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Deutsche Grammophon, le plus vieil éditeur de disque encore en activité, célèbre ses 120 ans

On connaît tous le prestige associé à cette grande maison d’édition de disque de musique classique, qui est d’ailleurs la plus ancienne du genre. Son histoire remonte aussi loin que celle de l’enregistrement lui-même. Caroline Veyt nous raconte son histoire.

Invention du gramophone

Cette histoire commence en juin 1898, il y a 121 ans quand l’entreprise est créée à Hanovre par Joseph et Emile Berliner, deux Américains nés en Allemagne, Emile étant l’inventeur du gramophone, l’un des ancêtres du tourne-disque.

Avec le gramophone, naissent les premiers disques qui sont d’abord en métal. En 1902, le ténor italien Enrico Caruso fait son premier enregistrement pour Deutsche Grammophon à Milan, deux ans plus tard la maison d’enregistrement parvient à convaincre la soprano australienne Nellie Melba, véritable diva, d’enregistrer pour elle, elle sera suivie par une autre star de l’époque, la cantatrice italienne Adelina Patti.

Avec de tels noms dans son catalogue, Deutsche Grammophon devient très rapidement le fournisseur privilégié des maisons royales ce qui assit encore davantage sa réputation. En 1907, son usine d’Hanovre compte plus de 200 presses de disques, l’entreprise est florissante et produit plusieurs millions de disques chaque année.

1910 : Les premiers enregistrements orchestraux

Le premier enregistrement orchestral est réalisé en 1910, il s’agit de l’ouverture du Concerto pour piano de Grieg enregistré avec Wilhelm Backhaus, grand pianiste et pédagogue allemand. La maison d’édition, toujours avide de nouveautés, fait sensation encore en sortant en 1913 le premier enregistrement complet d’une œuvre pour orchestre, il s’agit de la Cinquième Symphonie de Beethoven, enregistré avec le Berliner Philharmoniker dirigé par son chef principal Arthur Nikisch. Cette œuvre intégrale est publiée sur quatre disques doubles face.

Première Guerre Mondiale : création d’un nouveau répertoire

Au déclenchement de la Première Guerre Mondiale, les actifs de la société sont saisis par le gouvernement allemand, Deutsche Grammophon ne peut plus exporter de disques allemands enregistrés à l’étranger – ce qu’il faisait pourtant régulièrement puisque les disques de Caruso, par exemple, avaient été enregistrés à Milan. Et comme la société ne peut plus vendre de disques de grands noms tels que Caruso, Melba et Patti, un nouveau répertoire doit être créé : dans les prochaines années, les enregistrements porteront sur les meilleurs artistes d’Allemagne et d’Europe Centrale.

Suivra la période de l’entre-deux-guerres qui sera faste pour la société – en 1929, Deustche Grammophon employait 600 personnes et sortait chaque année 10 millions de disques.

Années 30 : Une page noire s’ouvre pour la maison d’édition

A ce moment-là, le Troisième Reich impose de nombreuses restrictions, néanmoins, certains enregistrements importants sont toujours réalisés : on pense au premier disque d’Herbert von Karajan sorti en décembre 1938. Le 9 mai 1942, la Gestapo interdit formellement à Deutsche Grammophon de publier des disques avec des artistes juifs et ordonne la destruction de tous ceux sur lesquels ils figurent.

Certains enregistrements continuent néanmoins d’être publiés, comme ceux de Karajan – cela lui sera justement reproché après la guerre – et puis, après la Guerre, une petite usine de fabrication de disques est ouverte à Berlin, tandis que l’usine et les bâtiments administratifs détruits pendant le conflit sont en cours de reconstruction.

Première entreprise à réaliser tous les enregistrements sur bandes magnétiques

Dès 1946, Deutsche Grammophon devient la première entreprise à réaliser tous les enregistrements sur bandes magnétiques. Dans les années 50 arriveront les 78 et 33 tours, la maison d’édition continue d’asseoir sa réputation avec de grands noms avec toujours Herbert von Karajan, qui réalisera 330 enregistrements dans les trente années qui suivront, suivi par d’autres chefs du même acabit. Et on peut citer d’autres grands noms qui ont signé avec Deutsche Grammophon comme Martha Argerich, Claudio Abbado, Léonard Bernstein, Pierre Boulez, Hélène Grimaud et tant d’autres qui de génération en génération continuent de faire de Deustche Grammophon l’immense maison de disques qu’elle est toujours aujourd’hui, et donc la plus ancienne encore en activité.

120 ans qui se fêtent en musique

Ces 120 ans ont été célébrés comme il se doit, à travers un grand concert donné à la Philharmonie de Berlin avec deux grands artistes, la violoniste Anne-Sophie Mutter et le pianiste Lang Lang, deux enfants prodiges devenus des stars de la musique classique.

Pour ce concert, ils ont mêlé les musiques de Mozart, Chopin et Beethoven à celle de John Williams. Ils seront accompagnés par le Staatskapelle Berlin.

A voir sur Auvio jusqu'au 21 juin

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