Louise Labé, poétesse féministe ou créature de papier ?

Plume féminine parmi les plus célèbres de la Renaissance, la poétesse Louise Labé, née à Lyon en 1525, était également surnommée la "Belle Cordière". Si elle est considérée comme une figure majeure de la poésie du XVIe siècle, son existence est aujourd’hui remise en cause par plusieurs chercheurs qui voient en elle un personnage de papier inventé par un groupe de poète. Personnage réel ou fictif, elle reste une figure incontournable de la poésie amoureuse, qu’Adèle avait choisi de nous faire entendre dans la matinale la semaine qui suivait le dimanche de la St Valentin.

Mais qui est Louise Labé ?

La vie de Louise Labé est entourée de mystère, tant et si bien qu’on prête à ce personnage, réel ou fictif, de nombreuses histoires. Était-elle cette belle jeune femme lettrée et cultivée, femme d’un riche cordelier, ou bien était-elle une courtisane de petite naissance, ou encore était-elle seulement un fantasme de poètes, un personnage de papier aux sonnets amoureux d’une sensualité brûlante ? Il est très difficile de faire la part de choses, et nombreux sont les chercheurs qui se contredisent.

L’histoire la plus connue attachée à Louise Labé en fait une jeune femme de lettres, à l’éducation parfaite, connaissant le grec, le latin, l’italien et l’espagnol, montant à cheval, maniant l’épée et jouant du luth.

Fille d’un cordier lyonnais, elle doit son surnom de la "Belle cordière" à son père mais également à son mari, Enemmont Perrin, qui était un riche cordelier mais aussi à son agréable physique. Grâce à la douce protection financière que lui offrait son mari, Louise Labé eut tout le loisir de s’adonner pleinement à sa passion pour la littérature et l’écriture.

Une écriture parvenue jusqu’à nous sous la forme d’un seul et unique ouvrage, les Œuvres de Louïze Labé Lionnoize, paru en 1555, avec le Privilège du Roi, chez le célèbre imprimeur lyonnais Jean de Tournes. Une écriture inspirée de la culture littéraire italienne qui connaissait un essor exceptionnel à cette époque de l’autre côté de la frontière, non loin de sa ville natale.

Cet unique ouvrage est composé d’un Débat de Folie et d’Amour, de trois élégies, et de 24 sonnets amoureux (23 en français et un en italien) à la sensualité brûlante, faisant de Louise Labé une icône du féminisme et de la liberté des passions féminines.

La dernière partie de cet ouvrage se compose de 24 pièces non signées, regroupées sous l’appellation d’Escriz de divers pöetes à la louenge de Louïze Labé Lionnoize, de poèmes qui, s’ils ne sont pas signés, sont imputés par différents critiques à différents grands poètes de l’époque, tels que Maurice Scève, Pontus de Tyard, Claude de Taillemont, Olivier de Magny ou encore Jean-Antoine de Baïf.

Une "créature de papier" ?

Ce manque d’informations sûres et vérifiées à propos de la poétesse Louise Labé a fait couler beaucoup d’encre et certains spécialistes de la littérature du XVIe siècle ont avancé l’hypothèse que Louise Labé n’aurait jamais réellement existé et qu’elle ne serait qu’un personnage de papier, inventée par un groupe de poètes.

C’est la théorie qu’avance Mireille Huchon, professeur à l’Université Paris-Sorbonne qui, dans son étude "Louise Labé. Une créature de papier", parue en 2006, tente de séparer la figure de la poétesse, imaginée et fantasmée, de la réelle Louise Labé, dont l’existence est avérée par de nombreux documents historiques. En analysant les écrits de la dernière partie de l’ouvrage de Louise Labé, Mireille Huchon tente de démontrer que la figure de Louise Labé est en réalité une créature de fiction imaginée par un groupe de poètes lyonnais, qui aimaient utiliser des identités factices et qui goûtaient à la supercherie littéraire. Et parmi ces poètes lyonnais, un nom revient très souvent dans l’étude de Mireille Huchon, celui de Maurice Scève, grande figure poétique lyonnaise du XVIe siècle.

Quoi qu’il en soit, que l’œuvre attribuée à Louise Labé ait été écrite de sa main ou de celles de poètes lyonnais avides de duperie littéraire, cette œuvre n’en est pas moins louée pour ses qualités poétiques et reste encore aujourd’hui une œuvre majeure de la poésie amoureuse de la Renaissance.

Découvrez les sonnets passionnés de Louise Labé dans le Moment poésie d'Adèle

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