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CHRONIQUE LITTERAIRE - "Face au vent" de Jim Lynch

CHRONIQUE LITTERAIRE - "Face au vent" de Jim Lynch
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CHRONIQUE LITTERAIRE - "Face au vent" de Jim Lynch - © Tous droits réservés

Cette semaine, Sophie Creuz nous propose de partir en mer, avec le nouveau roman de Jim Lynch, Face au vent, paru aux éditions Gallmeister.

C'est un roman qui file à quinze nœuds, toutes voiles dehors. Nous sommes dans le milieu de la navigation, vous l'aurez compris, dans l'Etat de Washington aux Etats-Unis ; à Olympia pour être précis, qui est la ville où vit l'auteur, lui-même plaisancier. Il est journaliste aussi et manifestement amateur de sciences de la nature et de physique quantique, et tout cela mis ensemble fait un excellent roman.

Une chronique à écouter dans son intégralité ici.

Un roman atypique...

Par le sujet, nous sommes vraiment immergés dans le milieu des marinas et des constructeurs de bateaux mais Jim Lynch réussi à écrire à la fois un roman très vériste qui ravira les vieux loups de mer, et à mettre son roman sous le vent, au près- comme on dit- de la poésie, du mystère et de la critique sociale. Avec tendresse et humour pour décrire des personnages complexes auquel il laisse leur part de mystère.

... Avec des personnages complexes

Le roman raconte l'histoire des membres de la famille Johannssen, un nom qui fait penser aux premiers navigateurs Viking et qui a sans doute allumé le goût de la mer chez un père gueulard, grand et massif qui embarque ses enfants, pas tout à fait consentants, dans des régates insensées par tous les temps. Il y a en particulier sa fille, Ruby, qui a un don exceptionnel, innée pour sentir les éléments, il y a l'aîné Bernard, qui va être le premier à mettre les voiles, au propre comme au figuré, et puis il a Josh, le fils du milieu, l'introverti, qui nous raconte cette histoire et veille sur tous, en particulier sur sa mère, obsédée par les lois de la physique et par Einstein, peut-être parce que lui aussi aimait la voile.

Un roman pour les passionnés de navires mais pas uniquement...

À travers le récit de la régate que tous acceptent de faire, pour la dernière fois, il y a les fêlures, les rêves de liberté, de justice, d'amour qui habitent chacun de ces personnages, très emblématiques au fond de notre société qui prend eau de toute part. Nous avons-là à la fois la violence du modèle américain de la réussite, de la performance, de l'immédiateté et puis de l'autre la révolte des utopistes et puis les chimères des sentimentaux. A l'image des propriétaires fortunés ou fauchés, de vieux rafiots en bois qui engloutissent leurs économies mais qu'ils veulent sauver à tout prix. Comme si c'était-là les symboles du vieux monde englouti. Et puis il y a des jeunes qui rêvent d'ailleurs et d'engagement pour des causes qui en valent la peine.

Un ton entre tendresse et humour

Jim Lynch a, à la fois, le sens de la houle et puis du tempo qui emporte son roman sans faiblir mais il a aussi le sens de l'humour, dans des dialogues efficaces, très imagés. Il brosse des portraits d'hommes et de femmes déglingués, des "jolies péquenaudes", des évangélistes, des marginaux  nourris et victimes des clichés américains, que ce soit dans leur vision du monde ou de la gastronomie. Quand ils ne naviguent pas ils sont devant des séries télés et une pizza ou sur des sites de rencontres. Mais Jim Lynch donne un grand coup de vent dans cet univers pour ouvrir les écoutilles et montrer qu'il est urgent de prendre le large, de regarder les étoiles et le visages des gens, pour déchiffrer en vis-à-vis, toute la richesse, et la fragile beauté de l'existence et de notre planète menacée. C'est un roman d'écologie maritime et humaine.

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