes poèmes deviennent tout minces et grisâtre ". Aussi nourrit-il son inspiration. Et pour contrer cette époque qui le mine, il fait de la soupe.

Jim Harrison était amoureux des grands espaces, de la liberté et il était allergique aux discours haineux, racistes des nouveaux croisés républicains de son pays. Il était convaincu que la bonne cuisine française nourrit l'esprit et induit la diplomatie, alors que la guerre est faite par des bouffeurs de ketchup. Vous voyez que mine de rien, ce sont des questions de civilisation qui sont évoquées ici.

Un Américain rabelaisien

Un Bourguignon du Montana, et un merveilleux écrivain, l'auteur de "Dalva", de "Légendes d'automne", nous redit ici que le vin comme l'écriture est affaire d'émotion, ni l'un ni l'autre ne supporte les commentaires, il faut les aborder par les sens et la sympathie, ce qu'il fait à la perfection. C'est rabelaisien en effet, parce que les quantités qu'il ingurgite sont gargantuesques et il rapporte un repas qu'il a fait avec Orson Welles auquel ils avaient convié une jeune mannequin qui a fuit horrifiée de les voir bâfrer. Il n'est pas toujours raffiné, le devant de sa chemise en atteste, pas toujours non plus quand il regarde les femmes, mais c'est pêché de gourmandise et il y a une telle authenticité, une telle générosité et un tel talent chez Jim Harrison qu'on lui pardonne ses propos de maquignon.

Un livre revigorant, vivant, gourmand, et mélancolique

Jim Harisson plaide en toute chose pour la simplicité, pour le véritable goût des choses, les fondamentaux. Une belle mise en bouche à vous suggérer, à condition que vous ayez le foie solide et un peu d'indulgence, et surtout une envie de vous en fourrer jusque là, comme disait la veuve du Colonel.

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