Une fugue à quatre voix sur le nom de… Covid-19 !

Le compositeur grec Nicholas Papadimitriou a relevé le défi de créer une fugue à quatre voix de 6 minutes dont le thème est basé sur la transcription en notes du mot "Covid-19". Une initiative qui s'inscrit dans la longue tradition de la signature musicale.

De tout temps, les contraintes ont constitué l’un des moteurs principaux de la création artistique. Le procédé de la signature musicale, fréquemment exploité par les compositeurs dès l’époque baroque, en est un très bon exemple. Il consiste à générer aléatoirement un motif à partir de la transposition arbitraire d’un nom et à l’exploiter dans une composition cohérente. Concrètement, il repose la plupart de temps sur l’usage qui est fait de l’alphabet en musique.

Pour désigner les notes, en français et en italien, on utilise les syllabes héritées d’un ancien chant latin écrit par Paul Diacre au 8e siècle, la "Naissance de Saint Jean-Baptiste" : ut (devenu do au 16e siècle) - mifa – sol – la – si. Cela rend la création de signatures musicales plus complexe, sauf à créer des jeux de mots peu intéressants, comme "domicile adoré". Mais dans d’autres langues, comme l’anglais ou l’allemand, on a conservé le système hérité de l’Antiquité, utilisant les premières lettres de l’alphabet : ABCDEFG pour la-si-do-ré-mi-fa-sol, en anglais. En allemand, il y a même des subtilités supplémentaires : B désigne si bémol ; H, si bécarre ; S est fréquemment utilisé à la place du Es du mi bémol. Cela augmente les possibilités de codage à 9.

Il n’en fallait pas plus pour stimuler la créativité de grands compositeurs souhaitant marquer leur œuvre de leur signature. Le cas le plus connu est celui de Jean-Sébastien Bach (par exemple dans son "Art de la Fugue"), qui avait un nom très propice à cet exercice : dans le système allemand, B.A.C.H. désigne ainsi les notes si bémol, la, do, si bécarre. D’autres compositeurs se sont également basés sur ce système pour rendre hommage à certains de leurs prédécesseurs, comme Franz Lizst, dans sa "Fantaisie et Fugue sur le nom de B.A.C.H.", ou Maurice Duruflé, dans son "Prélude et Fugue sur le nom de A.L.A.I.N.", en l’honneur de Jehan Alain (avec quelques subtilités supplémentaires dans le codage).

Une fugue pour le Covid-19

Pour créer une musique de circonstance dans le contexte de l’épidémie de coronavirus, le compositeur grec Nicholas Papadimitriou, pianiste et organiste, s’est prêté à l’exercice, en se basant, quant à lui, sur le nom Covid-19 pour créer une vaste fugue à 4 voix. "Ma contribution musicale à la pandémie mondiale de coronavirus pourrait bien ne pas rapprocher l’humanité de la découverte du vaccin auquel elle aspire, mais si vous êtes un passionné de musique qui aime les trucs ringards, eh bien, c’est certainement quelque chose pour vous !", écrit-il dans sa description.

Pour parvenir à transposer ce nom en notes, il a pris, selon ses mots, "quelques touches de liberté artistique". Il a ainsi interprété le nom du virus comme C° V-I D 1-9 : "do mib solb sibb sol do ré do réb"

  • C° est une notation qui désigne en jazz "do septième diminuée", soit "do mib solb sibb".
  • V-I est interprété comme la notation en chiffres romains des fonctions harmoniques de dominante et de tonique (en do mineur), dont il a retenu la basse, soit sol et do.
  • D est interprété comme ré, sans surprise.
  • 1-9 est compris comme un intervalle de neuvième, simplifié en seconde : do ré. Le compositeur a pris la liberté musicale d’en faire une neuvième bémolisée.

Tous les ingrédients sont réunis pour un sujet de fugue "plutôt épicé" et "peu orthodoxe", selon les termes de Papadimitriou, ce qui a rendu plus complexe son intégration dans un système tonal. Pour y parvenir, il s’est inspiré notamment des compositeurs Félix Mendelssohn et Max Reger. En l’absence d’un piano à queue, la pièce a été enregistrée sur un Yamaha CPL-645. Une version payante pour orgue est également disponible sur son site.

Voici donc "The Covid-19 Fugue", par Nicholas Papadimitriou, qui espère qu’elle deviendra virale !