Quand la musique classique investit le langage courant : entre expressions et évolution sémantique

Il y a des expressions et des termes du langage courant, que nous utilisons fréquemment – pour ne pas dire quotidiennement – et qui sont issus du vocabulaire classique. Pensez à ces expressions que l’on utilise si souvent que nous nous rendons plus compte de leurs origines…

Se mettre au diapason, mettre un bémol, accorder ses violons, mais aussi des termes musicaux devenus des verbes, tout cet univers musical très imagé qui sont devenus, par association sémantique des mots communs. Nous vous proposons donc un petit tour d’horizon de quelques-unes de ces expressions musicales passées dans le langage courant :

Mettre un bémol

Dans le langage courant, on utilise cette expression pour atténuer un propos, de revoir ses attentes à la baisse. On retrouve en tout cas l’idée d’atténuation et de diminution d’intensité et ce n’est pas étonnant puisqu’en musique, un bémol est une altération placée en début de portée musicale et indique un abaissement d’un demi-ton de la hauteur naturelle des notes associées à cette portée. Le terme bémol vient du latin du XIe siècle : à cette époque, on désignait les notes par une lettre – c’est d’ailleurs encore le cas dans certains pays, comme les pays anglo-saxons. Le B correspond à la note "si" qui fut la première lettre à subir cette atténuation d’un demi-ton. On le désignait, en latin comme étant un "b mollis", les différentes évolutions du latin au français faisant le reste, on obtient le terme de "bémol".

Se mettre au diapason

Le diapason est un instrument qui, en mouvement, produit un son dont la hauteur est fixe. Cet instrument est utilisé par les musiciens pour s’accorder, le diapason donnant une note de référence, le "la", sur laquelle tous les membres d’un orchestre s’accordent. Donner le la, autre expression musicale souvent utilisé dans le langage courant pour dire, donner l’exemple. Ainsi, l’expression "se mettre au diapason" signifie, par extension, s’accorder avec quelqu’un, se ranger à l’avis de cette ou ces personnes(s).

Pour l’anecdote, la signification actuelle du terme diapason ne correspond pas à la signification qu’avait le terme grec "diapason" d’où il dérive. En effet, dans la théorie de l’ancienne musique grecque, diapason désignait l’intervalle d’octave.

Etre le ténor

Le terme ténor désigne, en musique, la tessiture d’une voix ou le registre d’un instrument, se situant entre l’alto et la basse. La voix de ténor est la voix la plus aiguë, après celle du contre-ténor. Au cours de l’histoire du chant lyrique, les ténors, qui étaient généralement chargés de chanter la mélodie principale, se sont vus confier des rôles de solistes de plus en plus importants. Ainsi, par analogie, on désigne une personne comme étant un "ténor" dans une discipline, pour parler d’une personne qui jouit d’une grande renommée, et qui, par son talent, son savoir-faire, occupe le devant de la scène dans son domaine ou sa spécialité. L’exemple le plus courant étant "le ténor du barreau".

Un point d’orgue

En musique, le point d’orgue est une notation sur une partition. Ce signe – un point surmonté d’un demi-cercle – placé au-dessus d’une note ou d’un silence a pour fonction d’allonger cette note ou ce silence, le choix étant laissé à l’appréciation du musicien. Cela peut également marquer un temps d’arrêt dans la partition.

Ainsi, techniquement, un point d’orgue, par analogie, devrait désigner un temps d’arrêt, et non, comme nous avons coutume de l’utiliser dans le langage courant, un moment intense, le paroxysme d’une succession d’événement. Comment expliquer ce glissement sémantique ?

Plusieurs sources pointent la tradition musicale italienne. En effet, en Italie, les points d’orgue étaient parfois appelés "cadenza", car ils étaient placés sur la première note d’une cadence finale. Ces cadences ont été alors vues, en Italie, comme des "moments cruels", puisqu’ils donnaient une certaine liberté au musicien de laisser libre cours à ses envies, de proposer des ajouts qui ne se trouvent pas dans la partition. Ainsi, cette cadence marquait le paroxysme de la partition, un moment remarquable, un sens qui se rapproche donc beaucoup plus du sens figuré que l’on donne aujourd’hui à cette expression "point d’orgue".

A vous maintenant de trouver d’autres expressions ou termes musicaux utilisés dans le langage courant… On vous en donne encore quelques-uns : accorder ses violons, des concerts de louanges, claironner, toucher la corde sensible… A vous de jouer.

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