Un Sacre du printemps flamboyant pour la première de Gergely Madaras à la tête de l'OPRL

Ce mercredi 25 septembre, les murs de la salle Henry le Bœuf, à Bozar, ont tremblé à l'occasion de la première représentation de Gergely Madaras à la tête de l'Orchestre Philharmonique royal de Liège, le seul orchestre symphonique professionnel de Belgique francophone. Le jeune chef d'orchestre hongrois, âgé d'à peine 35 ans, est en effet devenu, ce premier septembre, le neuvième directeur musical de l'OPRL, avec un mandat de 3 ans. Pour l'ouverture de la saison de l'OPRL, intitulée "(R)évolution", l'orchestre a mis les petits plats dans les grands, avec un programme très ambitieux, dont le sommet était sans nul doute le célébrissime Sacre du printemps de Stravinsky. Gergely Madaras n'a pas déçu : tantôt précis et dynamique dans les parties rythmiques, presque fougueux, tantôt sensible et doux dans les passages plus lyriques et contemplatifs, il a prouvé qu'il est déjà en symbiose avec le reste de l'orchestre. Une prestation réussie dans l'ensemble et très prometteuse pour la suite de cette collaboration. 

La première partie du concert a débuté avec la Suite pour orchestre n° 2 en do majeur, op. 20, du compositeur roumain George Enescu, écrite en 1915 et créée à Bucarest l'année suivante. C'est une œuvre symphonique composée de six mouvements portant les noms de danses baroques : Ouverture, Sarabande, Gigue, Menuet grave, Air, Bourrée. On y retrouve l'intérêt du compositeur pour les musiques traditionnelles de Roumanie, à l'instar de Béla Bartók en Hongrie, à la même époque. Chaque mouvement entraîne l'auditeur dans une atmosphère très différente, si bien que l'ensemble constitue une agréable promenade musicale que l'orchestre a su avantageusement mettre en valeur en déployant tout une palette de couleurs, vaste et contrastée. 

Le concert s'est poursuivi avec les Variations sur un thème rococo, op. 33, de Piotr Ilitch Tchaïkovski. Pour cette œuvre concertante, datant de 1877, sous forme de thème et variations, l'OPRL, en formation plus allégée, s'est accompagné du violoncelliste István Várdai, lui aussi hongrois. Ce dernier, qui raconte dans le programme de Bozar qu'il joue cette œuvre depuis une vingtaine d'années, en a livré une interprétation raffinée et impressionnante de justesse et de précision, dans un dialogue réussi avec l'orchestre. Largement plébiscité par le public, le virtuose a ensuite joué en solo un extrait du 3e mouvement de la Sonate pour violoncelle Op. 8. de Kodaly, en écho au morceau de Enescu, car le compositeur hongrois s'est lui aussi basé sur des mélodies populaires pour réaliser son œuvre. C'est un véritable morceau de bravoure, dans lequel le violoncelle semble se multiplier et devenir orchestre à lui seul, qu'il a assumé brillamment et avec une très grande précision. 

Un gigantesque scandale

En deuxième partie, pour interpréter le Sacre du printemps, c'est un orchestre très augmenté qui a fait son retour sur scène, tant le chef-d'œuvre de Stravinsky est monumental et demande des effectifs conséquents. La pièce est composée à l'origine pour être un ballet moderne – donc accompagnée de danse –, qui rompt avec la vision souple et aérienne de la danse classique. À l'opposé, elle met l'accent sur le rythme, l'ancrage physique dans le sol et la pulsion primitive, en mettant en scène un rite païen menant au sacrifice d'une jeune fille. Elle est connue pour avoir donné lieu, lors de sa création en 1913, à un gigantesque scandale, signe qu'il s'agissait d'un grand tournant dans l'histoire de la musique, de la même manière que la Bataille d'Hernani avait marqué l'histoire littéraire, en 1830, autour d'une pièce de théâtre de Victor Hugo. 

Le vibrant Gergely Madaras a su apporter à l'OPRL l'énergie et la finesse indispensables pour aborder cette œuvre réputée très complexe, même pour les meilleurs musiciens, et qui fait la part belle aux instruments à vent et aux percussions. Pendant un peu plus d'une demi-heure, le public est resté captivé, depuis le solo mielleux des bassons et les notes volcaniques des clarinettes basses, au début de la pièce, jusqu'au sacrifice final, emporté par les rythmiques entêtantes et les harmonies envoûtantes si caractéristiques. Si l'on sentait, par endroit, que certains détails pouvaient encore être affinés au niveau des attaques et de certains solos, l'ensemble était très convaincant. 

L'OPRL, sous la direction de Gergely Madaras et avec l'accompagnement du soliste István Várdai, se produira à nouveau ce vendredi 27 septembre, à la Salle Philharmonique de Liège. Le concert sera retransmis en direct sur Musiq3 à 20h.

 

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