"Ludwig van Beethoven", un feuilleton inédit autour du compositeur allemand

Universel, intemporel et central sont peut-être les 3 mots qui collent le mieux à Beethoven et sa musique. De la forme, du style, de la dynamique, des instruments en passant par la texture sonore, Beethoven a tout révolutionné, non pour le plaisir de tout changer mais bien pour que sa musique exprime parfaitement ce qu’il a à nous dire.

Haydn avait presque vu juste lorsqu’en 1792, il lui avait dit "Vous sacrifierez les règles à vos fantaisies". Si l’expression nécessite que la forme éclate, alors il en sera ainsi. Central, Beethoven l’est non seulement parce qu’il ouvre une voie royale à l’expression musicale et au romantisme mais il l’est aussi et surtout, car le sujet principal de sa musique ne sera plus Dieu ni les divinités comme c’était le cas jusqu’à présent. Avec Beethoven, le curseur se déplace. C’est l’homme qui sera le centre de sa musique, de son œuvre, l’homme avec ses passions, ses joies, ses bonheurs, ses peines, ses turpitudes, ses angoisses et ses souffrances.

Beethoven s’y connaît en douleur humaine, il a dû surmonter une épreuve de taille pour un musicien, celle de la surdité. Il avait confié à son frère qu’il avait songé au suicide et que s’il n’était pas passé à l’acte, c’est uniquement grâce à la musique. Ayant lu Schiller et fasciné par les grands hommes comme Bonaparte, Beethoven se dit que, lui aussi a un rôle à jouer et non des moindres. Il se sent investi d’une mission. Par sa musique, il va délivrer les hommes de leurs souffrances tout comme sa musique l’a aidé à surmonter le drame de sa surdité. "Quiconque pourra entendre ma musique, sera délivré" disait-il. Son message s’adresse donc à l’humanité entière et si ses contemporains ne le comprenaient pas toujours, Beethoven rétorquait qu’il écrivait pour les générations futures.

Dans ces 10 épisodes, nous vous proposons de suivre la vie du compositeur dans l’époque qui l’a vu s’épanouir avec en toile de fond, la politique, la Révolution française, la philosophie, l’hygiène et la médecine.

Un feuilleton écrit par Cécile Poss et réalisé par Marion Guillemette, dont le premier épisode est à découvrir dès ce samedi 25 janvier à 9h.

Les épisodes :

Episode 1 : Ainsi se passèrent les années 70, sans qu'on entende rien dire de particulier à son égard

La famille van Beethoven s’installe à Bonn en 1740, 30 ans avant la naissance du célèbre compositeur. Celui-ci, d’après le registre de baptême a vu le jour le 17 décembre 1770 mais il est probablement né la veille.

Il grandit dans une famille dont seuls 3 enfants survivront. Son père Johann, chanteur à la cour électorale a un penchant prononcé pour l’alcool, et dit-on, dans cet état, il réveillait son petit Ludwig en plein milieu de la nuit pour lui donner des leçons de piano. Beethoven apprend la musique, quitte l’école à l’âge de 10 ans et fréquente rapidement les milieux éclairés de Bonn.

C’est que la ville est ouverte aux arts grâce au prince électeur de Cologne, Maximilian Franz, dernier fils de l’impératrice Marie Thérèse et frère de Joseph II.

Episode 2 : "Recevez des mains de Haydn, l'esprit de Mozart"

En 1787, le prince Électeur permet à Beethoven d’entreprendre son premier voyage d’études. Le jeune compositeur se rend à Vienne et caresse l’espoir d’y rencontrer celui dont on lui parle depuis sa prime enfance, W.A. Mozart. Le voyage est bref car la mère de Ludwig est mourante. Johann van Beethoven presse donc son fils de regagner Bonn au plus vite. La tuberculose emporte Maria Magdalena Keferich le 17 juillet 1787. 

Quelques années plus tard, Beethoven reprend la route de Vienne. Haydn l’invite à travailler la composition avec lui. Beethoven ne sait pas que ce 2e voyage d’étude durera jusqu’à la fin de sa vie. La révolution française a gagné Bonn qui est dès lors sous sa domination. Voilà un jeune Beethoven de 22 ans, premier musicien libre et indépendant de l’histoire de la musique.

Episode 3 : "Voilà mes 25 ans, il faut que cette année révèle l'homme achevé"

En 1795, Ludwig van Beethoven a 25 ans. C’est le premier compositeur de l’histoire de la musique à se libérer du joug des cours et des instances religieuses.

Plusieurs nobles le subventionnent et Beethoven n’émet qu’une seule condition à ce mécénat : être totalement libre de toute contrainte. Il est à Vienne qui est très friande à cette époque de joutes musicales. Deux musiciens s’affrontent sur le terrain de l’improvisation et Beethoven qui excelle dans cet art, remporte chaque bataille pianistique.

Beethoven finit même par écrire en toutes notes dans ses œuvres des traits qui étaient originellement improvisés. Et quand il a trop travaillé, le compositeur avait pour habitude de se verser un seau d’eau sur la tête. Il retournait à sa table de travail, sans prendre le soin de se sécher. Sauf qu’à cette époque, l’eau courante n’était pas installée dans les logements.

En 1796, il entame une tournée et passe par Berlin. En rentrant, il contracte ce qu’on appelait à l’époque le typhus. D’après certains de ses contemporains, c’est à cause de ce "typhus" que Beethoven aurait commencé à perdre l’ouïe.

Episode 4 : "C'est l'art et lui seul qui m'a retenu"

"Quelques mois après le coup d’Etat de Bonaparte, Beethoven offre sa première symphonie au public viennois. Il a 30 ans et souffre depuis quelques années déjà de surdité. En espérant trouver un remède à ce mal, il se rend dans une ville d’eaux, Heiligenstadt. C’est là, en 1802, qu’il écrit une longue lettre à ses frères dans laquelle il confie vouloir mettre fin à ses jours. Il leur écrit aussi que c’est l’art et lui seul qui l’a retenu. Beethoven se sent désormais investi d’une mission. Sa souffrance ne sera pas veine. Grâce à la musique, il va aider les hommes à surmonter leurs douleurs, tout comme sa musique, l’a aidé, lui, à dépasser sa souffrance ".

Episode 5 : "En souvenir d'un grand homme"

1802 est une année charnière dans l’histoire.

Bonaparte devient Premier Consul à vie et signe le Concordat du Pape. Beethoven rédige le testament d’Heiligenstadt et refuse de mettre fin à ses jours. Il jette même sur le papiers les premières notes de sa troisième symphonie qu’il souhaite dédier à Bonaparte. Il caresse l’espoir de trouver un poste à Paris auprès du 1er Consul.

Cette même année 1802 est essentielle dans l’histoire de la médecine. Elle voit apparaître l’internat des hôpitaux qui permet l’émergence de l’anatomie-clinique ou anatomie pathologique. En ce début de XIXe siècle, ce sont les bases de notre médecine qui sont nées.

Episode 6 : "Il n'y a qu'un Beethoven"

L’unique opéra de Beethoven est créé en 1805 à Vienne. C’est un échec car les musiciens, aussi bien instrumentistes que chanteurs, considèrent que l’œuvre est trop compliquée.

Ce sera une critique récurrente qu’on adressera à Beethoven qui répliquera :

J’écris pour les générations futures et pas pour les imbéciles qui pianotent pour combler le vide de leur existence plus misérable qu’une dinde de basse-cour.

Beethoven n’a qu’une seule règle, être fidèle à son art et à ses convictions. Aussi lorsqu’il se rend chez son mécène le Prince Lichnowsky et que ce dernier lui demande de jouer devant les officiers français qui logent au château, Beethoven explose, quitte la demeure sur le champ et envoie un billet à son bienfaiteur : " Prince, ce que vous êtes, vous l’êtes par le hasard de la naissance. Ce que je suis, je le suis par moi. Des princes, il y en a et il y en aura encore des milliers. Il n’y a qu’un Beethoven"

Episode 7 : "Ne garde plus le secret de ta surdité"

En marge d’un de ses quatuors, Beethoven écrit : "De même que tu te jettes ici dans le tourbillon mondain, de même tu peux écrire des œuvres, en dépit de toutes les entraves qu’impose la société. Ne garde plus le secret de ta surdité, même dans ton art".

Et pour cause, le handicap du compositeur a permis de mettre en exergue trois périodes dans sa production, trois manières d’écrire qui sont façonnées par l’évolution de sa surdité. Haydn avait fait une critique à Beethoven, lui disant que sa musique comporterait toujours quelque chose de bizarre car il est lui-même bizarre et que la musique, c’est toujours l’homme.

Beethoven souffrait de raptus, il lui arrivait de s’énerver, parfois outre mesure sans pouvoir se contrôler. Sa nervosité retombait aussi vite qu’elle était apparue. C’est aussi un des éléments qu’on retrouve dans sa musique, qui comporte aussi des traits d’humour, à l’instar de son créateur.

Episode 8 : "Le Ciel sait ce qu'il adviendra désormais"

En 1809, les guerres reprennent, Vienne est bombardée et Napoléon s’installe dans le Palais de Schönbrunn. Les mécènes de Beethoven fuient la capitale de la musique et la monnaie est dévaluée.

Quelques années plus tard, sur les conseils de son médecin, Beethoven va faire une cure à Toeplitz, c’est là qu’il écrit la Lettre à l’Immortelle Bien aimée, c’est là aussi qu’il fait la rencontre de Goethe. Puis viennent les années 1812-1813. La situation politique se retourne. Napoléon perd ses guerres, Beethoven est sollicité pour composer des chants et de la musique patriotiques.

Son succès est important, il est considéré comme le plus grand compositeur vivant. C’est de cette période que date sa septième symphonie. Dorénavant, plus question pour lui de sacrifier à la facilité viennoise. Ce qui est difficile, dit-il, est beau, bon et grand.

Alors que Beethoven essaie de percer tous les secrets de l’écriture contrapuntique, les hommes d’Etats se réunissent lors du Congrès de Vienne qui jette les bases de l’Union européenne.

Episode 9 : "C'est le produit le plus réussi de mon esprit"

En 1815, Karl van Beethoven, le frère du compositeur, décède de la tuberculose. L’épidémie fait rage et suscite l’intérêt de différents médecins qui essaient de l’endiguer. Le médecin français Laennec s’y intéresse de près, trop près puisqu’il contractera la maladie et en mourra non sans avoir auparavant inventé l’instrument inséparable de tout docteur, le stéthoscope.

Beethoven devient le tuteur légal de son neveu, Karl. Le compositeur souhaite dit-il, ne pas en faire un homme ordinaire c’est pourquoi il astreint son neveu à une éducation extrêmement sévère. Quelques années plus tard, L’archiduc Rodolphe est nommé au siège épiscopal d’Olmutz et Beethoven veut faire pression sur lui pour obtenir un poste fixe. Il compose alors la messe solennelle pour la cérémonie d’intronisation. Pratiquement au même moment, le compositeur écrit une œuvre qui lui permet de répondre à son souhait le plus profond, celui de donner par sa musique de la Joie à l’humanité, celui de célébrer la joie, c’est sa 9e symphonie.

Episode 10 : "Comment pourrais-je vous remercier pour cet excellent champagne !"

Beethoven est entièrement sourd. Il a pris l’habitude de donner des carnets de conversation à ses interlocuteurs. Ses amis notent ce qu’ils veulent dire à Beethoven qui lui, répond de vive voix, fort, trop fort.

C’est que le climat qui règne un Vienne, sous Metternich, est un climat d’espionnage et de censure. La relation que Beethoven a établie avec son neveu Karl est extrêmement complexe et malheureuse, au point que son neveu tentera de se suicider en se tirant une balle dans la tête, à l’endroit précis où Beethoven aimait se promener. Le suicide étant alors considéré comme un crime, Beethoven se réfugie avec son neveu chez son autre frère, Johann.

Lorsque Beethoven regagne Vienne, il souffre d’une pneumonie. Les remèdes utilisés à l’époque sont le champagne et le vin. Or ceux-ci sont chargés en plomb. Le métal serait à l’origine de la surdité du compositeur mais ce n’est qu’une hypothèse parmi d’autres. Buvait-il beaucoup, souffrait-il aussi d’hémochromatose ? Le 26 mai 1827, Beethoven rend l’âme et en ce siècle où l’individu, où l’homme a pris une place centrale, Beethoven est enterré dans une tombe individuelle.

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