Polémique aux BBC Proms : l’hymne Rule Britannia sera interprété sans parole

La BBC a annoncé ce lundi que deux chants patriotiques accusés de racisme ne seraient interprétés qu’en version instrumentale lors de la dernière soirée des BBC Proms, le 12 septembre. Critiquée avec virulence à ce sujet, la cheffe finlandaise Dalia Stasevska, qui assume la direction de cette soirée, affirme n’être pour rien dans cette décision. La BBC persiste et signe.

Après les monuments historiques et les noms de rues, les vieilles traditions comme le Père Fouettard ou encore les chefs-d’œuvre de la littérature, comme "Les dix petits nègres" de Agatha Christie, rebaptisé tout récemment "Ils étaient dix", il apparaît que même les orchestres (et surtout leurs chefs) ne sont pas à l’abri des polémiques qui portent sur des contenus jugés racistes ou dénigrants. Ces débats s’inscrivent dans le prolongement du mouvement "Black Lives Matter", qui milite contre les inégalités entre noirs et blancs. Si la nécessité d’améliorer l’inclusion des différentes ethnies semble faire l’objet d’un relatif consensus, la manière d’y parvenir déchire la société entre les partisans d’un effacement pur et simple des reliquats du colonialisme et ceux qui craignent la perte des repères historiques que cet effacement (taxé de révisionnisme) pourrait entraîner. Ces derniers prônent plutôt une mise en contexte de ce patrimoine controversé afin de prendre de la distance.

Traditionnellement, lors de la dernière soirée des BBC Proms, les chants patriotiques "Rules Britannia" et "Land Of Hope And Glory", qui célèbrent l’identité britannique, sont interprétés et repris en chœur par les milliers de spectateurs qui investissent l’imposant Royal Albert Hall, en plein cœur de Londres. Mais en réponse à certains militants antiracistes qui considèrent ces textes comme politiquement incorrects, la BBC, qui avait promis "un événement inclusif et poignant" a un temps envisagé de supprimer purement et simplement ces chants, avant de se raviser, étant donné l’importance de la tradition, et d’annoncer, ce lundi 24 août, qu’ils seraient plutôt interprétés en version orchestrale, c’est-à-dire sans chant. Parmi les vers controversés de "Rules, Britannia", on retrouve notamment "Rule, Britannia ! rule the waves / Britons never will be slaves", "Règne, Bretagne, règne sur les vagues / Les Anglais ne seront jamais esclaves", que d’aucuns considèrent comme inappropriés.

La cheffe Dalia Stasevska, cible des critiques

À la suite de l’annonce de la BBC, de nombreuses critiques se sont élevées, ciblant notamment la cheffe finlandaise Dalia Stasevska, chargée de diriger l’orchestre au cours de cette dernière soirée des BBC Proms, qui aura lieu cette année le 12 septembre, sans public, à cause du coronavirus. Ces reproches, très violents, allant jusqu’aux menaces contre elle et sa famille, semblent être partis à la base d’un article du "Sunday Times" affirmant que la jeune cheffe d’orchestre était acquise à la cause et qu’elle y a vu l’opportunité d’apporter un changement d’autant plus bienvenu qu’elle est elle-même la première femme appelée à ce poste dans le cadre de "The last night of the Proms" (La dernière nuit des Proms).

Mais Dalia Stasevska décline officiellement toute responsabilité dans un communiqué de son manager : "Je n’ai joué aucun rôle dans le choix des éléments traditionnels du programme, dont je reconnais qu’ils constituent une part importante de l’événement. J’ai été dépeinte à tort comme une personne qui essaie d’influencer les débats politiques — ce n’est pas vrai." Elle déclare être "une musicienne professionnelle ayant une affection et un respect pour le Royaume-Uni".

La BBC, quant à elle, prend le parti de la jeune cheffe d’orchestre, regrettant ces "attaques personnelles contre des artistes". Elle assume être la seule décisionnaire en l’occurrence et réaffirme cette décision avec force. Elle enjoint le public à plutôt "se concentrer sur la musique, qui consiste à rassembler".

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