Selon un musicologue américain, Beethoven n’était pas totalement sourd à la fin de sa vie

Contrairement à la version officielle selon laquelle Beethoven a perdu complètement ses capacités auditives en 1818, Theodore Albrecht, grand spécialiste américain du compositeur, soutient qu’il a pu entendre encore de l’oreille gauche pratiquement jusqu’à la fin de sa vie en 1827. Cela signifie que le compositeur aurait été en mesure d’entendre sa 9e symphonie.

Alors que l’on fête cette année les 250 ans de la naissance de Ludwig Van Beethoven, le génial compositeur a bénéficié d’une couverture médiatique à la hauteur de son talent. Parmi les nombreux articles que Musiq3 lui a consacrés, l’un d’eux faisait état de la terrible surdité dont Beethoven a été victime dès 1798, à l’âge de 27 ans, et qu’il a longtemps eu de la peine à assumer. Face à cette difficulté, le compositeur a été contraint de s’adapter.

Mais alors que l’on considère habituellement et d’une manière assez unanime que le compositeur a perdu totalement ses capacités auditives en 1818, soit 9 ans avant sa mort, et qu’il a continué à composer sans pouvoir entendre ses dernières œuvres, un professeur américain est fermement convaincu que le compositeur aurait moins perdu l’audition que ce que l’on croit, d’après l’hebdomadaire anglais The Observer.

Les carnets de conversation de Beethoven

Theodore Albrecht enseigne la musicologie à l’université d’État de Kent, dans l’Ohio, dans le Midwest des États Unis. Éminent spécialiste de la vie de Beethoven, il est en train de se livrer minutieusement à l’étude, la traduction en anglais et l’édition des carnets de conversation de Beethoven, qu’il utilisait pour communiquer avec ses amis malgré sa surdité et dont de nombreux textes sont encore inconnus. On en conserve deux au musée "Beethoven-Haus" de Bonn, et pas moins de 137 à la bibliothèque d’État de Berlin. Ils couvrent la période allant de 1718 à 1727 et traitent d’un peu tous les sujets, de la musique à la littérature, en passant par la politique et le quotidien. Intitulés "Beethoven’s Conversations Book", la traduction de Albrecht sera publiée à terme en 12 volumes par la société britannique Boydell and Brewer. Les premiers sont déjà parus

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"Beethoven Conversation Books", vol. 1, par Theodore Albrecht. © Courtesy of Boydell and Brewer

En se basant sur l’étude de ces carnets, Albrecht affirmait en février avoir déjà trouvé 23 références directes prouvant que, malgré une forte détérioration de son audition, Beethoven aurait conservé, presque jusqu’à sa mort en 1827, une partie de celle de l’oreille gauche. Ainsi, en 1823, il écrit avoir donné ce conseil à un étranger également atteint de surdité qui l’a approché dans son café favori : "Les bains [et] l’air de la campagne pourraient améliorer bien des choses. N’utilisez pas d’appareils mécaniques (cornet acoustique, ndlr) trop tôt ; en m’abstenant de les utiliser, j’ai préservé mon oreille gauche d’une manière assez efficace." Et il ajoute : "Quand c’est possible, [converser par] l’écriture est mieux : l’audition sera épargnée".

"Diriger tout le concert vous fatiguerait trop l'audition"

Il aurait ainsi été en mesure d’entendre sa 9e symphonie lors de sa création, en mai 1824. Un musicien qui rend visite à Beethoven lui écrit d’ailleurs : "Vous pouvez déjà diriger l’ouverture entièrement seul… Diriger tout le concert vous fatiguerait trop l’audition ; par conséquent, je vous conseillerais de ne pas le faire." Cette précaution semble indiquer que Beethoven doit encore protéger ce qui lui reste d’audition. Selon Albrecht, le compositeur a encore été capable d’entendre pendant au moins les deux années qui ont suivi, quoique de manière de plus en plus défectueuse.

Tout en prévoyant de trouver d’autres références encore pour étayer sa thèse, Albrecht rappelle que ces preuves visant à prouver que Beethoven pouvait encore entendre n’enlèvent rien aux difficultés auxquelles il a dû faire face, ni à son mérite.

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