Un robot humanoïde chef d’orchestre : l'intelligence artificielle peut-elle remplacer la sensibilité humaine ?

L’intelligence artificielle dans le monde de la musique classique… Vaste débat qui ne cesse d’être alimenté et actualisé par les nombreuses expériences effectuées dans le domaine : achèvement des dixièmes symphonies de Mahler et de Beethoven par un algorithme, composition de partitions entières, piano connecté capable de reproduire le jeu pianistique de Glenn Gould, traduction des mouvements d’un danseur en musique, les exemples ne manquent pas.

L’intelligence artificielle pour diriger un orchestre

Le 31 janvier 2020, un concert un peu particulier a eu lieu aux Emirats arabes. Un robot humanoïde a pris la place du chef d’orchestre et a dirigé un orchestre de musiciens humains. L’opéra qu’il dirige s’intitule Scary Beauty et a été composé spécialement pour ce robot par Keiichiro Shibuya. A travers cet opéra, Shibuya interroge notre rapport à la technologie.

Une scène digne d’un film d’anticipation : se balançant sur un piédestal, le robot "androïde Alter 3" – c’est son petit nom - dirige les musiciens, maîtrise le volume et le tempo. Se balançant sur un piédestal, le robot, dont les mains et le visage sont empruntés à l’humain, nous offre un spectacle étrange, digne d’un film de science-fiction.

Comment cela fonctionne-t-il ? Le robot développé par Hiroshi Ishiguro, scientifique spécialiste de l’AI et professeur à l’université d’Osaka, possède une intelligence artificielle qui intègre la partition de Shibuya et l’interprète en mouvements. Ishiguro explique qu’une part de liberté d’interprétation est laissée au robot.

"Ce travail est une métaphore des relations entre l’homme et la technologie. Parfois, l’androïde devient fou, les orchestres humains doivent suivre. Mais parfois, les humains peuvent coopérer très confortablement ", a expliqué le compositeur.

Un robot ne peut pas transmettre l’énergie et l’émotion nécessaires

Cette nouvelle incursion de l’intelligence artificielle dans le processus artistique pose une nouvelle fois la question de la place des robots et de l’IA dans l’art : un robot peut-il remplacer un chef d’orchestre ? De nombreux spectateurs de ce concert 2.0 étaient dubitatifs : même si l’on peut saluer la prouesse technologique, la direction de l’orchestre étant amputée de la dimension et de la sensibilité humaines ne semble pas remporter un vif succès.

Un robot est incapable d’intégrer ses notions, intrinsèquement humaines, de sensibilité musicale. Et c’est d’ailleurs l’une des réponses le plus souvent données par les détracteurs de l’intelligence artificielle dans le domaine des arts. Une intelligence artificielle ne peut remplacer la sensibilité de l’être humain.

L’intelligence artificielle peut-elle/va-t-elle vraiment remplacer l’intelligence humaine ? Cette nouvelle expérience apporte une "nouvelle pierre" à l’édifice que représente ce large débat de la place de plus en plus grande que prennent les intelligences artificielles dans notre vie quotidienne : la domotique, le milieu médical, la restauration, l’art et la culture. Ce qui est sûr, c’est que le monde de la scène et de la musique classique va de plus en plus être la scène privilégiée de ces expérimentations. A nous de savoir quelle place nous voulons donner à ces nouvelles technologies.

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