Les animaux font leur carnaval dans la Chapelle Musicale Reine Elisabeth

Écrit au début de l’année 1886 pour un concert de Mardi gras, Le carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns est devenu un incontournable parmi les albums de musique classique destinés aux enfants. À l’occasion de son festival annuel, le MuCh Waterloo Festival, la Chapelle Musicale Reine Elisabeth et ses artistes en résidence vous proposent de redécouvrir cette œuvre à travers un concert "digital".

En cette année 2021, nous commémorons le centenaire de la disparition de Camille Saint-Saëns, décédé le 16 décembre 1921. Et à cette occasion, pour rendre hommage au compositeur français, la Chapelle Musicale Reine Elisabeth et quelques-uns de ses artistes en résidence vous font redécouvrir l’une des pièces les plus connues de Saint-Saëns, son célèbre Carnaval des animaux. C’est au sein même de la Chapelle, dans son parc, ses salles de concerts et ses coulisses, qu’a été filmée cette version déjantée : nous suivons la narratrice, la comédienne Florence Leeman, qui nous présente les différents animaux qui composent cette parade musicale.

À voir aussi : Pendant le premier confinement, Renaud Capuçon et ses amis jouent le "Carnaval des animaux" en hommage aux soignants du monde entier

La réalisation du concert se veut "immersive", vous suivez la narratrice à travers la Chapelle musicale et à certains tableaux, vous vous retrouvez dans la peau de l’animal présenté : par exemple les musiciens vous dresseront une haie d’honneur lorsque, fièrement, vous avancerez dans l’allée du parc de la Chapelle en roi des animaux, le majestueux lion ou alors vous gambaderez dans tous les sens, au ras du sol, aux pieds des violonistes pendant le tableau des poules.

Le texte original a été écrit par Sophie van der Stegen et la réalisation signée Benjamien Lycke. Parmi les musiciens, on retrouve les pianistes Lana Suran et Julie Delbart, les violonistes Luka Ispir et Alexandra Cooreman, l’altiste Elaine Ng, la violoncelliste Mariona Camats, le contrebassiste Adrien Tyberghein, la clarinettiste Géraldine Fastré, la flûtiste Marie Lagaditis et le percussionniste Valentin Jousserand au xylophone.

Une parade ouverte par le roi des animaux

Qui d’autre que le lion pour ouvrir cette parade ? Dans le premier mouvement, après une introduction censée laisser un peu de temps à tous les représentants du monde animal pour se préparer, vient le moment de la Marche royale du lion. Nous parlions de parodies, celle-ci évoque les "marches arabes", les "danses persanes" et l’orientalisme très en vogue au XIXe siècle.

Viennent ensuite les Poules et coqs… On y reconnaît le caquetage des poules, le chant du coq. Ils font place ensuite aux Hémiones, ces petits ânes sauvages qui vivent dans les régions désertiques de certains pays d’Asie. Pour eux, ce sera une cavalcade interprétée par deux pianos.

Avec les Tortues, Saint-Saëns commence à faire appel à notre culture musicale. Du reptile à carapace est évoquée la lenteur, le compositeur a repris ici le thème du Cancan d’Orphée aux Enfers, opéra-bouffe de Jacques Offenbach, mais sur un tempo particulièrement lent.

De pastiche, il sera encore question dans le mouvement suivant L’éléphant : vous y reconnaîtrez peut-être un thème extrait du Ballet des Sylphes dans La Damnation de Faust d’Hector Berlioz.

Mais si vous voulez jouer à reconnaître l’un ou l’autre morceau célèbre, rendez-vous directement auprès des Fossiles… Vous ne serez pas déçus. Vous y retrouverez pêle-mêle tout ce qui aux yeux de Saint-Saëns évoque la mort ou fait partie de l’histoire ancienne de la musique. Il y reprend le thème funèbre de sa Danse macabre mais aussi J’ai du bon tabac et une superposition d’Ah vous dirai-je maman et Au clair de la lune ainsi que l’Air de Rosine dans Le Barbier de Séville de Rossini.

Si elle a emprunté à d’autres, la partition a été, elle aussi, largement exploitée par la suite. On pense particulièrement à l’Aquarium, utilisé dans de nombreuses publicités, au cinéma, dans Harry Potter, Le Tout Nouveau Testament de Jaco van Dormael, L’étrange histoire de Benjamin Button ou encore, pour ne citer qu’un dernier exemple parmi tant d’autres, avant chaque projection de film dans la salle du Palais des Festivals à Cannes.

À découvrir aussi : Camille Saint-Saëns, Compositeur globe-trotter

Une œuvre interdite par le compositeur

Le Carnaval des animaux ne sera joué que deux fois du vivant du compositeur. L’œuvre est créée le 9 mars 1886, pour le concert de Mardi gras auquel il était destiné et qui était organisé chez le violoncelliste Charles Joseph Lebouc. Elle sera rejouée quelques semaines plus tard chez la cantatrice Pauline Viardot – dont nous célébrerons dans un peu moins d’un mois les 200 ans -, en présence de Franz Liszt qui en admira l’orchestration. Ensuite, Saint-Saëns en interdit toute représentation publique de son vivant. Pensait-il que la pièce nuisait à sa réputation ? Nul ne le sait précisément. Pourtant, il s’agit aujourd’hui d’une de ses œuvres les plus connues et les plus appréciées.

Un seul mouvement a échappé à la censure : Le Cygne, pièce sublime qui est devenue une référence pour des générations de violoncellistes.

Newsletter Musiq3

Restez informés chaque vendredi des évènements, concours et CD de la semaine.

OK