Mendelssohn est sur le toit, un roman de Jiri Weil à découvrir

Dans son Moment musical, Camille nous parle d’un livre qui lui tient à cœur, car tout d’abord c’est un livre qu’il admire beaucoup mais aussi parce qu’il avait fait l’objet de sa première chronique, il y a quelques années. Et ce roman, Mendelssohn est sur le toit de Jiri Weil vient de reparaître aux Editions Le Nouvel Attila.

Jiri Weil est un écrivain tchécoslovaque d’origine juive, né en 1900 et décédé en 1959. S’il n’a jamais connu le succès sur la scène littéraire, c’est surtout pour des raisons politiques. Il a vécu les horreurs de la guerre, l’occupation allemande de ce qui était encore la Tchécoslovaquie. Et cette période sombre de l’Histoire a profondément marqué l’écriture de Weil. Dans son roman Mendelssohn sur le toit, qui est présenté sur la quatrième de couverture comme étant un "témoignage sur le ghetto de Prague, où le sarcasme côtoie la tragédie", "rédigé à la manière d’un collage où s’entremêlent plusieurs destins", Jiri Weil évoque un épisode de l’occupation de Prague par les Nazis, en 1942.

Le général Reinhard Heydrich, récemment promu gouverneur du protectorat de Bohême-Moravie, est en place à Prague, sous occupation nazie depuis 1939. L’une des premières actions des nazis, lorsqu’ils ont commencé à occuper Prague était d’investir l’Opéra de Prague, rebaptisé à l’époque Deustches Opernhaus. Sur le toit de cet opéra, se trouvait des statues de plusieurs compositeurs et parmi elles, celle de Mendelssohn. Heydrich aurait donné l’ordre de déboulonner la statue du compositeur allemand qui avait des origines juives. Les ouvriers montent alors sur le toit pour déboulonner la statue mais ne sachant pas laquelle représentait Mendelssohn, ils décident de déboulonner celle qui présente le plus long appendice nasal, selon le stéréotype répandu à l’époque que les juifs ont un long nez. Et partant de ce présupposé, ils ont déboulonné la statue de Richard Wagner…
Et pendant que les ouvriers étaient en train de déboulonner la statue de Mendelssohn, à l’opéra, on donnait une représentation de Don Giovanni de Mozart, où la statue du Commandeur vient se venger des outrages qu’elle a reçus et vient attirer Don Juan aux Enfers.

Jiri Weil va jouer avec cette malédiction de la statue de Don Juan qui va se reporter sur la statue de Mendelssohn qui se vengera d’Heydrich.

Comme l’explique Camille De Rijck, Mendelssohn est sur le toit est "un livre remarquable, qui fait vivre à la fois cette anecdote opératique et puis ces événements qui eux, sont loin d’être anecdotiques."

Jiri Weil a pensé ce livre dès la fin de la guerre, en 1946 et l’a retravaillé jusqu’en 1958. Mais il a été victime, comme beaucoup d’auteurs de l’est, de la censure, mis à l’index par les communistes pour des raisons idéologiques divergentes. Mendelssohn est sur le toit est dorénavant de nouveau disponible, aux éditions Le Nouvel Attila.

Et ce roman a inspiré un court-métrage de Jean-Jacques Prunès, réalisé en 2011 en coproduction avec Les Films de l’Arlequin / Eallin Motion Art (République tchèque). Découvrez-en un extrait ci-dessous.

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