Sur la tombe de Guillaume Lekeu

Sur la tombe de Guillaume Lekeu
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La disparition du grand compositeur belge Guillaume Lekeu représente une immense injustice. Compositeur belge de l’extrême fin du XIXe siècle, élève à Paris de César Frank et puis de Vincent d’Indy et protégé d’Eugène Ysaÿe qui lui commande sa sonate pour violon et puis son quatuor à clavier. L’injustice, c’est que le 21 janvier 1894, il s’éteint à seulement 24 ans, victime de la fièvre typhoïde, une maladie qu’il contracte vraisemblablement en mangeant un sorbet dans un restaurant bruxellois.

Ce 20 janvier 2020, nous célébrons les 150 ans de la naissance de Guillaume Lekeu. Camille De Rijck nous parle de ce compositeur.

Il semble que Lekeu ait été un compositeur atypique, qui emprunte tout de même la voie de César Frank au début, puis celle de Vincent d’Indy, ce qui n’a rien d’incongru, il est dans le sillage des grands maîtres français et il subit l’influence wagnérienne avec beaucoup de bonne volonté. Là où ça devient intéressant, c’est que l’on se retrouve devant une abondance d’œuvres inachevées, d’esquisses, de croquis, de simples germes comme si Lekeu lui-même avait eu du mal à dompter ces forces créatrices qu’on imagine galopant dans tous les sens dans les verts pâturages de son esprit adolescent. Ensuite, qui dit jeune dit fulgurant, on s’attendrait à de la sève chez Guillaume Lekeu, à de la sueur, à du sang, or ce petit bonhomme ne parvenait pas à écrire un mouvement rapide. Tout chez lui avait le moderato du chat qui, sortant de sa sieste allonge lentement les pattes en écartant prudemment les coussinets.

Alors c’est facile à dire a posteriori que cette solennité sépulcrale qu’on croirait hérité de Goya était le signe avant-coureur d’un destin disloqué, mais vraiment les premières mesures du quatuor inachevé semblent sonner le tocsin.

"Père, c’est toi ? J’ai été bien malade, c’était le typhus n’est-ce pas ? Ça va mieux maintenant, j’ai fait de si beaux rêves, j’ai trouvé la fin de la deuxième partie de mon quatuor et tous les thèmes du troisième mouvement, celui-ci sera bien plus que les deux autres, bien plus nourri. Nous irons à Bruxelles, j’aurai beaucoup d’élèves, je gagnerai largement ma vie. J’ai pensé à ma classe, je la rangerai par petites tables, une pour chaque jeune fille, ainsi elles seront plus attentives, ce sera très bien. Et puis, vous viendrez tous les deux avec moi, nous vivrons ensemble et nous serons très heureux."

Ce sont les derniers mots de Guillaume Lekeu à son père, quelques jours avant de mourir.

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