Coronavirus : Les lieux culturels sont les lieux publics où le risque de contamination est le plus faible, selon une étude allemande

Dans une nouvelle étude -réalisée en février dernier -, l’Institut Hermann-Rietschel de Berlin s’est employé à quantifier et comparer les risques de contamination par aérosols (microgouttelettes en suspension dans l’air) dans les différents lieux publics. Ses conclusions sont édifiantes : les théâtres, salles de concert et musées respectant les consignes sanitaires habituelles apparaissent comme les lieux les plus sûrs de la liste. À titre de comparaison, même avec port du masque, le risque est double dans les supermarchés, triple dans les bureaux en openspace occupés à 20%, et multiplié par 6 dans les écoles secondaires à moitié remplies.

Alors que les salles de spectacle sont fermées au public depuis la fin du mois d’octobre en Belgique, les appels des artistes à permettre une reprise de leurs activités se font de plus en plus pressants. Parallèlement, la connaissance que nous avons des risques inhérents aux spectacles et concerts s’améliore de jour en jour, étayée par un grand nombre d’études scientifiques. Nous nous faisions ainsi l’écho, en janvier dernier, des résultats prometteurs d’un concert expérimental en Espagne et d’une publication allemande considérant que les salles de concert ne sont pas des lieux d’infection. D’autres études plus anciennes concernaient plus spécifiquement la limitation du nombre de places, la pratique du chant ou celle d’un instrument à vent. Toutes ont en commun de relativiser dans leurs conclusions le danger de contamination, pourvu que des mesures strictes soient respectées.

Cette liste continue à s’allonger : une nouvelle étude, qui entreprend d’évaluer et de comparer les risques de contamination dans une série de lieux publics intérieurs, devrait apporter des arguments supplémentaires au secteur culturel. Ses conclusions, publiées le 10 février dernier mais non encore validées par les pairs, sont sans équivoque : parmi tous les lieux testés (notamment les transports publics, les supermarchés, les restaurants, le boulot, les écoles ou encore les lieux sportifs), les théâtres, opéras et musées sont de loin les moins susceptibles d’entraîner une contamination par aérosols, tant qu’ils respectent les précautions habituelles que sont le port du masque, l’aération et la restriction des jauges.

Une personne contaminée dans chaque lieu

Intitulée Infection à la Covid-19 via des particules aérosols – Évaluation comparative des espaces intérieurs selon la situation, l’étude a été réalisée par l’Institut Hermann-Rietschel, qui dépend de l’Université technique de Berlin, et cosignée par deux personnalités éminentes : Martin Kriegel, le directeur de l’institut, médecin en immunobiologie, qui est également professeur à l’université privée de Yale à New Haven aux États-Unis, et Anne Hartmann, ingénieure et associée de recherche. Dans le cadre de leur recherche, ils sont partis de l’hypothèse qu’une personne infectée par la Covid-19 était présente dans chacun des lieux étudiés, au milieu d’autres personnes non infectées. Pour déterminer le risque qu’elle les contamine, les chercheurs ont élaboré un "modèle de risques d’infection", en collaboration avec le Centre Hospitalier Universitaire de la Charité de Berlin, en prenant en compte un certain nombre de paramètres techniques (débits volumiques d’air, flux de volume respiratoire, force de gonflement).

L’étude se concentre sur la transmission du virus par les aérosols, des petites particules liquides inférieures à un centième de millimètre, si petites qu’elles restent en suspension dans l’air. Les autres modes de transmission ne sont donc pas pris en compte dans cette étude, notamment les transmissions par contact ou par gouttelette de plus grande taille – entre 0,01 et 0,1 mm –, projetées à une distance de moins d’un mètre – quand on parle, par exemple – et contre lesquelles permettent de lutter les gestes barrières (désinfection, port d’un masque, distanciation physique).

Il est à noter que les masques FFP2 filtrent même les aérosols. Le professeur Martin Kriegel considère néanmoins qu’ils sont mal portés par la plupart des gens. "Dès que le masque est desserré, bien sûr, plus d’air s’écoule et plus de particules d’aérosol flottent", explique-t-il dans une interview accordée au Berliner Kurier. "L’effet protecteur prouvé de 95%, qui est toujours indiqué en ce qui concerne les masques FFP2, ne sera probablement jamais vraiment atteint dans la vie quotidienne, à mon avis. Ici, 70%, ce serait plus réaliste". Son étude prend donc en compte le port d’un simple masque chirurgical ou même d’un masque en tissu, couvrant la bouche et le nez, et porté par des non-professionnels de la santé. Cela contribue grosso modo à réduire le risque d’infection de moitié par rapport à une situation sans masque.

Les écoles, au sommet du classement

Le risque de contamination dépend de la dose d’aérosols potentiellement contaminés que l’on inhale. Quatre facteurs qui ont une forte influence sur ce taux sont pris en compte dans le calcul : le taux d’émission de la source, l’intensité de l’activité respiratoire (tant de la source que du receveur), la concentration d’aérosols dans la pièce et la durée d’exposition des personnes. Il s’agit donc de mesurer la durée qu’un groupe de personnes donné passe en moyenne dans chaque lieu fermé étudié, dans le respect des mesures sanitaires et des recommandations en matière de ventilation.

Les résultats sont quantifiés selon un indice de circulation du virus (R), dont la valeur de référence (fixée à 1) est conventionnellement l’exposition dans un supermarché avec masque. Cela permet de comparer les résultats à cette valeur de référence. On observe que les théâtres, opéras et musées (avec port du masque et jauge de public à 30%), obtiennent le meilleur score, 0,5, ce qui signifie que le risque de contamination via les aérosols y est deux fois moindre que dans un supermarché (1) et dans un restaurant à 25% d’occupation (1,1). Avec port du masque, le risque est de 1,5 dans les transports en commun de longue distance (50% d’occupation) et de 1,6 dans les bureaux (20% d’occupation), soit trois fois supérieur à celui des lieux culturels. Et ce sont les écoles qui arrivent au sommet du classement, avec 2,9 avec masque à 50% d’occupation (6 fois plus que les lieux culturels). À titre de comparaison, l’indice monte à 11,5 sans masque et en occupation complète. Précisons que ces résultats ne sont pas calculés à partir des variants du virus, dont la contagiosité est d’emblée plus forte, avec un indice de circulation (R) 30 à 50% supérieur à celui du Sars-CoV-2.

Pourquoi les lieux culturels obtiennent-ils de tels résultats ? Selon les responsables de l’étude, il s’agit des seuls endroits publics où les participants restent globalement silencieux (l'exercice du culte ne figure pas dans l'étude). Il est de plus assez simple d’y faire respecter une distanciation physique, surtout s’ils restent assis calmement pendant la durée du spectacle et limitent leur circulation au minimum. De plus, les artistes peuvent facilement se faire tester avant les prestations, ou même l’ensemble des participants via des tests rapides, ce qui permet de mieux en contrôler le risque. Dans une interview accordée au Spiegel, le professeur Martin Kriegel invite le monde politique à prendre en considération ces résultats : avec "des procédures d’hygiène bien pensées et cohérentes, certains lieux publics pourraient être rouverts. Et […] dans d’autres situations, il est nécessaire de réduire encore davantage les contacts."

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