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La gastronomie au cinéma dans le covid-éo club de Nicolas Buytaers

Bon, ça y est, le déconfinement est en marche. Nous pouvons revoir nos proches, enfin quatre de nos proches et toujours les mêmes au même endroit. Quatre, c’est déjà pas mal pour partager un délicieux repas et regarder de bons films. Ça tombe bien car c’est le thème de la semaine du COVID-éo-CLUB de Musiq3 : la Gastronomie au Cinéma ! À table…

Le principal ingrédient pour une bonne cuisine familiale, c’est l’amour. L’amour envers ceux pour qui vous cuisinez !

Ces délicieux propos, nous les devons à Sofia Loren. Sofia est une immense actrice doublée d’une excellente cuisinière. D’ailleurs, Cuisine et Cinéma sont deux arts qui ont toujours fait bon ménage. Ils partagent énormément de choses comme le vocabulaire par exemple. Ne dit-on pas à propos d’un film raté que c’est un "navet" ? En parlant de l’alchimie entre deux acteurs, l’expression "la sauce prend" est souvent utilisée. À propos d’un scénario ou d’un genre cinématographique, que dire encore de certains raccourcis comme "passé à la moulinette" ? Quant à l’interprétation d’un/e acteur/trice, elle peut être "délicieuse" ou "insipide" ! ?

La preuve de ce que j’avance avec l’excellent générique de la comédie Comme un chef de Daniel Cohen, emmenée par le duo (de bonnes pâtes) Jean Reno et Michael Youn. On peut y lire un "scénario et dialogues décantés…", une "musique concoctée…", une "image tamisée puis filtrée…", un "son incorporé, assaisonné et mixé…", un "montage ciselé…", des "costumes effilés…", un film "fortement réduit par le directeur de production…" mais aussi "étuvé par le producteur exécutif…", etc.

Les films sur la cuisine se cultivent en batterie… de cuisine. La grande bouffe de Marco Ferreri raconte l’histoire d’une bande d’amis qui décident de s’enfermer dans une magnifique demeure pour s’y suicider… en mangeant ! Le film avait fait scandale au Festival de Cannes en 1973. Mais les petits plats cuisinés par Ugo Tognazzi pour Philippe Noiret, Michel Piccoli et Marcello Mastroianni restent d’excellentes idées si vous ne savez plus quoi proposer à la maison.

Dans un autre genre, plus festif, il y a Ratatouille de Brad Bird pour Pixar. Dans ce dessin animé, le chef Auguste Gusteau déclare que " la grande cuisine, c’est de la musique pour les sens et de la couleur pour les palais ! "

En lisant la filmographie de certains acteurs, on a d’ailleurs l’impression de lire le menu d’un Grand restaurant. Je pense, bien entendu, à Louis de Funès. En fin gourmet, il nous a fait goûter et aimer L’aile ou la cuisse et La soupe aux choux. Dans la comédie de Gilles Grangier (avec Albert Simonin et Michel Audiard aux dialogues) Le gentleman d’Epsom, le gentilhomme en question n’est autre que Jean Gabin. Mais un Gabin toujours prêt à arnaquer de Funès, le restaurateur Gaspard Ripeux, avec ses mauvais conseils de turfistes. Dans Les grandes vacances, Louis, toujours, se heurte à la cuisine anglaise. La scène est mémorable. Devant une table surchargée de mets aussi étranges que colorés, il demande " alors ça, c’est le dessert ! ? " Et Michonnet (Maurice Risch) de lui répondre, " non, c’est la viande… avec la chantilly… " J’adore !

La gastronomie en Europe

À travers ce COVID-éo-CLUB, je vous propose de (re) découvrir ces films qui sentent bon les plats traditionnels. Je vous propose de visiter autant de continents qu’il existe de cuisine (ou presque). Commençons par l’Europe… au Nord avec Le festin de Babette de Gabriel Axel (1987) avec Stéphane Audran. Pour échapper à la sordide répression de la Commune en 1871, Babette débarque un soir d’orage sur la côte sauvage du Jutland au Danemark. Après quatorze années d’exil, elle reçoit des fonds inespérés qui vont lui permettre de rentrer dans sa patrie. Elle propose avant son départ de préparer avec cet argent un fabuleux dîner français. Un festin dans lequel on retrouve les fameux blinis Demidoff de Babette (une galette épaisse à la crème et au caviar).

Plus au Sud, en Italie, je ne peux que vous conseiller Le déjeuner du 15 août de et avec Gianni Di Gregorio (2009). Gianni a 50 ans et des poussières et il vit avec sa maman dans un grand appartement au cœur de Rome. C’est lui qui s’occupe de tout, la cuisine, le ménage et les courses. C’est aussi un mauvais payeur. D’ailleurs, l’ensemble de la copropriété menace de l’expulser car il n’a pas payé ses charges depuis plusieurs années. Le syndic, Alfonso, propose alors à Gianni un marché insolite : garder sa mère pendant le week-end du 15 août (où tout est fermé) contre l’effacement de cette dette. Le jour J, Gianni voit arriver non seulement la mère d’Alfonso mais aussi sa tante. Ça en fait des bouches à nourrir… Ce Déjeuner est typique du Cinéma italien où l’on crie, on rit, on pleure tant en cuisine qu’au salon !

Pour la France, je choisirais Les saveurs du palais de Christian Vincent (2012) avec Catherine Frot. Librement adapté du parcours de Danièle Mazet-Delpeuch, cheffe cuisinière au palais de l’Élysée auprès de François Mitterrand de 1988 à 1990, ce film raconte l’histoire d’Hortense Laborie, une cuisinière réputée qui vit dans le Périgord. À sa grande surprise, le président de la République la nomme responsable de ses repas personnels. Malgré les jalousies des chefs de la cuisine centrale, Hortense s’impose avec son caractère bien trempé. Si l’authenticité de sa cuisine séduit rapidement le Président, dans les coulisses du pouvoir, les obstacles sont nombreux… Dans ce film, Catherine Frot vous raconte comment réaliser une crème chantilly… royale.

Gastronomie en Asie et en Amérique

Pour l’Asie, laissez-vous tenter par Le festin chinois de Tsui Hark (1995) avec Leslie Cheung Kwok-Wing et Anita Yuen Wing-Yee. Son pitch ? Refusant de faire carrière en tant que petite frappe dans la pègre locale, Chiu décide de devenir maître cuisinier. Introduit dans un restaurant, il devient le larbin du patron et le nouveau favori de sa fille, passablement excentrique. Le restaurant se retrouve menacé par un maître cuisinier mongol, qui lui lance le défi du Festin Chinois… Vous devez savoir que le Festin chinois est une tradition impériale. Il est composé de 108 plats dont les nouilles sautées au bœuf ! Ce festin dure 3 jours. Six banquets lui font honneur. Diverses méthodes de cuisine sont utilisées pour le réaliser. C’est l’essence même de la cuisine chinoise.

Pour l’Amérique, il y a Julie&Julia de Nora Ephron (2009) avec Meryl Streep et Amy Adams. Julia Child est LA femme qui a changé pour toujours la façon de cuisiner de l’Amérique. Pour elle, tout commence en 1948. Elle n’est encore qu’une Américaine anonyme vivant en France. Le travail de son mari les a amenés à s’installer à Paris et Julia cherche activement une occupation. C’est alors qu’elle se prend de passion pour la Cuisine française. Dans cette comédie, qui se déroule 50 ans plus tard, on découvre Julie Powell qui, complètement paumée, a l’impression d’être au bout du rouleau. Elle va avoir 30 ans et pendant que ses amies connaissent bonheur et succès, elle végète dans son travail. Julie se lance un défi complètement fou et se donne exactement un an, soit 365 jours, pour cuisiner les 524 recettes du livre de Julia Child " Mastering the Art of French Cooking ". Julie crée alors un blog pour relater son expérience… Basée sur une double histoire vraie, Julie&Julia est aussi authentique que bon… à déguster !

"Je parlerais encore avec vous des heures mais je dois vous laisser, j’ai un vieil ami à dîner !" Si j’étais vous, lui, je ne l’inviterais pas à manger. Lui ? C’est Hannibal Lecter (Anthony Hopkins) dans Le silence des agneaux de Jonathan Demme (1991). Le docteur cannibale qui, interrogé par un employé du recensement, a dégusté "son foie avec des fèves au beurre et un excellent Chianti."

Vous l’avez deviné, la Cuisine au Cinéma, je pourrais encore vous en parler pendant des heures. D’ailleurs je le fais tous les mardis vers 9h40 en radio sur La Première dans l’émission Le Mug avec ma chronique Les petits plats dans l’écran. Une chronique où je vous propose les recettes de plats vus au Cinéma comme les spaghettis du clan Corleone vus dans Le Parrain de Francis Ford Coppola (avec du vin rouge dans la sauce, c’est le secret) ; les crêpes Gigi des Bronzés font du ski (soit "une fine couche de sarrasin, saisie dessus dessous, parsemée de pétales de rose tièdes") ; les Doubitchous de Sofia vus, goûtés et recrachés dans Le Père Noël est une ordure (il n’y a que de bonnes choses dedans comme du cacao de synthèse, de la margarine et de la saccharose, sans oublier qu’ils sont roulés à la main sous les aisselles).

Pour conclure, citons une fois encore Sofia Loren qui s’est un jour décrite par ces mots : "Mes rondeurs, je les dois aux spaghetti !"

Et pour vous, quels sont les films qui parlent le mieux de cuisine ?

Bon déconfinement, bon appétit et bon film !