Les arts, un métier sans avenir ? Polémique autour d’une campagne du gouvernement britannique

Alors que les artistes britanniques ne cessent de crier leur colère et leur inquiétude face à la situation précaire sur secteur culturel dans le pays, le gouvernement multiplie les erreurs de communication. Il a notamment dû supprimer une campagne de publicité qui insinuait que les danseurs de ballet devaient se recycler et se lancer plutôt dans la  cybersécurité.

Artistes, recyclez-vous et changez de métier

Depuis des semaines, les artistes britanniques font entendre leur colère face à l’inaction de leur gouvernement et face aux aides jugés insuffisantes pour sauver un secteur culturel à l’agonie, suite aux mesures prises depuis le mois de mars pour tenter d’endiguer la propagation de l’épidémie de coronavirus. Et la communication on ne peut plus maladroite du gouvernement britannique ne cesse de jeter de l’huile sur un feu déjà bien attisé.

Après les propos provocateurs du Chancelier de l’Echiquier, Rushi Sunak, qui conseillaient aux artistes de "se recycler et de trouver un autre métier, au lieu de se plaindre", c’est une campagne pour le programme gouvernemental Cyberfirst, qui promeut auprès des jeunes les formations en technologie et en cybersécurité, qui a ravivé la colère des artistes.

Cette campagne utilise une photographie d’une jeune danseuse classique laçant ses chaussons, accompagnée de cette phrase : "Le prochain métier de Fatima pourrait être dans la cybersécurité, (elle ne le sait juste pas encore)". Si elle n’utilise pas les mêmes mots que le Chancelier Sunak, cette campagne véhicule cette même idée que les artistes, en l’occurrence ici, une ballerine, ferait mieux d’abandonner ses rêves et de se lancer dans une carrière dans la cybersécurité.


À lire aussi : Plus d’un tiers des musiciens britanniques envisagent de quitter la profession, suite à la crise du coronavirus


Cette campagne, déclinée aussi avec une photo d’un barman, d’une vendeuse d’un magasin de vêtements ou encore d’un travailleur du bâtiment, a immédiatement suscité de vives réactions, qualifiant la campagne "d’écœurante", "de honteuse", "d’odieuse". Un véritable "bad buzz" qui a forcé le gouvernement à supprimer la campagne. Le secrétaire à la Culture, Oliver Dowden, a rapidement distancé son département de l’image de la campagne, via Twitter, la qualifiant de "grossière". Il en a profité pour rappeler sa ferme volonté de sauver les métiers de la culture, insistant sur le fond d’1,57 milliards de livres sterling débloqués par le gouvernement pour aider le secteur.

La photographe de la ballerine "dévastée" par l’utilisation de son cliché

Derrière cette photographie utilisée par le gouvernement britannique, se trouve la photographe américaine Krys Alex, qui condamne vivement l’utilisation faite de son cliché et se dit "dévastée".

Dans une vidéo, postée sur YouTube, et intitulée Qui est Fatima, Krys Alex raconte l’histoire de cette photographie : Fatima s’appelle en réalité Desire’e. Desire’e est une jeune danseuse classique d’Atlanta. Dans sa vidéo, la photographe explique à quel point est s’est sentie "dévastée" en découvrant l’utilisation de son cliché par le gouvernement britannique.

"J’ai immédiatement pensé à Desire’e et à la façon dont son visage était simplement plaqué sur les réseaux sociaux et sur Internet. Tout cela m’a vraiment fait mal. Certaines personnes se sont demandé si je savais et si j’approuvais l’utilisation de mon travail. Si j’avais su que cela allait être utilisé dans ce cadre-là, je ne l’aurai jamais accepté."

Mais comment le gouvernement britannique s’est-il procuré cette photographie. Dans sa vidéo, Krys Alex dévoile sa photographie dans son intégralité et on découvre que la photo, à l’origine, présentait Desire’e mais aussi sa professeure, Tasha Williams. Cette photo était disponible sur la plateforme Unsplash, une banque d’images libres de droits. Selon les termes de la licence d’Unsplash, n’importe qui est donc libre de télécharger, copier et modifier des photos à partir du site Web, y compris à des fins commerciales, "sans l’autorisation du photographe". Cependant, une mise en garde sur la page indique que la licence n’inclut pas le droit d’utiliser "les images des personnes si elles sont reconnaissables sur les photos", ajoutant que l’utilisateur peut, dans ce cas, avoir besoin de l’autorisation de l’auteur sur la façon dont il utilise la photo.

Interrogé à nouveau sur l’annonce par les députés mercredi, le secrétaire à la Culture a déclaré : "J’étais au Royal Ballet vendredi et c’était merveilleux de voir à nouveau des artistes se produire."

Comme un pied de nez au gouvernement de Boris Johnson, des internautes ont détourné la campagne Cyberfirst, en représentant le Premier ministre britannique en tutu rose, reprenant et adaptant le slogan de la campagne : "Comme prochain job, Boris pourrait travailler au ballet (il ne le sait juste pas encore)". Un détournement qui fait le régale des internautes.

Newsletter Musiq3

Restez informés chaque vendredi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK