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La surdité de Beethoven : trouver dans ses faiblesses la force de continuer

Lorsque l’on évoque Beethoven, l’une de premières caractéristiques qui nous vient à l’esprit, c’est bien entendu sa surdité. Perdre ainsi ce sens si précieux pour un compositeur a été une véritable épreuve pour Beethoven. Et lorsque l’on considère les œuvres de Beethoven à la lumière de cette surdité croissante, on ne peut qu’être impressionné par la qualité du corpus qu’il a réussi à livrer malgré ses problèmes.

Fabrice Kada a rencontré Jean-Louis Michaux, médecin, professeur émérite d’hématologie à la faculté catholique de Louvain et grand mélomane. Il s’est intéressé à Beethoven et à ses problèmes de santé. Il a d’ailleurs compilé ses recherches au sein d’un ouvrage intitulé Ludwig van Beethoven, le génie et ses maladies, paru aux Editions Fiacre en 2015. Il nous parle de la surdité de Beethoven et notamment du rôle que cette maladie a joué sur la créativité du compositeur.

Les premiers symptômes de la surdité

Beethoven a commencé à ressentir les premiers symptômes de la surdité vers l’âge de 26-27 ans. D’abord localisés au niveau de l’oreille gauche, des acouphènes persistants se sont ensuite propagés à l’oreille droite.

Beethoven n’ébruite pas tout de suite cette nouvelle dramatique. Ce n’est qu’à partir de 1802 – année de l’écriture du fameux "Testament de Heiligenstadt" – qu’il commencera à parler de sa maladie et qu’il finira par l’assumer.

Beethoven perd complètement ses capacités auditives en 1818. Il est possible de le savoir avec une certaine certitude, grâce aux écrits, aux lettres de Beethoven mais aussi grâce aux fameux cahiers de conversation de Beethoven. Ces cahiers de conversation sont de véritables témoignages des dix dernières années de la vie de Beethoven. 400 exemplaires de ces cahiers ont été conservés et sont actuellement à la Bibliothèque de Berlin.

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Carnet de conversation que Beethoven utilisa de 1818 à 1827 pour parler avec ses invités © Tous droits réservés

Continuer à créer malgré la maladie

Dans son Testament de Heiligenstadt, Beethoven exprime tout son désespoir face à cette perte progressive, tragique et inévitable de son audition. Mais dans ce testament, on retrouve également une envie de se battre, de continuer malgré tout de servir la musique, celle pour qui Beethoven décide de continuer à vivre.

Cette épreuve de la surdité, Beethoven a décidé d’en faire un nouveau départ. Et s’en est suivie une période extrêmement féconde en termes de composition.

Tout au long de sa vie, Beethoven a voulu renouveler la pensée musicale de son temps, et il est d’autant plus impressionnant de savoir que les plus belles et plus grandes œuvres qu’il composera seront écrites alors qu’il avait déjà perdu une grande partie de ses facultés auditives.

Beethoven, un cas médical hors-norme

Si la surdité de Beethoven est connue de tous et fait partie intégrante de l’image que nous avons du personnage, ce n’était pas la seule maladie à laquelle Beethoven a dû faire face. Jean-Louis Michaux en recense un grand nombre : des varioles, des problèmes intestinaux, une infection pulmonaire qu’il contracte à l’âge de 17 ans, des douleurs abdominales qui le font souffrir à l’âge de 21 ans, et toute une série d’autres maux.

Pour effectuer cette liste, Jean-Louis Michaux s’est basé sur les nombreuses lettres écrites par Beethoven et dans lesquelles il fait état de sa santé défaillante.

L’autopsie de Beethoven, réalisée à la demande de ce dernier le lendemain de sa mort, a également révélé de nombreux problèmes de santé, notamment une cirrhose, engendrée très probablement par l’amour un peu trop débordante de Beethoven pour le vin et la bière.

Quant aux origines de sa surdité, il est impossible de les définir avec exactitude. Si le rapport original de l’autopsie de Beethoven a été perdu, une copie a été conservée et on peut notamment y lire que "le cartilage de l’oreille apparaissait de grande dimension et de forme irrégulière. La fossette scaphoïde, et surtout le pavillon, étaient très vastes et avaient une fois et demie la profondeur habituelle…". A la fin des années 1920, le Docteur Marage avance l’hypothèse d’une labyrinthite d’origine intestinale, à savoir une lésion de l’oreille interne.

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