Thylacine : la rencontre entre la musique classique et l’électro minimaliste

William Rezé, de son nom de scène Thylacine, nous invite dans son quatrième album Timeless à un voyage dans le temps : ce virtuose de la musique électronique reprend quelques chefs-d’œuvre de la musique classique, en leur conférant une nouvelle sonorité électronique, sans pour autant dénaturer l’œuvre d’origine.

Quel drôle de nom que celui de "Thylacine"… Lorsqu’on lance une recherche sur Internet, le premier résultat des moteurs de recherche nous informe que le Thylacine est un animal, aujourd’hui disparu, originaire de Tasmanie. Lorsqu’il était temps pour William Rezé de se trouver un nom de scène, c’est ancien étudiant en biologie s’est replongé dans ses bouquins et a trouvé ce terme et a décidé de donner une seconde vie au "thylacine".

Du voyage physique au voyage dans le temps

Thylacine s’est forgé une solide réputation dans le milieu de la musique électronique, depuis la sortie de son premier album Transsiberian en 2015, composé en 13 jours à bord d’un train voyageant sur la fameuse voie transsibérienne. Et voilà toute l’originalité de cet artiste français : passionné par les voyages, il s’inspire des paysages qu’il parcourt pour composer sa musique. Deux autres albums ont suivi la même logique de composition, pour "Roads vol.1", c’est à bord d’une caravane sur les routes d’Argentine que Thylacine a posé ses claviers. "Roads vol.2" a lui été composé lors d’un voyage de quatre jours dans les Iles Féroé. Le voyage fait donc partie intégrante du processus de création de Thylacine. Mais en 2020, un virus a paralysé l’ensemble du monde, nous forçant à nous replier sur nous-même et à rester confiner chez nous. Plus question de voyager pour trouver l’inspiration ailleurs.

Un album composé pendant le confinement

Et cet ailleurs, Thylacine l’a trouvé auprès des compositeurs de musique classique. Partant d’un morceau qu’il avait composé sur base de la Gnossienne n°1 de Satie – une commande que lui avait faite le label Sony – l’artiste, qui s’était confiné dans un chalet en Suisse, s’est pris au jeu de "s’attaquer" à d’autres compositeurs : Mozart, Debussy, Fauré, Beethoven, Verdi ou encore Schubert et Allegri sont passés par le filtre électronique de Thylacine.

Une inspiration que Thylacine assume pleinement, jusqu’au titre de ses morceaux, qui portent le nom du compositeur duquel il a tiré son inspiration. On retrouve dans chaque morceau des extraits de l’œuvre originale, mixer aux beats graves, à la rythmique minimaliste propre à Thylacine. Et le résultat est plus qu’intéressant, donnant une forme de modernité à ces grands monuments de la musique classique.

Nul doute que cet album pourrait bien populariser ces œuvres auprès d’un public plus large et moins connaisseuse de la musique classique.

Parmi les "samples" utilisés par Thylacine, on retrouve un extrait du Miserere d’Allegri, un passage du mouvement lent de la septième symphonie de Beethoven, ou encore de la Gnossienne n°1 et de la Gymnopédie n°1 de Satie, le Lacrymosa du Requiem Mozart.

Vous pouvez découvrir cet album sur toutes les plateformes d’écoute et de téléchargement légales. Et en avril dernier, Thylacine a réalisé un live (en streaming) durant lequel il a interprété son nouvel album au côté du pianiste Bravin Karunanithy, dans le cadre enchanteur de l’Abbaye d’Ourscamp.

La musique et le visuel

Pour Thylacine, le visuel est aussi important que la musique. C’est d’ailleurs une source d’inspiration pour le musicien, qui aime composer en fonction des paysages qui défilent devant lui lors de ses voyages. Il est donc naturel qu’il apporte un soin particulier aux clips de ses morceaux.

Pour son album Timeless, le voyage est intérieur. Mais cela n’a pas empêché Thylacine de construire une histoire visuelle autour de deux de ses nouveaux morceaux. Tout d’abord Satie n°1 : il s’agit du premier morceau que Thylacine a dévoilé, il y a maintenant un an. Le clip vidéo qui accompagnait le morceau a été dessiné par Cécile Charbert. A travers ce clip, fait de dessins en noir et blanc, Cécile Charbert et Thylacine ont représenté le monde tel qu’ils l’imaginaient en cette période de confinement. Elle a mis en scène ces deux mois de confinement.

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Le deuxième morceau de l’album qui a eu droit à son clip, c’est "Sheremetiev", qui s’inspire du chant Nine sili nebesniye du compositeur russe, Alexander Sheremetev. Dans ce clip, on assiste au "naufrage" d’un orchestre qui semble couler dans les eaux profondes. Partitions, instruments et musiciens semblent inexorablement attirés vers des profondeurs abyssales. Des images d’un esthétisme certain, qui font référence – et c’est Thylacine lui-même qui le confirme dans une interview donnée au Prescripteur Magazine – à l’orchestre du Titanic qui a continué de jouer sur le pont du paquebot alors que celui-ci était en train de couler.

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