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Les faussaires, imposteurs et plagiaires de la musique classique

Faussaires qui ont voulu faire passer leur musique pour l’œuvre de grands maîtres ou petits malins qui ont signé des partitions qui ne sont pas réellement les leurs, les imposteurs sont toujours pleins de ressources. A moins que ce ne soit pas non plus leurs propres ressources…

Il y a en effet des compositeurs qui semblent avoir, inconsciemment ou bien très volontairement, visé une place marginale dans l’histoire de la musique en procédant pas très honnêtement…

Le faux Beethoven japonais

Celui que l’on surnomme le "faux Beethoven japonais" s’appelle Mamoru Samuragochi. Ce dernier s’est fait passer pendant près de deux décennies pour un compositeur atteint de surdité, qui lui avait valu le surnom de "Beethoven japonais".

Véritable imposteur, Mamoru Samuragochi n’a, en réalité, jamais composé les œuvres qu’on lui a commandées et a fait appel à un autre compositeur, Takashi Niigaki, qui est resté dans l’ombre de Samuragochi pendant 18 ans. Ce dernier a réussi a dupé le monde entier, à commencer par les Japonais qui adulaient le soi-disant compositeur.

Samuragochi a poussé la supercherie à l’extrême, romançant sa vie en expliquant qu’il avait progressivement perdu l’ouïe à partir de l’âge de 35 ans, tout en affirmant que cette surdité ne l’empêchait pas de continuer à "composer", se faisant surnommer le "Beethoven japonais". Une surdité toute aussi fictive que son activité de compositeur. "Sa" Symphonie n°1 Hiroshima, composée en hommage aux victimes de la bombe nucléaire de 1945 était devenue, à la suite du tsunami meurtrier de 2011, un véritable hymne de la reconstruction, faisant de son prétendu compositeur une figure de proue de cette reconstruction.

Une supercherie qui a donc été révélée le 5 février 2014, par Mamoru Samuragochi lui-même.

L’Affaire Hélène Blazy

Le plagiaire est celui qui imite l’œuvre de quelqu’un d’autre pour la faire passer pour soi, sans se soucier du consentement de celui qu’il imite. Et en matière de plagiat, l’affaire d’Hélène Blazy a fait grand bruit il y a quelques années.

En 2010, la compositrice française signe la composition d’une pièce de deux minutes – qu’elle signe de son nom seul – à l’occasion de l’inauguration de la plus grande tour du monde, la Burj Khalifa à Dubaï. Une pièce qui a résonné de manière particulièrement amère pour les éditions Le Chant du Monde, titulaires des droits patrimoniaux de l’œuvre de Prokofiev. En effet, la pièce d’Hélène Blazy présente de nombreuses similitudes avec la fameuse Marche des chevaliers, issue du ballet Roméo et Juliette de Prokofiev, comme vous pouvez l’entendre dans la vidéo ci-dessous (début à 1'00'').

Les éditions Le Chant du Monde ont décidé de porter plainte contre la compositrice française, l’affaire ayant été portée devant la troisième chambre du Tribunal de Grande Instance de Paris en 2013. La SACEM, saisie du litige, a mobilisé un agent assermenté, M. Maurice Pham, responsable du Service des vérifications, qui, dans son analyse, mettre en lumière des différences notables entre les deux œuvres.

Toutefois, malgré les analyses, la Troisième chambre du Tribunal de Grande Instance de Paris a tout de même confirmé, après une première audience, le 7 octobre 2013, qu’il y avait bien contrefaçon, Hélène Blazy ayant signé comme seule auteure de l’œuvre ce que le Tribunal a tenu comme une adaptation ou une variation.

En réponse à l’affaire, la compositrice a reconnu avoir orchestré volontairement et en transparence "à la manière de Prokofiev", précisant que "les ressemblances de [s]on orchestration "à la manière de" sont le balancement rythmique d’accompagnement utilisé par Verdi et bien d’autres compositeurs avant Prokofiev, des éléments d’orchestration et de solfège non protégeables."

Le concerto Adélaïde de Mozart ?

Avez-vous déjà entendu parler du Concerto Adélaïde de Mozart ? Avant les années 1930, cette œuvre était totalement inconnue du répertoire du compositeur salzbourgeois. Et pourtant, cette pièce pour violon et orchestre s’est vue attribuer le numéro K. Anh. 294a dans la troisième édition du catalogue Kochel des œuvres de Mozart, avant d’être ensuite identifiée comme étant un faux.

Et toute cette histoire découle d’une simple blague, faite par Marius Casadesus. Ce dernier, travaillant de concert avec ses frères à la redécouverte de partitions du XVIIe et XVIIIe siècle, est le réel compositeur de ce Concerto Adélaïde qu’il a attribué au jeune Mozart, qui aurait composé cette œuvre pour Adélaïde, la quatrième fille de Louis XV.

"Cela a commencé en 1928, quand je gribouillais sur des feuilles de partitions, essayant de composer un morceau" a expliqué Marius Casadesus. "Je dessinais souvent un morceau classique et je le travaillais ensuite dans une composition moderne. Mais cette fois-ci, j’ai aimé le brouillon. Honnêtement, je n’essayais pas d’imiter Mozart mais ça lui ressemblait. J’ai invité des gens à la maison, et avec un ami au clavier et moi-même au violon, nous avons joué le morceau. A la fin, j’ai demandé aux invités quel était, selon eux, le compositeur du morceau. Ils ont tous dit : Mozart, bien sûr ! Je ne pouvais pas dire non tout de suite. J’ai commencé à dire que je l’avais orchestré et j’étais sur le point de dire toute la vérité mais ils ont continué à insister sur le fait que c’était Mozart. Et là où les choses se sont emballées, c’est quand l’un des invités, le chef d’orchestre Albert Wolff a insisté pour que le concerto soit présenté publiquement, jusqu’à ce que le 27 décembre 1931 le morceau a bien été joué en public comme une œuvre précédemment inconnue de Mozart."

Marius Casadesus a donc laissé sa blague échappée à tout contrôle pendant plusieurs années, avant de sortir du silence lorsque Pathé-Marconi a racheté les droits du concerto et sa restitution par Yehudi Menuhin sans mentionner le rôle de Marius Casadesus.

Vous avez aimé cet article ? Alors vous aimerez également l’émission "À la limite".

Cet article est tiré de l’émission "À la limite" produite par la Radio-Télévision Suisse (RTS), diffusée tout cet été sur Musiq3. Elle part aux confins de la grande musique pour venir au secours des œuvres délaissées par les têtes de gondole. Elle est aussi l’occasion d’écouter des morceaux qu’on ne retrouve pas dans les compilations de musique classique, faute d’avoir été consacrés "chefs-d’œuvre absolus".

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