Chronique littérature

Plus d'infos

CHRONIQUE LITTERAIRE - "L'inconnue" de Cyril Roger-Lacan

CHRONIQUE LITTERAIRE - "L'inconnue" de Cyril Roger-Lacan
2 images
CHRONIQUE LITTERAIRE - "L'inconnue" de Cyril Roger-Lacan - © Tous droits réservés

Cette semaine, Sophie Creuz nous propose le texte d'une très grande beauté et d'une très grande douleur de Cyril Roger-Lacan

Une chronique à écouter dans son intégralité ici.

"Au pays du deuil"

L'inconnue, ici, est la mère de l'auteur, décédée quand il était petit, et qui sur la couverture du livre, offre un visage rayonnant et doux, confiant, inconscient de la mort qui va la faucher. Elle avait 36 ans et une voiture allait la renverser dans le soleil d'Antibes. Depuis, son fils erre dans "le pays du deuil" comme il l'écrit. Un linceul n'a pas de poche, dit Jean-Pierre Mocky, le chagrin non plus, on ne peut y enfouir sa détresse sans avoir le sentiment de trahir la disparue à vouloir oublier.

Cyril Roger-Lacan, petit-fils de Lacan

Le grand-père est néanmoins absent de ses pages comme il le fut, je crois de la vie de ses petits-enfants. Si son nom figure ici c'est en lien avec Caroline, la mère de l'auteur, frère par ailleurs du fameux écrivain de théâtre cette fois, Fabrice Roger-Lacan. C'est curieux parce que celui-là écrit des comédies hilarantes, brillantes, quand Cyril son frère, se tient dans l'ombre, le silence et dans le retrait de la poésie. Son court récit est celui d'une quête infinie, celle du giron maternel perdu, et il a les inflexions déchirantes d'un lied de Schubert, bien qu'on songe à Mallarmé lorsque ce dernier écrivait "ma songerie aimant-à me martyriser s'enivrait savamment du parfum de tristesse". Voilà ce qu'aurait pu écrire Cyril Roger-Lacan lorsqu'au réveil, l'enfant qu'il était dans les songes, se glisse transi, dans le costume-cravate de sa fonction d'adulte. Car Cyril Roger-Lacan, qui est normalien à de hautes fonctions.

Un livre d'un enfant

D'un vieil enfant, qui à des lettres et possède une langue somptueuse pour exprimer, sur la pointe des pieds, ce rôle de figurant dans " un ballet des ombres ". Car c'est lui le fantôme et non la disparue, elle, a un lieu où reposer tandis que lui, resté de ce côté-ci des limbes, est enfermé au secret, dans un labyrinthe souterrain, comme un personnage de roman d'Alexandre Dumas. Ce qui est dit ici ne peut l'être qu'à demi-mots, par fragments, et sont des lambeaux qui cherchent a accrocher une pensée qui s'égare sans cesse du côté du chagrin. Et se niche où elle peut, dans les arbres avec les oiseaux, dans le feu des vagabonds, dans l'anfractuosité du mur qui sépare les vivants des morts. Cette tristesse, il la voit comme une risée sur l'étendue qui n'a pas de fin, " ma vie loin de la tienne s'éloigne comme l'onde" écrit-il, " un rivage un jour l'arrêtera et ce sera la fin, la mienne, la tienne en moi ".

Un premier livre pour cet auteur

C'est son premier livre, peut-être n'y en aura t-il pas d'autre, y a t' il autre chose à dire que l'impossible amour, cette absence sans visage où déposer la caresse? C'est troublant parce qu'il traduit avec des mots limpides ce que grand-père Lacan dans un jargon inextricable, cherchait à faire advenir, cette tentative d'habiter le réel comme on habite sa mémoire. Ce pèlerin de l'intime écrit ce Winterreisse, infiniment mieux que je ne pourrais le dire. " Dans ce monde devenu refuge irrespirable, il fait sa ronde. Itinéraires d'hébétude. Gardien ombrageux d'un secret qui lui échappe, il traverse, va sans rien voir autour de lui. Un magnétisme glacé lui tient lieu de boussole, il va, machinalement puis s'arrête, et on le trouve là, plus tard, comme affairé, aux prises avec l'oubli... "

Newsletter Musiq'3

Restez informés chaque lundi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK