Natasha Kanapé Fontaine, l’une des voix artistiques les plus fortes de la communauté innue

Natasha Kanapé Fontaine aura trente ans cette année et elle est déjà une des voix artistiques les plus fortes de la communauté innue.

La poétesse, écrivaine, traductrice et comédienne est née à Baie-Comeau – une ville plantée en face du fleuve St Laurent, à 300 kilomètres au nord de Québec – dans une famille autochtone. Elle parlait la langue de ses ancêtres dans son enfance, mais en arrivant à l’école, il a fallu l’abandonner pour le français. Et il semble que cet évènement traumatique soit le point de départ d’un questionnement fondamental sur son identité innue qui se reflète dans son œuvre poétique mais aussi dans ses combats citoyens.

Natasha Kanapé Fontaine est une militante active des droits des autochtones et environnementaux et sa poésie est portée, transportée par la puissance de son engagement.

Un cri s’élève en moi et me transfigure

Donner la parole à son peuple réduit au silence

Dans son 3e recueil "Bleuets et abricots" publié en 2016 aux Editions Mémoire d’encrier, elle nous fait entendre son cri, celui d’une femme debout, d’une femme puissante et féconde. Une poétesse qui, parce qu’elle manie la langue, en l’occurrence le français, a le pouvoir de nommer les choses, et donc de donner la parole à son peuple réduit au silence par la colonisation.

Je reviendrai nommer l’île
lui redonner son histoire
son nom ne sera plus inégal

Nous apprendrons le nom de la terre

Un appel à la mémoire

C’est aussi un appel à la mémoire qui est lancé, à se souvenir, à se réconcilier avec ce passé ancestral et brisé. Elle invite son peuple à se réapproprier la terre de ces ancêtres, sauvage, pleine de croyance, de mythe, de savoir guérisseur. Ce territoire désormais enfermé dans les frontières des réserves.

Au nord les étoiles courent
les aurores boréales veillent
redonnez-moi le nom de ces routes d’eau
asséchées par les barrages
Que je boive l’eau à nos montagnes
au baiser de sa bouche

Mais la parole n’est pas unilatérale heureusement, elle s’adresse à tous pour se faire l’écho d’une réalité. Et si l’on ressent si intensément à la lecture de ses vers l’urgence et la force de la parole c’est qu’elle porte en elle chaque mot couché sur le papier.

Le poème entre en moi comme un amant

C’est ce qu’elle écrit dans le prologue de son recueil et l’on comprend alors qu’être femme décuple son pouvoir, que son corps devient le réceptacle de l’acte poétique : "Je suis féconde. Le poème entre en moi comme un amant. L’univers entre en mon corps afin de continuer le mouvement du cycle vital".

En cela, sa poésie est vivante, elle participe à un mouvement vital : celui de (re) donner vie à un peuple, "j’écris pour dire oui". Et nous ne pouvons qu’être transportés à notre tour par la beauté de cet acte de résilience.

Adèle Molle nous propose cinq moments de poésie consacrés au recueil "Bleuets et abricots" de Natasha Kanapé Fontaine, Mémoire d’encrier, 2016.

"La cueillette"

La marche

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