Une intelligence artificielle pour évaluer les risques sanitaires en vue de rouvrir les lieux culturels français

En France, le président de la Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset, propose dans une lettre ouverte de recourir à des protocoles sanitaires expérimentaux dans le but de permettre une réouverture des institutions culturelles sur une base scientifique. Ils s’appuieraient sur le programme Opéra, une intelligence artificielle développée par l’Institut technologique européen des métiers de la musique, capable d’évaluer les risques en se basant sur 30 paramètres variables.

Depuis le mois d’octobre, le secteur culturel français est à l’arrêt presque complet, comme en Belgique et dans bien des pays d’Europe et du monde. Les artistes (et plus particulièrement ceux du secteur des arts de la scène, acteurs, danseurs et musiciens), manquent cruellement de perspective : il faut dire que l’évolution de la situation sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 reste très difficile à prédire. Alain Rousset, le président de la région administrative de Nouvelle-Aquitaine, étiqueté PS, fait partie de ceux qui sont favorables à une réouverture des lieux culturels : il l’avait déjà fait savoir au moment de communiquer ses vœux pour l’année 2021. Il revient à la charge dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre français Jean Castex, considérant qu’il n’est pas acceptable "que le débat reste cantonné à la seule question de la date d’ouverture des lieux de diffusion", ni "que la protection sanitaire des citoyens se résume à interdire toute vie culturelle".

Il met donc sur la table une proposition très concrète : recourir à une méthode expérimentale de calcul des risques sanitaires en mettant à profit une intelligence artificielle actuellement développée par l’ITEMM (Institut technologique européen des métiers de la musique), basé au Mans. Ce projet, baptisé "Opéra" (pour Outil probabiliste pour l’évaluation du risque par aérosols) est un programme de recherche spécifiquement conçu pour aider les décideurs politiques dans le cadre d’une réouverture des lieux culturels. Il s’échelonne en deux étapes : une récolte de données auprès de salles et studios de tout type, pour prendre en compte les caractéristiques techniques et les risques propres à chaque situation, et le développement d’un simulateur de calcul de risque, qui se base sur des modèles épidémiologiques. Pour produire une évaluation probabiliste, cette IA tient compte des différents acteurs et des risques propres à leur activité (chant, danse, instrument à vent, théâtre, public), mais aussi du lieu et de sa capacité en public, du type de production, de la durée, de la qualité de la ventilation, etc. En tout, 30 paramètres sont pris en compte simultanément, qui représentent autant de variables susceptibles d’avoir une influence sur la possibilité de transmission de la Covid19 via des aérosols (microgouttelettes issues de la respiration et qui restent en suspension dans l’air).

Pas une preuve d’absence de risque

Cet outil est actuellement encore en cours de validation par la communauté scientifique. Et quel que soit le résultat, il faut garder à l’esprit qu’il ne peut aucunement être considéré comme une preuve d’absence de risque : il permet plutôt d’effectuer une comparaison entre plusieurs situations possibles ou existantes, afin d’optimiser les conditions d’organisation d’événements culturels. Notons également que cette étude ne prend en considération que le risque de transmission par aérosols, sans tenir compte des autres possibles moyens de transmission du virus : le contact physique entre les gens et les grosses particules (en l’absence de port du masque, par exemple). Malgré ces limites (inhérentes à toute recherche scientifique), près de 300 lieux culturels de la région de Nouvelle-Aquitaine se sont déjà portés candidats pour participer à l'expérimentation, signe d’un grand intérêt du secteur pour ce genre d’approches. Si le gouvernement français valide le projet, des tests pourront être mis en place en présence d’un public dans une douzaine de lieux différents.

Alain Rousset n’est pas le seul à manifester de l’intérêt pour une approche expérimentale de la réouverture : pas plus tard que ce mardi, la maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian, a elle aussi interpellé le Premier ministre français pour lui proposer de mettre à l’essai une solution d’un tout autre type, en partenariat avec des acteurs culturels. Elle suggère de rouvrir les lieux de culture à certains publics uniquement : les écoles, les étudiants ou encore ceux qui sont "en situation d’isolement familial, financier ou psychologique". La jauge serait limitée à 8 à 10 mètres carrés par personne (un groupe scolaire par musée par demi-journée ou des groupes de maximum 10 personnes dans le secteur social). Les mêmes publics auraient également à nouveau accès à des ateliers d’éducation artistique et culturelle, moyennant un protocole d’accueil strict.

On le voit, les propositions ne manquent pas. Elles viennent utilement alimenter le débat, mais rien ne garantit encore à ce stade qu’elles aboutiront : pour le savoir, les regards restent comme toujours tournés vers les décideurs politiques.

 

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