La pianiste Annabel Bennet affirme avoir dû prendre un pseudonyme masculin pour être diffusée en radio

La pianiste et compositrice anglaise Annabel Bennett affirme avoir dû prendre un pseudonyme masculin pour que ses œuvres, refusées jusqu’alors, soient acceptées et diffusées par les radios anglaises. Pendant deux ans, elle a connu le succès sous le nom d’Arthur Parker.

C’est une histoire qui, à l’heure actuelle, prête à sourire, un rire jaune, dérangeant, tout aussi dérangeant que cette histoire relatée par la pianiste et compositrice de 50 ans, Annabel Bennett, qui a récemment révélé au quotidien britannique The Times avoir pris un pseudonyme masculin pour que ses œuvres soient reconnues dans le milieu de la musique classique.

Ce n’est pas une nouveauté, le monde de la musique classique est un univers très genré et majoritairement masculin, les femmes musiciennes, compositrices, cheffe d’orchestre n’étant pas assez représentées et mise en avant. Si la tendance est à l’amélioration, comme le montraient les statistiques de l’année 2019 dans le monde de la musique classique publiées par le site Bachtrack il y a un an, s’il existe de plus en plus de plateformes comme Demandez à Clara ou encore Donne, Women in music qui œuvrent à une meilleure mise en lumière du travail des compositrices d’hier et d’aujourd’hui, l’expérience vécue par Annabel Bennett démontre une nouvelle fois qu’il reste encore beaucoup d’efforts à faire pour que les femmes puissent être reconnues et jugée pour leur talent, et uniquement leur talent sans aucune considération pour leur sexe.

Annabel Bennett écrit de la musique depuis qu’elle est toute petite et en 2012, elle compose ses premières partitions, composant au fil des années quelque 350 œuvres. Après avoir reçu plusieurs refus de la part de radios, la compositrice décide en 2018 de présenter ses œuvres sous le couvert d’un pseudonyme masculin. Elle se fera désormais appeler Arthur Parker, en hommage à son père, instrumentiste et producteur, Tom Arthur Parker. Et le résultat est sans appel : Annabel Bennett affirme que c’est grâce à ce patronyme masculin que ses œuvres se sont vues ouvrir les portes des ondes britanniques.

"J’ai passé plusieurs mois à soumettre mon travail à la BBC sous mon propre nom sans succès", explique-t-elle au Times. "Mais dès que je l’ai envoyé en tant qu’homme, je me suis fait remarquer."

Des déclarations que dément la chaîne de radio de la BBC, se défendant de toute discrimination en affirmant au Daily Mail : "C’est totalement faux. Nous avons joué un certain nombre de ses morceaux sur nos stations locales pendant que l’artiste utilisait son nom d’origine et rejetons toute suggestion de sélection de musique pour une raison autre que le mérite."

Cette "supercherie" durera deux ans, durant lesquelles Arthur Parker, auréolé de succès, voit les demandes d’interviews se multiplier. Afin de ne pas révéler sa "véritable identité", Annabel Bennett refuse toute interview téléphonique et ne communique que par mail. Aujourd’hui, Annabel Bennett sort de l’ombre de son patronyme masculin, à l’occasion de la sortie de son album.

"Nous devons être jugées sur notre musique, pas sur notre genre, déclare-t-elle. J’espère que les compositrices commenceront à être prises plus au sérieux. Cela s’améliore dans de nombreux domaines, mais avec cela, c’est définitivement un monde d’hommes."

C’est une histoire qui fait écho à tellement d’autres artistes, romancières, musiciennes du XIXe et XXe siècle qui ont dû cacher leur genre pour être reconnue pour leur talent, pensons à Amantine Aurore Dupin qui a publié une grande partie de son œuvre sous le nom de George Sand ou encore les sœurs Brontë qui ont publié leur premier ouvrage sous les pseudonymes masculins de Currer, Ellis et Acton Bell

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