Le 22e opéra de Verdi: un destin de mort inéluctable, à l'opéra et au cinéma...

Deux histoires, mais une seule musique... Entre ces deux histoires, il y a un siècle. L'une est née à l'opéra, l'autre est née à travers un roman, puis au cinéma. Et c'est au cinéma qu'une musique les a rassemblées.

En 1867, Giuseppe Verdi crée à Saint-Petersbourg son 22e opéra. Et comme chaque fois, l'opéra commence par l'Ouverture. Mais ce n'est pas rien. L'Ouverture d'un opéra, c'est le tout début. C'est un moment uniquement instrumental. Pas de voix.

L'ouverture d'un opéra : mise en bouche ou résumé ?

Selon les compositeurs, l'Ouverture d'un opéra peut être sans lien thématique avec l'opéra, juste une mise en bouche, une mise en condition, une idée de l'atmosphère qui va imbiber les heures de musique qui suivront.

Dans d'autres cas, l'Ouverture est un véritable résumé. Comme chez Wagner par exemple. On vous dit tout avant même d'avoir commencé. Mais on vous le dit en musique. 

Alors vous n'y croyez pas, vous n'êtes pas sûr. Vous avez besoin que l'on pose des mots sur le drame, que l'on pose du chant sur les mots,  que l'on pose des armes sur le chant. Et pourtant, tout est là, dès les premières minutes...

Et chez Wagner, ça peut être une bonne affaire: quelques minutes d'Ouverture pour résumer 3, 4, 5 heures d'opéra... Quand on a mal dormi la veille, c'est une vraie solution!

Chez Verdi, un pot-pourri!

Dans le 22ème opéra de Giuseppe Verdi, l'Ouverture est un pot-pourri. Une succession de thèmes qui trouvent bientôt une place définitive et vocale au cours de l'opéra. L'Ouverture est un avant-goût. Mais un avant-goût précis. Les cartes musicales sont entre vos mains. Et elles sont redistribuées dans les heures qui suivent.

L'Ouverture d'un opéra est un moment crucial. N'arrivez jamais en retard à l'opéra ! Jamais!

Le destin dès les premières notes

Le 22ème opéra de Giuseppe Verdi, c'est la Forza del destino. La force du destin. Et le destin s'entend dès les premières notes. Elles sont toutes les mêmes: 6 notes, 6 fois la note "Mi" comme l'affirmation du destin. Inexorable.

On l'entend le destin dans cette ouverture! Il frappe six fois. Vient ensuite un Allegro Agitato... Oui, agité. Angoissé même. Parce que c'est un drame intolérable qui se joue, poussé implacablement par le destin. Une femme, Leonora, et un homme, Alvaro, s'aiment. Un malheur survient et la vengeance est inévitable. La vengeance de Carlo, le frère de Leonora. 

La violence pourrait se dissoudre au contact du temps qui passe. Mais c'est sans compter avec le destin qui va les rassembler pour en finir.

Et vous l'avez entendu, dans ce début d'ouverture, après l'angoisse vient ce thème presque naïf, impudent très légèrement, mais sublime avec ces cordes en pizzicato, et ces violons qui grondent par dessous. Flûte, hautbois, clarinette qui chantent en balançant un thème presque désinvolte.

Et pourtant, à l'opéra, il revient ce chant. Au dernier acte, au bord du duel entre Carlo et Alvaro. Le baryton, le ténor au bord de l'affrontement...

Ah qu'il est difficile de les arrêter ces deux-là. Car oui, ils ne se disent pas que des mots doux. Le destin fera le reste. Dans la douleur.

En 1986, Claude Berri adapte au cinéma Jean de Florette et Manon des Sources, d'après les romans de Marcel Pagnol. Yves Montand, Daniel Auteuil, Gérard Depardieu... Le film est un succès, à juste titre. Il raconte le drame implacable de ces hommes qui pensent la terre et l'héritage par-delà la fraternité, le drame de ces hommes qui laissent les douleurs du passé les transformer en bêtes impitoyables. Jusqu'à ce que le destin les surprenne, au bout du compte, pour les briser, eux aussi. Une force supérieure, insondable, diabolique. La force du destin, là encore...

Et au milieu de toutes les nominations et récompenses qui accompagnent ce film, une nomination au César de la meilleure musique pour Jean-Claude Petit, qui a eu l'intuition de retrouver Giuseppe Verdi et cette mélodie nonchalante.  Celle qui donnait un simple frisson à l'Ouverture de l'opéra, celle qui précédait le duel final au dernier acte du drame.

L'Harmonica de Toots

Mais ce n'est plus la flûte, le hautbois, la clarinette. Certes, il est encore question de souffle, parce que le souffle, c'est presque le chant. C'est encore si proche du corps et du cœur. Mais c'est un harmonica. L'harmonica de Toots Thielemans...  Eh oui, il est partout Toots, tranquillement à proposer des merveilles avec nonchalance, lui aussi.

Déclarant à la RTBF en 2008, à propos de sa participation au film, qu'il y a "juste fait un petit pipi " "c'est un air de Verdi", disait-il...  Joe Green en anglais "Joe Green... Giuseppe Verdi...". "Je peux te le jouer" disait-il au journaliste, "mais tu dois pas mourir à la fin, hein ..."

Car c'est vrai, au bout de cette musique, à l'opéra, au cinéma, à la flûte, à l'harmonica, c'est toujours au même sort que l'histoire s'est donnée: un destin de mort... inéluctable.

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