Les musiciens britanniques dans la tourmente, privés de libre circulation dans l’Union européenne

La colère gronde auprès des artistes et musiciens britanniques. Alors que la crise sanitaire les prive déjà depuis le mois de mars 2020 de concerts, le Brexit vient porter un nouveau coup dur à leur situation déjà fragile : les artistes britanniques ne peuvent plus circuler librement entre Royaume Uni et l’Union européenne. Les négociations pour une possible exemption de visa pour les musiciens sont au point mord, chaque camp rejetant la responsabilité sur l’autre.

La fin de la libre circulation entre le Royaume Uni et l’Union européenne

Depuis le 1er janvier 2021, le Royaume Uni a coupé définitivement les derniers liens qui l’unissaient à l’Union européenne, mettant donc fin à la libre circulation entre le continent britannique et les 27 pays de l’Union européenne. Les conséquences, économiques mais aussi sociales, de ce Brexit sont multiples et certaines de ces conséquences ont été "sous-estimées et mal expliquées", comme l’explique Michel Barnier, négociateur européen sur le Brexit, dans un entretien donné au Journal L’écho ce jeudi 14 janvier.

Et parmi ces conséquences sous-estimées, une concerne les artistes britanniques, et notamment les musiciens, qui se déplacent fréquemment à travers l’Europe pour y donner des concerts et qui dépendaient grandement de la libre circulation entre les pays de l’Union européenne. Dans l’accord commercial conclu par le gouvernement britannique après le Brexit, certains professionnels devant voyager dans l’Union européenne pour leur travail ont été exemptés de demande de visa pour se rendre dans le ou les pays en question. Mais là où le bât blesse, c’est que les musiciens ne font pas partie de la liste de ces professionnels dispensés de visa.

Avec le Brexit, tout musicien qui voudrait se rendre dans l’un des 27 pays de l’Union européenne pour y donner un concert doit donc, depuis le mois de janvier, faire une demande de visa individuel, entraînant des coûts supplémentaires, liés notamment aux transports et cheminement d’instruments du Royaume Uni aux pays de l’Union européenne. Des négociations ont été entamées entre le gouvernement britannique de l’Union européenne mais celles-ci ont échoué et chaque camp rejette la responsabilité sur l’autre.

Chaque camp rejette la responsabilité sur l’autre

Le samedi 9 janvier dernier, le journal The Independent diffuse des allégations d’une source européenne anonyme déclarant que le gouvernement britannique aurait rejeté, lors des négociations sur le Brexit, une proposition qui aurait permis aux musiciens britanniques de voyager dans l’Union européenne sans visa ou permis supplémentaires. Des déclarations qui ont ravivé la colère des musiciens, déjà éprouvés par la crise sanitaire qui les prive de concerts depuis des mois et fortement remontés contre le gouvernement britannique.

Cette semaine, le porte-parole du Premier ministre Boris Johnson ainsi que le Secrétaire à la Culture Oliver Dowden, ont nié ces allégations, rejetant la responsabilité de l’échec des négociations sur l’Union européenne.

"Nous avons recherché un accord mutuellement avantageux qui aurait permis aux artistes de continuer à travailler et à se produire sur tout le continent sans avoir besoin de permis de travail", a déclaré Oliver Dowden. "Les musiciens, les artistes et le personnel de soutien auraient été inclus dans la liste des activités autorisées pour les voyageurs d’affaires à court terme. C’était une solution simple pour nos industries créatives qui aurait profité à toutes les parties. Mais l’Union européenne a refusé, à plusieurs reprises. Il n’a pas proposé et n’accepterait pas d’accord sur mesure pour les musiciens et les artistes. J’ai peur que ce soit l’UE qui a laissé tomber la musique des deux côtés de la Manche – pas nous."

Une déclaration qui contredit ce qu’affirme dans le journal L’écho Michel Barnier, négociateur européen sur le Brexit : "On avait fait des propositions : dans le premier projet de traité complet, que nous avons proposé dès le mois de mars dernier, on avait fait des propositions assez ambitieuses en matière de mobilité. Y compris pour les catégories spécifiques que sont les journalistes, les artistes, les musiciens et d’autres encore. Mais il faut être deux pour faire un accord." (Propos recueillis par Frédéric Rohart pour le journal L’écho du 14 janvier 2021).

Qui dit vrai ? Cela n’a pas d’importance en réalité. Ce qui importe, c’est que les deux parties puissent de nouveau se retrouver autour de la table et reprendre les négociations pour arriver à un accord qui permettraient aux artistes de circuler librement dans l’Union européenne sans devoir faire de demande de visa. C’est en tout cas le souhait – le cri désespéré – des musiciens britanniques.

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