Chronique économique M3

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La suppression de 1000 emplois chez Brussels Airlines, une douche froide

La suppression possible de 1000 emplois chez Brussels Airlines a fait l’effet d’une douche froide. Et cela, tant du côté du gouvernement que des syndicats.

Du gouvernement, parce qu’il savait que la maison mère de Brussels Airlines, c’est-à-dire Lufthansa, va mal, et demande plus de 300 millions d’euros à l’État belge. Dès lors, l’idée qui circulait jusqu’ici, c’est : "pourquoi pas, mais alors c’est l’occasion pour l’État d’avoir son mot à dire et de reprendre un peu de pouvoir dans cette compagnie aérienne qui n’a de belge que son nom". Et donc, là, en décidant de supprimer 1000 emplois avant même que la discussion sur les aides ne soit terminée, Lufthansa montre que c’est elle qui imprime le tempo aux négociations. Quant aux syndicats, ils ne s’attendaient pas à un chiffre pareil : 1000 emplois, c’est le quart des emplois directs de Brussels Airlines. Et finement, la direction de Brussels Airlines leur demande de négocier à la baisse ce chiffre de 1000 emplois, avant même que l’aide de l’État soit octroyée ou pas.

Une vraie partie de poker

C’est une vraie partie de poker, dans laquelle, hélas, des emplois sont en jeu. Du côté des syndicats, ils ont compris qu’on veut leur forcer la main en allant vite, et donc avec le risque d’accepter des choses inacceptables. Et du côté de la direction de Brussels Airlines, on rappelle qu’une compagnie clouée au sol continue de perdre de l’argent à cause de ses coûts fixes. Ici, on parle d’un million d’euros par jour. Et donc, pour freiner cette hémorragie, les syndicats sont appelés à faire des efforts, par exemple en rabotant le supplément de salaire octroyé au personnel navigant, lorsqu’il passe une nuit à l’étranger.

Bien entendu, le personnel politique a crié au scandale. Les uns rappellent que Lufthansa a dégagé un bénéfice de plus de 2 milliards d’euros en 2019 et que donc ce n’est pas au personnel de faire les frais de cette crise du coronavirus qui frappe durement l’aviation. D’autres préconisent de nationaliser la compagnie, mais alors là, bonne chance, car cela risque d’être un gouffre financier pour les finances de l’État belge.

Au final, après les cris des uns et des autres, il faudra bien trouver une solution. Avec, à la clé, une question qui dérange pas mal de monde : quel est l’avenir d’une compagnie aérienne qui n’a plus rien de belge, à part le nom "Brussels Airlines", mais qui fait malgré tout vivre énormément de familles et un aéroport national ? Je ne sais pas quel est votre avis, mais mon humble sentiment, c’est que les principes finissent toujours par plier face à la réalité sociale et économique. Dès lors, Brussels Airlines sera sauvée par l’État, donc par notre argent d’aujourd’hui ou par l’endettement laissé aux générations futures !