Chronique littérature

Plus d'infos

CHRONIQUE LITTERAIRE - "Le Cœur blanc" de Catherine Poulain

CHRONIQUE LITTERAIRE - "Le Cœur blanc" de Catherine Poulain
3 images
CHRONIQUE LITTERAIRE - "Le Cœur blanc" de Catherine Poulain - © Tous droits réservés

Cette semaine, Sophie Creuz nous propose le deuxième livre de Catherine Poulain, auteur de "Le Grand Marin", récit de son expérience de plusieurs années sur un chalutier en Alaska.

Une chronique à écouter dans son intégralité ici.

Catherine Poulain, une force de la nature

Catherine Poulain est aujourd'hui bergère dans le Sud de la France, et elle raconte - on peut le voir dans des interviews sur internet- qu'elle a écrit ce livre en quelques mois, tout en se levant à 5h du matin pour soigner ses bêtes.

On peut le dire. Cette femme à un courage, une force physique et une détermination incroyables. On ne sait pas ce qui l'a poussé à choisir une telle vie, mais ce qui est certain c'est que ce n'est pas du tout une posture littéraire. Cette vie la faite et maintenant, c'est elle qui en fait quelque chose.

"Le cœur blanc", une anticipation du Grand Marin

Nous découvrons la narratrice qui se nomme Rosalinde, un prénom de princesse en armure, nous la découvrons sac au dos sur les routes de Haute Provence. Elle vend sa force de travail, dans une formule qui dit exactement ce qu'elle fait : Rosalinde est saisonnière dans des champs, des vergers. Selon les périodes, été ou automne, elle ramasse le tilleul, les abricots, les olives, les asperges. Ce ne sont pas les grandes tablées d'étudiants rieurs comme on les imagine, non, c'est un travail exténuant, le corps encaisse, courbé par tous les temps, aux côtés de travailleurs émigrés, clandestins ou réfugiés, mais aussi de Français qui comme elle ont cru que la liberté était un luxe à leur portée.

Cette vie va vite abîmer Rosalinde qui fait corps y compris avec le danger, en croyant pouvoir le maîtriser, peut-être par une forme de fantasme de fraternité solidaire qui la protégerait. Mais la misère affective, sexuelle, la misère tout court, la solitude ont d'autres lois, presqu'animales.

Un récit brut

 atherine Poulain trouve le ton, parfaitement, jusqu' à la moitié du roman, puis de manière plus floue et diluée ensuite. Il y a à la fois du réalisme et du poétique. On sent que c'est écrit par une femme, il y a une tendresse, une proximité attentive et une volonté de donner de la dignité aux êtres cabossés, hommes et femmes, qu'elle capte par un clair-obscur très sensible, avec un beau rendu, une belle matière. Et puis, comme si la folie et l'alcool s'emparaient de ces gueules cassés d'aujourd'hui, le récit se met à radoter un peu, comme eux, à tanguer et la lumière du début enflamme dangereusement les esprits. Rosalinde est clairement en danger mais elle ne veut pas le voir, et Catherine Poulain fait de cette femme, à la fois une proie vulnérable et consentante et un être invincible, immortel. Sa liberté, sa beauté sauvage triomphent de l'avilissement. Et alors que la violence et l'abrutissement sont partout dans ces pages, le lecteur ne retient que la forme de douceur qu'à l'auteur pour ces éclopés et son talent de peintre de la nature. Ce qui fait de ce roman social une sorte de chanson, de chanson de geste à la Villon, pour les laissés pour compte, que le rêve traverse en les dévorant.

Le cœur blanc, de Catherine Poulain parait aux éditions de L'Olivier.

Newsletter Musiq'3

Restez informés chaque lundi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK