"Partiellement nuageux" d'Antoine Choplin

Sophie Creuz nous présente un roman en forme de bulletin météo. "Partiellement nuageux" est le titre du dernier ouvrage d'Antoine Choplin, il paraît à La Fosse aux ours.  

L'histoire parait toute simple, pourtant, un homme rencontre une femme. Oui mais ... nous sommes au Chili et la rencontre a lieu au Musée de la Mémoire. Lui et elle ont connu la période de la dictature de Pinochet, ils étaient étudiants à l'époque. Ils vont se raconter leur histoire, mais pas tout de suite. Pour le moment, quelque chose, une fossette haut placée, chez elle, une sincérité désarçonnante chez lui, font que ces deux-là ont envie de se revoir.

Histoire d'amour ou pas?

On ne sait pas si c'est une histoire d'amour. Ils la vivront sans doute oui, mais une fois le livre refermé. Ce livre est plein de charme et de finesse au point qu'on se demande à quoi tient cette subtile alchimie. Peut-être à la présence de personnages qu'on jugerait avoir déjà rencontrés. Antoine Choplin possède assurément ce pouvoir de faire surgir en peu de mots, non pas un univers mais une présence. Ou alors peut-être au fait que dans cette centaine de pages, se glissent - sans y paraître - tout un pays, notre mémoire aussi pour le Chili, celui d'Allende mais aussi des Indiens Mapuche et de leur survie.

Qu'en reste-t-il? Un mémorial oui mais ... que reste t-il chez les hommes et les femmes qui ont vécu une dictature, un effacement de leur identité et qui continuent de circuler sur les lieux où les leurs ont disparu, les leurs dont on ne parle plus que dans des archives de musée?

Un roman sur l'après, sur la vie qui continue

Ernesto est astronome, il vit seul à 600 kms de Santiago, dans un vieil observatoire. Dans sa lunette, il contemple des astres qui ont disparu depuis des années. Pourtant, ils brillent toujours dans le ciel d'aujourd'hui. Il en va de même des êtres qu'on a aimés: leur sourire plane encore par-dessus les décombres du passé. Mais comment vivre sans les trahir et sans qu'ils ne vous empêchent de continuer?

Antoine Choplin a pour le dire, une plume d'une grande délicatesse. Les morts étaient vivants et c'est ce qu'il faut conserver d'eux, nous disent ces personnages, il faut conserver la part vivante en eux, leur jeunesse, leur appétit de vivre. Les personnages d'Antoine Choplin aiment la vie, le rire, la beauté de la nature, des oiseaux, de la mer, contempler des arbres sous un ciel partiellement nuageux donc. Une belle métaphore. Ils contemplent aussi l'île des Morts mais en leur adressant un signe depuis ce côté de la rive. 

Un auteur confirmé

Antoine Choplin écrit depuis longtemps, avec une discrétion qui sied bien à ses livres brefs, en demi-teintes d'une subtilité qui se dépose en nous. Le "Héron de Guernica" ou "Une Forêt d'arbres creux", deux de ses ouvrages, ont conquis des lecteurs, peut-être parce que l'art, le dessin, la poésie, la musique y font barrage à la violence, la dénoncent ou s'en protègent.

Il y a également une grande douceur dans "Partiellement nuageux", une fluidité, une solidarité naturelle entre les êtres, qui fait du bien. Et il y a cette connivence merveilleuse qui soude dans l'instant des êtres qui ne se connaissaient pas et qui se choisissent.

*** Partiellement nuageux d'Antoine Choplin parait à La Fosse aux Ours ***

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