Les instruments à vent n’entraîneraient pas de risque majeur de propagation du coronavirus

Selon une étude préliminaire publiée par l’Orchestre Symphonique de Bamberg, en Allemagne, les instruments à vent de l’orchestre symphonique contribueraient moins à la propagation dans l’air des aérosols porteurs du virus que ce à quoi l’on s’attendait. Une information cruciale pour pouvoir envisager la reprise des activités musicales.

On le sait, le Covid-19 voyage d’une personne à l’autre via les aérosols, des microgouttelettes qui sont émises dans l’air lorsqu’une personne tousse, parle ou respire. Le virus peut survivre jusqu’à 3 heures dans les aérosols et jusqu’à 72 heures sur les surfaces, de manière variable selon les matériaux. Il n’est donc pas étonnant que l’on ait suspecté les instruments à vent d’être un potentiel vecteur de propagation, dans la mesure où ils demandent de souffler de l’air avec une certaine pression.

Pour en avoir le cœur net, l’Orchestre Symphonique de Bamberg s’est livré à une étude visant à analyser dans quelle mesure les instruments à vent sont effectivement susceptibles d’expulser des microgouttelettes contaminées. L’expérience a été supervisée par deux scientifiques de l’Institut de Médecine de Fribourg. Pour ce faire, quelques musiciens de l’orchestre ont dû jouer de leur instrument dans leur salle de concert habituelle. Le flux d’air a été rendu visible grâce à des fumigènes, tandis que des experts d’une entreprise spécialisée dans la mécanique des fluides de Erlangen s’attachaient à mesurer les débits d’air qui s’échappent des instruments à l’aide de capteurs.

Pratiquement aucun flux d’air observable

Les premiers résultats ont été publiés ce 5 mai sur le site de la Radio Bavaroise (BR24). Ils sont très clairs : on ne peut pratiquement mesurer aucun mouvement d’air avec les trombones, trompettes, cors, bassons, clarinettes et hautbois. Aucun tourbillon n’apparaît dans la fumée artificielle autour du pavillon des trompettes ou des bassons, alors que de fortes turbulences sont visibles dans l’air lorsque l’on souffle ou tousse sans instrument. Les flûtes ne sont quant à elles pas mentionnées.

La vitesse de l’air émis par les musiciens a également été mesurée, grâce à des capteurs de vitesse omnidirectionnels : sur un total de 13 sujets de test, jamais la plage d’expansion de l’air n’a dépassé un rayon d’un mètre. Et la plupart du temps, on n’observe même pas de mouvement d’air autour de l’instrument.

"Nous pensons que jouer d’un instrument à vent ne libère pratiquement pas d’aérosols, car le son n’est généré que pour faire vibrer la colonne d’air de l’instrument. Le flux d’air dans l’instrument, qui est déjà faible de toute façon, est ensuite également ralenti, de sorte que très peu d’air doit être libéré de l’instrument dans l’environnement", a expliqué Marcus Rudolf Axt, directeur de l’Orchestre symphonique de Bamberg, au quotidien allemand Die Welt.

D’autres tests doivent encore être effectués en laboratoire pour compléter cette étude préliminaire. Pour l’instant, il est toujours recommandé aux instruments à vent de respecter une forte distanciation sociale (entre 3 et 12 mètres), ce qui n’est pas toujours réalisable. L’objectif est donc de pouvoir permettre le plus rapidement possible aux orchestres et aux chœurs de répéter et de se produire en concert. Au-delà, ces informations seront également précieuses pour tous les ensembles amateurs ainsi que pour les cours de musique donnés en académie.