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"Billy Wilder et moi" de Jonathan Coe nous plonge dans la magie du cinéma en noir et blanc de Billy Wilder

Sophie Creuz nous présente le dernier roman de l’auteur anglais Jonathan Coe, "Billy et moi", qui paraît chez Gallimard.

Pendant les vacances, on aime regarder de bons vieux films en noir et blanc, ceux que ne diffuse plus la télé hélas, alors Sophie Creuz vous propose un roman qui leur rend hommage, et plus particulièrement à ceux de Billy Wilder. Le réalisateur de "Certains l’aiment chaud" avec Marilyn Monroe, Jack Lemmon et Toni Curtis en musiciennes, ou de "Irma la douce" avec encore Jack Lemmon et Shirley Mac Laine ; le réalisateur surtout du mythique "Sunset Boulevard" avec Gloria Swanson jouant presque son propre rôle de star déchue d’Hollywood. Dans ce roman qui se lit avec le même plaisir qu’on a à visionner ces chefs-d’œuvre de tendresse, de malice et de provocation, Jonathan Coe rend hommage aux vieux lions, à ceux qui tentent de survivre et de rester dans la course.

Hommage au charme désuet

Jonathan Coe ne nous fait pas le coup de Mozart et moi ou Chopin et moi d’Eric-Emmanuel Schmitt. Il disparaît totalement pour laisser place à une narratrice. C’est une compositrice de musique de films, passée de mode. Elle se souvient que, jeune fille, elle fut l’assistante de Billy Wilder, le temps d’un été pour le tournage de Fedora.

Et elle essaie de composer quelque chose autour de la personnalité du cinéaste, tel qu’elle l’a connu. Lui aussi était mis sur la touche depuis des années, ses films ne cartonnaient plus au box-office et les producteurs américains lui tournaient le dos. Ce qui cartonnait en cette année 1977 c’était "Les Dents de la mer", "Taxi Driver", l’action, les effets spécieux spectaculaires, la violence brute.

Dans ce roman, au charme désuet revendiqué, perlé de répliques véridiques, mordantes de Billy Wilder, transparaît la fin d’un style, d’une touche si particulière, d’un regard sur les êtres, leur manière de traverser le fracas de l’existence avec élégance, détachement, ironie ou résignation. Billy Wilder, rappelons-le, les a connu ces grands fracas, il a fui l’Europe au moment du nazisme, comme beaucoup d’autres artistes Juifs allemands, autrichiens, hongrois, qui allaient faire le cinéma américain, Peter Lorre, Fred Zinneman, Fritz Lang, pour ne citer qu’eux.

Il ne parlait pas un mot d’anglais quand il est arrivé, ce qui soit dit en passant, nous invite à regarder d’un autre œil les exilés d’aujourd’hui qui arrivent chez nous.

Le thème de l’exil

C’est tout le talent de Jonathan Coe, son élégance à lui, de ne jamais aborder frontalement des sujets de société mais de les laisser affleurer au travers de personnages en pleins questionnements, plein d’ambiguïtés, de désirs contrariés. Il suffit de lire son avant-dernier roman "Le cœur de l’Angleterre" qui vient de paraître en Folio et qui nous raconte de l’intérieur, sans en avoir l’air, à travers une foule de personnages, pourquoi les Britanniques ont voté massivement pour le Brexit, sachant qu’ils allaient s’en mordre les doigts. Comme Billy Wilder, Jonathan Coe n’est jamais dans l’air du temps par le style, mais il est toujours d’à-propos. Ses romans ne sont pas à la mode, ne cherchent pas une écriture originale sauf par ses portraits, ses dialogues savoureux, attachants, inattendus, légers et graves en même temps.

Ce roman-ci, comme les précédents, prend le temps de la digression, comme Billy Wilder lui-même qui arriva en retard, pour la première fois de sa vie, sur le plateau de son tournage en France, parce qu’il tenait absolument à goûter le Brie de Meaux fermier, et à lui faire honneur en prenant son temps.

C’est aussi comme cela qu’il faut déguster les romans de Jonathan Coe, et celui-ci en particulier, dans lequel tout est vraisemblable, documents à l’appui, et tout est faux. C’est cela la magie du cinéma et de l’écriture, créer cette légère distance entre le sujet et le rendu, qui nous permet à nous spectateurs et lecteurs de nous glisser au premier rang, sans se sentir intrus.

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