Le Moment Musical | Bartoli, 30 ans de carrière

Le Moment Musical | Bartoli, 30 ans de carrière
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À Zürich, Cecilia Bartoli fête ses trente ans de carrière sur scène, dans Semele de Händel, avec beaucoup d’amis et une importante dose d’humour.
 

Les chanteurs d’opéra sont nombreux à aimer Zürich, il y règne un climat fiscal plutôt clément, mais surtout, l’air pur, fait des miracles sur leurs bronches délicates.

Zurich, c’est donc la maison d’opéra de Cecilia Bartoli : elle ne vit pas loin, elle y a fondé l’un de ses orchestres et elle y chante régulièrement depuis de nombreuses années.

Pour fêter ses trente ans de scène, Bartoli a choisi Semele de Händel. Händel, c’est logique, vu qu’elle le fréquente et l’enregistre assidûment depuis de nombreuses années ; Semele ça l’est moins. Car si elle connaît bien le rôle ; c’est l’un des seuls de son répertoire – le seul, je pense – qui n’est pas en italien, mais en anglais.

L’histoire est délicieuse : c’est une jeune gourdiflotte, obsédée d’immortalités et de possessions terrestres, qui se laisse séduire par Jupiter, repousse ses offrandes matérielles et exige de lui, l’immortalité. Tout cela finira mal pour elle, car – comme Icare – à vouloir tutoyer le soleil, elle se consumera en un nuage incandescent.

Après 30 ans de scène, on s’étonne que la voix de Bartoli soit à ce point préservée.

 

Musicalement, pour Bartoli, le rôle ne représente aucune difficulté réelle. Il est plutôt central et permet à la chanteuse des extrapolations dans le suraigu et surtout dans l’extrême grave qui tonitrue dans le théâtre. Après 30 ans de scène, on s’étonne que la voix de Bartoli soit à ce point préservée. Dans son marbre, d’abord, qui ne connaît aucune fissure et dans les envolées lyriques qui n’ont rien perdu de leur extatisme.

Pour l’occasion, on a ressorti la formidable mise-en-scène de Robert Carsen, presque aussi âgée que la carrière de Bartoli, qui situe l’action dans les pompes de la cour du Royaume-Uni, avec une Junon qui porte les bottes de caoutchouc et le foulard d’Elisabeth II.

Fêter ses 30 ans de carrière avec Semele – enfin et surtout – c’est super cool.

C’est super cool parce que le rôle est celui d’une coquette arrogante, qui passe deux heures à se rouler dans des draps de satin et à agiter sous son nez le miroir qui lui rappelle sa beauté. A cinquante ans passés, Bartoli se livre surtout à un spectaculaire numéro d’autodérision. Agitant ses gambettes, examinant son derrière avec une apparente contrariété, se prélassant de plus belle, faisant une seule bouchée du petit Jupiter, le tout en tirant du public des rires complices, sans jamais qu’on ait envie de rire d’elle, mais plutôt avec elle.

 

Au milieu de son grand air de vanité – Myself I shall adore - un grand sourire aux lèvres, je me suis surpris à sentir contre mes joues couleur deux longues larmes. On dit ici que c’est le premier symptôme de la Bartolite fulminante, une maladie extrêmement répandue, qui ne vous fait aucun mal, mais ne vous quitte jamais.

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