Le génie pianistique de Glenn Gould ressuscité à travers un piano connecté à une intelligence artificielle

Imaginez-vous une soirée de concert, la salle de concert se remplit, les lumières enfin s’éteignent et sur la scène, un piano seul, sans musicien, commence à jouer les premières notes des Variations Goldberg de Bach à la façon de Glenn Gould…

Une scène surréaliste venue d’un futur lointain ? N’en soyez pas si sûrs, car c’est bien ce qu’a proposé la Yamaha Music Fondation en présentant au Ars Electronica Festival son nouveau prototype de piano connecté à une intelligence artificielle qui a appris à jouer des partitions dans le style du célèbre pianiste canadien Glenn Gould. Lors de cette représentation sans musicien, les spectateurs ont assisté aux Variations Goldberg de Bach dans une version aussi proche que possible des représentations que Gould a pu donner au cours de sa carrière. Une prouesse technique qui conclut plusieurs années de recherches.

Une expérience à découvrir en images ci-dessous

Dear Glenn, un cri d’amour pour Glenn Gould

Cette expérience qui a eu lieu le 7 septembre 2019 au Ars Electronica Festival est le résultat du vaste projet lancé par Yamaha en collaboration avec la Glenn Gould Foundation : reproduire sur un piano connecté le style et le jeu incomparable de Glenn Gould, grâce à l’intelligence artificielle. Plusieurs années de recherches ont amené à la conception d’un tout nouveau prototype de piano, baptisé "Glenn Gould as AI".

Au-delà d’une prouesse technique et technologique, le projet Dear Glenn est avant tout pour ces concepteurs une volonté de saluer le génie incontestable de Gould, une façon pour eux d’exprimer leur amour pour ce pianiste et de permettre aux prochaines générations de vivre "en live" ces sublimes interprétations de Bach.

Comment apprendre à une intelligence artificielle à jouer "à la manière de" ?

Pour arriver à "entraîner" l’intelligence artificielle, les ingénieurs de Yamaha ont procédé en trois étapes :

Première étape : l’analyse

Cette première étape consiste à extraire des données des performances musicales de Glenn Gould à partir d’enregistrements audio. Parmi ces données récoltées, on retrouve la vitesse et les fluctuations temporelles de la pression exercée sur les touches du clavier.

Deuxième étape : l’entraînement

Ensuite, il s’agit d’entraîner l’intelligence artificielle à s’orienter à la fois sur la partition musicale et sur ces enregistrements et ces données extraites, tout en générant des données sur les différences subtiles – ressemblant davantage à des comparaisons peut-être – entre les deux, et reliant ces points pour former un live.

Troisième étape : l’exécution

Une fois cet "entraînement" très technique réalisé, l’intelligence artificielle est alors capable, pour n’importe quelle partition donnée, de reproduire la musique dans le style de Glenn Gould.

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Yamaha Foundation

Musique et intelligence artificielle, une question qui fait débat

Si l’objectif premier de ce projet était de rendre vie aux interprétations et au style pianistique de Glenn Gould, il y a bien entendu derrière cette démonstration une volonté de Yamaha de se positionner dans la "course" au développement technologique en matière d’intelligence artificielle mise au service de l’art.

La firme japonaise affirme ainsi vouloir explorer l’avenir de la musique grâce à l’utilisation de l’intelligence artificielle dans l’interprétation musicale. Elle n’est d’ailleurs pas à son coup d’essai puisqu’en 2017, elle présentait un système qui permettait de traduire les mouvements d’un danseur en musique, grâce à l’IA et à des capteurs sensoriels posés sur le corps du danseur.

L’avenir de la musique – qu’elle soit classique ou non – se trouve-t-elle dans les nouvelles technologies ? Voilà un débat qui a fait déjà couler de l’encre et qui ne cesse de se réactualiser.

Pour en savoir plus : La symphonie inachevée de Schubert complétée par une intelligence artificielle

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