Pas de contamination après un concert expérimental à Barcelone : un espoir pour le secteur culturel

Selon les premiers résultats d’une expérience menée à Barcelone en décembre auprès de 463 participants à un concert et d’un groupe contrôle de 496 personnes, aucun des participants au concert n’a été diagnostiqué positif à la Covid-19. Il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions, mais cela suggère que les mesures adoptées (un test antigénique, des masques N95, ainsi qu'un contrôle de la qualité de l’air et des flux de personnes), pourraient rendre à nouveau possibles des événements culturels tout en garantissant la sécurité des spectateurs.

Se réunir par centaines pour un concert en live au cours duquel chacun est autorisé à chanter et danser sans respect de la distanciation sociale : voilà une activité qui semble aujourd’hui invraisemblable, après près d’un an de pandémie. Et pourtant, les résultats préliminaires d’une expérience menée le 12 décembre à Barcelone et dont le JT de la RTBF s’était fait l’écho suggèrent que cela pourrait redevenir possible en toute sécurité, moyennant une série de mesures assez contraignantes. L’étude est à prendre avec précaution, n’ayant pas encore fait l’objet d’une publication scientifique en bonne et due forme. Il est trop tôt pour en tirer des conclusions fiables et pour les traduire en lois. Néanmoins, elle ouvre déjà un horizon d’espoir pour le secteur musical dans son ensemble, et a fortiori pour celui de la musique classique qui ne nécessite pas une grande mobilité du public.

L’essai clinique PRIMA-CoV a été lancé par un organisateur de concert espagnol, Primavera Sound, et mis en œuvre par l’Hôpital universitaire Germans Trias i Pujol de Badalone et par la Fundación Lucha contra el Sida y las Enfermedades Infecciosas (Fondation de Lutte contre le Sida et les Maladies infectieuses). L’objectif étant d’identifier les conditions de sécurité requises pour organiser un concert en live sans augmenter les infections à la Covid-19, l’équipe a sélectionné quatre mesures assez strictes censées garantir la sécurité des spectateurs. La première de ces mesures est un test antigénique, c’est-à-dire un test rapide qui repose sur un prélèvement nasal via un écouvillon, mais avec l’avantage de ne pas nécessiter un laboratoire (contrairement au test nasal habituel par RT-PCR qui reste plus fiable). Outre cette contrainte, les autres conditions retenues pour l’expérience sont le port d’un masque N95 par les participants (équivalent américain du FFP2 européen), le contrôle de la température et de la qualité de l’air sur le lieu du concert et le contrôle des flux de circulation des personnes (auquel s’ajoutent des mesures pour éviter les files d’attente).

Aucune autre contrainte n’a été retenue, ce qui signifie que les participants à l’expérience n’étaient pas tenus de respecter une distanciation sociale : un élément particulièrement intéressant, puisque c’est précisément ce qui oblige les salles de concert à restreindre leur public, avec le manque à gagner que cela entraîne. Le chant et la danse étaient également autorisés, dans cette salle pouvant contenir jusqu’à 900 personnes.

Une force statistique

L’expérience repose sur la comparaison d’un groupe expérimental de 463 participants au concert et d’un groupe contrôle de 496 personnes, également soumises avant le concert à un test antigénique, mais qui sont ensuite simplement rentrées chez elles. Huit jours après l’événement, ces personnes ont été soumises à une nouvelle analyse, cette fois via un test RT-PCR. Les résultats sont désormais connus : aucun des 463 participants du groupe expérimental n’a été infecté par la Covid-19 (incidence 0 %, intervalle de crédibilité à 95 % : 0 % – 0,7 %), tandis que dans le groupe contrôle, 2 personnes ont été contrôlées positives (incidence 0,4 %, intervalle de crédibilité à 95 % : 0,1 % – 0,8 %). Dans le cadre de la conférence de presse communiquant ces résultats, Boris Revollo, qui a supervisé l’essai, a déclaré : "Ces données nous donnent la force statistique pour conclure qu’il n’y a plus de risque de contagion parmi les personnes qui ont participé à un événement massif si les mesures que nous mettons en œuvre sont suivies".

Il est à noter que les adolescents et les personnes âgées ont été exclus de cette étude : la participation était strictement limitée aux personnes dont l'âge était compris entre 18 et 59 ans, exemptes de toute maladie sous-jacente susceptible d’entraîner un risque accru en cas de contamination. Les participants ne vivent pas non plus avec des personnes âgées et n’avaient pas reçu de diagnostic de Covid-19 au cours des 14 derniers jours. Le docteur Josep Maria Llibre, coinvestigateur de l’étude clinique, estime que certaines des mesures mises en œuvres pourraient être économisées. Mais cela nécessiterait d’autres études pour le savoir.

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