Prix Caecilia 2019 : la violoniste Sylvia Huang est la Jeune musicienne de l'année

Sylvia Huang, lauréate du Concours Reine Elisabeth 2019
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Sylvia Huang, lauréate du Concours Reine Elisabeth 2019 - © Bruno Bonansea

Ce mardi 11 février, l’Union de la Presse Musicale Belge a dévoilé les lauréats du Prix Caecilia 2019.

Parmi les 10 disques récompensés, nous retrouvons l’album multi-récompensé de Jodie Devos, Offenbach Colorature, ainsi que l’album "Contemporary Clarinet Concertos" enregistré par Jean-Luc Votano, l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège, Christian Arming et le Quatuor Danel. Les Prix Caecilia ont également récompensé la violoniste belge Sylvia Huang, révélée lors du dernier Concours Reine Elisabeth.

Robert Schumann - Liederkreis, Kernerlieder
Matthias Goerne, Leif Ove Andsnes Harmonia Mundi

Les poèmes de Heinrich Heine ou Justinus Kerner sont d’une simplicité qui n’est qu’apparente. Mais les lieder de Schumann explorent en revanche sans faillir les profondeurs qui se cachent sous cette apparence aimable. Il faut de grands musiciens comme Matthias Goerne et Leif Ove Andsnes pour faire passer cette dualité à un niveau plus élevé encore. Pour ce faire, Goerne fait entendre ici une voix puissante ainsi qu’une intelligence subtile, alors qu’Andsnes a recours à tous les moyens dont dispose le pianiste moderne qui ne se contente pas d’aligner les notes mais de faire entendre des structures et des relations, de sorte que tout ceci débouche sur de vastes paysages.

Charles Gounod - Faust (1859)
Benjamin Bernheim, Véronique Gens, Andrew Foster-Williams, JeanSébastien Bou, Juliette Mars, Anas Séguin, Ingrid Perruche, Les Talents Lyriques, Flemish Radio Choir, Christophe Rousset.
Palazzetto Bru Zane

Il ne s’agit ici ni du premier, ni de l’unique, ni de l’authentique Faust de Gounod, mais bien d’un " autre " Faust, où les fouilles musicologiques de la Fondation Bru Zane se conjuguent au sens dramatique infaillible de Rousset. Avec ce double tour de force d’avoir rendu à l’œuvre sa grandeur archétypique en y insufflant la folie de la jeunesse, tout en chargeant Véronique Gens, bouleversante Marguerite, d’en être le centre de gravité. Distribution éclatante, chœur compris, orchestre vif et coloré, discours lumineux, tout y est.

Jacques Offenbach - Colorature
Jodie Devos, Münchner Rundfunkorchester, Laurent Campellone
Alpha

Puisque, chez Offenbach, même les chagrins d’amour portent encore en eux le souvenir du bonheur passé, Jodie Devos explore ici, avec le talent et la grâce qu’on lui connaît, tous les registres de l’allégresse : de l’émerveillement à l’extase, de la boutade à l’espièglerie, de la volupté à l’ivresse. Hésitant sans cesse entre roulades et facéties, le rossignol belge se joue avec aisance des embûches émaillant ces partitions redoutables. De branche en branche, il valse et virevolte, se frayant avec souplesse et agilité un chemin jusqu’aux cimes où la lumière enflamme son gosier.

Mieczyslaw Weinberg - Symphonies 2 & 21
Gidon Kremer, City of Birmingham Orchestra, Kremerata Baltica, Mirga Gražinytė-Tyla
Deutsche Grammophon

Pour le centenaire de Weinberg (1919-1996), on n’aurait pu concevoir de plus bel hommage que cet enregistrement de l’extraordinaire Symphonie N° 21 "Kaddish", ce douloureux hommage aux victimes du ghetto de Varsovie, où ses parents et sa sœur trouvèrent probablement la mort. Paradoxalement, c’est l’absence de tout auto-apitoiement qui frappe ici le plus de la part d’un compositeur redevable à Chostakovitch comme à Mahler. Moins spectaculaire, la Deuxième symphonie pour cordes laisse, après un début faussement serein et un mouvement lent terriblement poignant, une prenante impression de malaise. Interprétations idéales sous la baguette inspirée de Mirga Gražinytė-Tyla.

Pascal Dusapin - Penthesilea
Natascha Petrinsky, Marisol Montalvo, Georg Nigl, Werner Van Mechelen Orchestre Symphonique et Chœurs de la Monnaie, Franck Ollu.
Cypres

Au moment même de la création de Macbeth Underworld, la sortie de Penthesilea chez Cypres confirma la valeur d’un des plus grands compositeurs d’opéra d’aujourd’hui. Dans cet enregistrement, Dusapin allie comme jamais le pouvoir de l’orchestre – soutenu par une savante électroacoustique – et une vocalité où se mêlent organiquement envolées lyrique et âpre " chant parlé ". Tout s’entend du drame grâce à la seule musique, portée ici à l’incandescence par les chanteurs – dont deux duos ravageurs – et le chef.

Magnus Lindberg, Karl Amadeus Hartmann, Johan Farjot - Contemporary Clarinet Concertos
Christian Arming, Quatuor Danel, Arnaud Thorette, Antoine Pierlot, Orchestre Philharmonique Royal de Liège, Jean-Luc Votano
Fuga Libera

Le Concerto pour clarinette de Magnus Lindberg semble devenir "le Mozart" du XXIe siècle, c’est-à-dire le concerto-phare de son époque : virtuosité et musicalité, humour, élan dramatique, lyrisme. Cela doté de la maîtrise absolue de notre compatriote Jean-Luc Votano et l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège sous la direction de Christian Arming. En outre, une interprétation exemplaire du Kammerkonzert de Karl Amadeus Hartmann (avec les "Danel" en grande forme) et la création de " Fantasme " de Johan Farjot. Votano parvient toujours avec sa fraîcheur et son enthousiasme à nous passionner par son jeu pour son instrument.

Antonio Vivaldi - Vivaldi
Léa Desandre, Bruno Philippe, Peter Whelan, Jean Rondeau, Cecilia Bernardini, Louis Creac’h, Jérôme Van Waerbeke, Douglas Balliett Ensemble Jupiter, Thomas Dunford.
Alpha

Ils sont onze, comme une formidable équipe de foot, unis par une vision commune, et démontrant à tour de rôle leur double originalité de virtuose et d’artiste. Sous le nom mégalo de Jupiter, le luthiste Thomas Dunford a donc réuni ses meilleurs amis de l’Olympe (baroque) avec, en déesse souriante, la mezzo Lea Desandre, Junon à la ville. Et c’est un éblouissement, non seulement musical mais éthique, de suivre la dynamique de cet ensemble, ici dédié à des perles, parfois méconnues, de Vivaldi.

Dmitri Shostakovich - String Quartets 5 & 7, Piano Quintet
Artemis Quartet, Elisabeth Leonskaja
Erato

Ces deux quatuors de Chostakovitch trouvent dans le Quatuor Artemis (dont c’est ici le dernier enregistrement avec le violoncelliste Eckhart Runge, dernier membre de la formation d’origine) des interprètes capables de traduire la profondeur, le malaise, le côté parfois glaçant et crépusculaire du Cinquième, tout comme le côté mystérieux, la tendresse et la violence du bref Septième. Dans le Quintette pour piano, les Artemis, rejoints par Elisabeth Leonskaja, trouvent sans peine la profondeur qui se cache derrière le néo-classicisme faussement lisse et l’ironie de façade de l’œuvre.

Camille Saint-Saëns - Piano Concertos 3, 4 & 5
Alexandre Kantorow, Tapiola Sinfonietta, Jean-Jacques Kantorow
BIS

Vainqueur incontesté de la XVIe édition du Concours Tchaïkovski, Alexandre Kantorow magnifie ces concertos de Saint-Saëns en leur imprimant toute la fraîcheur, la dextérité et la fougue de ses 23 ans. Tantôt perlés, tantôt percutants, jamais pesants, son jeu et ses phrasés d’une rare élégance épousent avec le plus grand ravissement des tempi et une dynamique qui enflent et se rétractent avec grâce et délicatesse au gré des émotions. Le souci d’épater la galerie cède ici tout entier devant la volonté de servir humblement les intentions du compositeur et de traduire la poésie de ces pages, qui n’exhalent que trop rarement un parfum aussi enivrant. Sous la baguette attendrie de Kantorow père, l’orchestre de Tapiola enlace le soliste en veillant soigneusement à ne pas l’opprimer. Sublime !

Joseph Haydn - Piano Sonatas
Kristian Bezuidenhout
Harmonia Mundi

Ce qui paraît aller de soi chez Mozart – le drame, les grands sentiments, le panache – ne se retrouve que rarement dans les interprétations qu’on donne de Haydn. Ici règnent généralement l’élégance, le classicisme, la mesure. Mais ne succombez pas tout de suite à la riche palette sonore de Kristian Bezuidenhout et à ses éblouissantes ornementations : elles ne sont là que pour ouvrir votre cœur à la joie et à la tristesse qui se cachent dans les sonates et variations du compositeur. Nous disposons ici de la meilleure interprétation à ce jour de ces œuvres sur pianoforte, qui s’avère en outre supérieure à la plupart des gravures sur piano "moderne".

DVD
Erich Wolfgang Korngold - Das Wunder der Heliane

Sarah Jakubiak, Brian Jadge, Josef Wagner, Christof Loy, Orchestra and Chorus of the Deutsche Oper Berlin, Marc Albrecht.
Naxos

Das Wunder der Heliane est un grand hymne judicieux sur le pouvoir de l’amour. L’amour est le bonheur, la liberté et l’éternité. Christoph Loy nous présente une mise en scène exemplaire avec le juste équilibre entre jeu intime et grand tableau sur le plateau immense de la Deutsche Oper de Berlin. Marc Albrecht rend justice aux couleurs de la partition d’Erich Wolfgang Korngold. L’investissement des trois protagonistes est à couper le souffle. Ce DVD est une référence d’un opéra longtemps oublié.

PRIX SNEPVANGERS
Récompensant une production exceptionnelle de musique belge
A Tribute to Ysaÿe Queen Elisabeth Music Chapel – Fuga Libera

Fruit de la collaboration entre le label Outhere et la Chapelle, ce coffret de 5 cd propose une sélection imaginaire – mais argumentée – de ce qu’aurait été l’environnement musical électif du maître. Ses propres œuvres, majoritaires, se mêlent à la musique de ceux qu’il aimait, portées par des artistes magnifiques, une trentaine au total, dont deux orchestres symphoniques. Il se dégage au fil des plages une même ferveur et une même maîtrise. Et de ressentir combien le monde d’Eugène Ysaÿe est vaste et beau.

Prix du jeune musicien de l’année

Sylvia Huang

Née en 1994, Sylvia Huang commence le violon à l’âge de trois ans avec son père et devient plus tard élève à l’Académie des Arts de la Ville de Bruxelles. Après avoir été, en février 2004, lauréate du Concours national de musique "Prix Rotary Breughel", elle remporte en novembre de la même année, un 1er prix au 40e Concours national de musique "Belfius Classics". En avril 2008, elle remporte le 1er prix au Concours national "Lions Musical Competition".

De 2009 à 2010, elle est recrutée par l’Orchestre des Jeunes de l’Union Européenne avant de devenir en septembre 2012, violoniste au sein de l’Orchestre National de Belgique. Depuis août 2014, Sylvia est membre du Royal Concertgebouw Orchestra d’Amsterdam. Passionnée de musique de chambre, elle fonde en septembre 2014 avec trois de ses collègues le GoYa Quartet Amsterdam, avec lequel elle se produit régulièrement aux Pays-Bas ainsi qu’à l’étranger. Après avoir obtenu en 2015 le prestigieux "Prix de Salon" décerné par le business club de l’orchestre, le quatuor a pu réaliser un enregistrement live de deux concerts couvrant l’intégrale des quatuors de Brahms et de Schumann. Sylvia a également participé à divers festivals internationaux dont B-Classic Festival van Vlaanderen ou encore les Echappées Musicales du Médoc. Elle se perfectionne actuellement au Conservatorium van Amsterdam auprès de Liviu Prunaru. En 2019, elle arrive en finale du Concours Musical International Reine Elisabeth. Lauréate non-classée, elle remporte le prix Musiq3 du public.

 

Sylvia Huang en concert pendant le Festival Musiq3 2019

Laurent Graulus lui avait consacré une émission "Puisque vous avez du talent"

L'info culturelle revient sur les Prix Caecilia

Laurent Graulus en parle dans sa touche Jeune Talent

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