Quel taux de remplissage pour les maisons d'opéra belges?

Quel taux de remplissage pour les salles belges d'opéra ?
Quel taux de remplissage pour les salles belges d'opéra ? - © Pixabay

Le spectacle vivant a été frappé ces dernières années par une série de crises qui ont, a priori, affecté son modèle d’entreprise : celui qui consiste - très simplement - à convaincre les gens de sortir de chez eux, d’acheter une place de spectacle et de s’installer dans la salle.

Pour ne parler que de Bruxelles, si on associe les problèmes de mobilité, la faible performance des transports en commun après 22h, le sentiment rationnel ou irrationnel d’insécurité dans les gares et les stations, la crise qui étrangle le portefeuille des ménages à la phobie sociale qui a gagné une partie de la population suite aux attentats de Paris et de Bruxelles, le tableau pourrait être très sombre.

Ce n’est pourtant pas le cas. Quand on les interroge sur leurs performances, sur le célèbre "taux de remplissage", les opérateurs culturels se montrent plutôt satisfaits. Mais qu’il s’agisse là d’une constatation réelle basée sur une dynamique authentiquement positive ou alors d’une manipulation bénigne des statistiques pour rendre compte de chiffres satisfaisants aux CA et aux instances subsidiantes, il n’est pas toujours évident de savoir ce qui est vrai et ce qui relève du "positive thinking".

Une salle comble pour l'ORW mais à quel prix ?

J’ai posé la question du taux de remplissage à nos trois opéras nationaux. L’Opéra des Flandres n’a purement et simplement pas donné suite à ma question. L’Opéra Royal de Wallonie s’est montré claironnant, comme lors du dernier passage de son directeur général dans "Demandez le programme" où Stefano Mazzonis avait annoncé un taux de remplissage de quasiment 100% pour chacune des productions lyriques. "Depuis maintenant 4 saisons, tous les spectacles de l'ORW sont sold out. Qui plus est, 34 % de notre public est âgé de moins de 32 ans : c'est le résultat d'une politique favorable au public jeune mise en place depuis plusieurs années, et c'est l'une des plus grandes fiertés de notre Maison ! "

Ce que ne dit pas ce communiqué, c’est que l’ORW investit massivement et ouvertement dans des spectacles à faible risque. En misant principalement sur les grands tubes de l’opéra italien et français et sur quelques découvertes richement distribuées, l’ORW caresse ses abonnés dans le sens du poil. Mais contribue-t-il réellement à l’élargissement de son imaginaire ? C’est un autre débat que la nouvelle directrice musicale, Speranza Scappucci, a décidé de relancer en programmant pour les prochaines saisons quelques opéras allemands du vingtième siècle. L’ORW ne communique pas non plus son pourcentage d’invitations – journalistes, VIP, artistes, protocole – qui, a priori, devrait impacter son taux de remplissage. Pour le dire simplement : si 90% des places sont vendues, rien n’empêche d’inviter les 10% restants pour afficher un taux de remplissage de 100%. Petite coquetterie qui n’a évidemment rien de malhonnête.

Les grands opéras attirent, contrairement aux productions ambitieuses

À La Monnaie, le constat va dans le même sens, avec un peu plus de nuance et de transparence : taux de remplissage extrêmement satisfaisant pour les tubes du répertoire, notamment les machines de guerre mozartiennes, mais de plus grandes difficultés face aux productions ambitieuses. Vik Leyten, le directeur des publics de La Monnaie, confesse que chaque saison, un spectacle peine à faire salle comble. Ce fut le cas, par exemple, de Das Gehege & Il Prigioniero en 17-18 et De la maison des morts en 18-19. D’autres spectacles attendent la mise en branle du bouche-à-oreille pour cartonner, comme le Tsar Saltane l’année dernière, dont les premières représentations firent moins recette que les dernières, lesquelles affichèrent sold-out.

C’est aussi que ce dernier spectacle était extraordinaire, ce qui n’était pas forcément le cas De la Maison des morts un peu plus tôt, preuve que l’insatisfaction du public et des médias prescripteurs reste une (petite) épée de Damoclès pour les maisons d’opéra. La Monnaie conclut que d’année en année, son taux de remplissage moyen atteint environ 85%, auquel il faut ajouter 5% d’invitations.

Quid de Bozar et du Festival Musiq3?

Restent les salles dont la volumétrie est complexe. Comme le rappelle très justement Paul Dujardin, le CEO de Bozar : le taux de remplissage n’est pas un critère objectif dans l’immense salle Henri Le Bœuf qui compte plus de 2000 places. Surtout que les problèmes de ruinification du Conservatoire a longtemps privé Bozar de sa salle de musique de chambre. Si une quarantaine de concerts y étaient programmés jadis – après des travaux de sécurisation du site – Bozar réinvestit le conservatoire avec une vingtaine d’événements prévus l’an prochain. Bozar Music, de septembre à décembre 2019, aurait vendu environ 80.000 tickets.

Les chiffres les plus précis viennent du Festival Musiq3 Bruxelles où 70 spectacles ont été organisés en 2019. Sur une capacité de 16.384 places disponibles, 7.356 tickets ont été vendus et 3.194 invitations ont été distribuées aux nombreux artistes, bénévoles et membres de l’équipe qui gravitent non-stop autour de Flagey pendant le week-end. Cela ne comprend pas les abonnements et les Pass Studio 4 qui permettent aux spectateurs de suivre un concert sans acheter une place spéciale pour ledit concert. Un questionnaire distribué au public permet d’apprendre qu’outre les concerts du festival, les spectateurs assistent en moyenne à 7 autres concerts annuellement. De quoi venir rembourrer les statistiques des institutions précitées.

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