Chronique cinéma

Plus d'infos

"Hope" de Maria Sødahl, un drame scandinave d’une grande justesse

Qui dit mercredi dit cinéma ! Nicolas Buytaers nous présente quelques nouveautés à aller découvrir dans les salles obscures.

Hope

Ce film raconte l’histoire d’Anja et Tomas, un couple marié depuis pas mal d’années avec trois enfants et autant de beaux-enfants. Un couple qui semble mener une vie parfaite. Enfin ça, c’est pour les apparences, la façade… Ces deux-là, avec le temps, se sont éloignés. Une façade qui va sérieusement se fissurer quand Anja apprend qu’elle est atteinte d’une tumeur au cerveau et que celle-ci est incurable. Il ne lui reste plus que trois mois à vivre. Ce sont bientôt les fêtes de fin d’année et toute la famille va se retrouver pour Noël. Que faut-il faire ? Tout dire ? Tout cacher ? Et s’il restait un espoir ? Et si l’amour était cet espoir ?

Voilà les questions posées par ce drame inspiré d’une histoire vraie, celle de sa réalisatrice, Maria Sødahl ! Le couple, la maladie, la famille, tout y passe… Mais là où on aurait pu s’attendre à un mélo de Noël dégoulinant de mièvreries et sirupeux à souhait, la réalisatrice norvégienne propose de la sobriété et de la justesse. Du drame, oui ; des règlements de compte, oui… Mais pas de voyeurisme ni de sensiblerie extrême !

La haine

Sortie en 1995, il y a 25 ans déjà, "La Haine" revient au cinéma, en salles, dans une version remastérisée. Ce film a marqué toute une génération, celle des quadras d’aujourd’hui, par son message ("La haine attire la haine", comme le dit Hubert, l’un des protagonistes de cette histoire), par la situation qu’il dénonçait à l’époque (ces banlieues à la population "abandonnées", prêtes à "exploser"). Il a surtout permis de découvrir une nouvelle génération de talents : Matthieu Kassovitz d’abord (acteur, scénariste, réalisateur), Vincent Cassel ensuite mais aussi ses autres acolytes, Saïd Taghmaoui et Hubert Koundé (moins sur le devant de la scène en 2020, avouons-le). Voir ou revoir ce film est important car (presque) rien n’a changé. La preuve, le film "Les Misérables" qui dénonce la même situation et qui avait plu à Cannes en 2019 et aux derniers César pourrait être considéré comme sa suite logique.

Ce film revient donc sur la journée de trois potes au lendemain d’une nuit d’émeute. L’un d’eux, Vince, a trouvé un revolver… celui d’un policier. Il ne pense qu’à une chose : venger Abdel, un jeune de la cité passé à tabac la veille. C’est d’ailleurs ça qui avait déclenché les émeutes. Mais entre "penser" et "agir", il y a un énorme fossé… Plein de questions, de responsabilités, de morale à régler !

Balancé entre scènes de comédie et drame psychologique, "La Haine" est un put*** de film à la tension permanente et à la réalisation étonnante. Le tout magnifié par un noir et blanc aujourd’hui restauré qui le rend encore plus fort, encore plus à-propos !

Babylon Berlin

En ces temps où les grosses maisons de production suppriment des salles et repoussent à l’année prochaine les sorties de leurs blockbusters, laissez-moi vous proposer une série télé épatante, une fresque, une saga digne d’Hollywood… avec des moyens de grosses productions. "Babylon Berlin" de Tom Tykwer réalisateur de "Cours Lola cours" et "Le parfum" !

Dans cette série, nous sommes à Berlin en 1929. Comme on croyait avoir connu toutes les horreurs pendant la Grande guerre, les corps et les esprits se laissent aller, on s’amuse, on fait la fête. Ce sont les années folles… Oui mais voilà, ces années sont également synonymes de changements… Changements politiques avec les montées du nazisme et du communisme en Allemagne… Changements sociaux avec la classe ouvrière et ses revendications de plus en plus fortes… Changements de mentalité aussi avec les femmes qui réclament davantage de droits, une meilleure place dans la société. Voilà tout ce qui est évoqué avec intelligence dans cette série… le tout sur fond de meurtres, de trafic d’armes, de chantages, de magouilles et de prostitution.

Cette série est à la fois sombre et lumineuse, enchantée et désenchantée. Ça danse, ça rit et ça pleure. Ses héros ont tous des vices qu’ils tentent de maîtriser. Il n’y a pas de bons ni de méchants mais des êtres humains qui veulent s’en sortir par tous les moyens. En plus la reconstitution du Berlin de ces années-là est bluffante. Bref, vous serez vite happés par ce polar historique et vous regretterez que tout se termine après seulement 3 saisons !