La liturgie mozarabe, histoire du culte et de sa petite musique

Braule de Saragosse et Isidore de Seville - Meister des Codex 167
Braule de Saragosse et Isidore de Seville - Meister des Codex 167 - © Tous droits réservés

Quoi qu’en diront les tenants de la pureté de race et de l’isolationnisme culturel, les plus grands moments de l’histoire de l’art résultent souvent de l’enchevêtrement le plus invraisemblable de mouvances humanistes et religieuses. Plus la situation est complexe ; plus la géopolitique réunit au même endroit de figures dissemblables, plus la mosaïque artistique prendra de l’ampleur.

À Tolède, dans la seconde partie du premier millénaire, rien n’est simple. L’Espagne a été délogée de ses terres par les armées arabes qui – plus permissives qu’on le pense – laissent s’exprimer ici ou là quelques poches de culture chrétienne. Ces communautés qui survivent en terres occupées sont donc physiquement et spirituellement coupées de l’influence directe de la curie et sont appelées, plus pour des raisons incidentales que séditieuses – à développer leur propre cadre liturgique. C’est dans ce contexte qu’apparaît le chant Mozarabe, terme désignant les Wisigoths qui pratiquaient les rites chrétiens dans la péninsule ibérique sous domination arabe.

Il y a pourtant dans la chrétienté une volonté ferme d’homogénéiser la liturgie, tant dans son approche textuelle que musicale. Au centre de ces velléités apparaît Charlemagne qui, le premier, parvient à mettre un peu d’ordre dans ce charivari de louanges adressées sans ordonnance particulière à Dieu – évidemment – mais aussi à une ribambelle de figures saintes locales parmi lesquelles on me permettra de citer Braulio de Saragosse et Eugene de Tolède, figures marquantes du septième siècle ibérique et dont on se lamente qu’il n’existe pas encore d’album Panini.

Si l’idée de la louange eut a priori dû suffire à unifier les chrétiens de tous poils, on sait – par les schismes et par les anathèmes – que la foi ne s’est pas toujours exclusivement préoccupée des affaires de la spiritualité et que des questions de pouvoir ont pu – ici ou là – lancer le discrédit sur la chrétienté tout entière ; un tel aveu me valant de temps en temps un abondant courrier dans lequel je suis accusé d’être non seulement laps, mais aussi relaps, je présente à ceux qui se sentiraient offensés mes excuses sincères quoique pas si sincères que ça.

Rome, donc, gronde. Et on entend que la liturgie Mozarabe batte enfin sa coulpe et adopte le grégorien, comme tout le monde. Un Concile est organisé à Burgos où sont précipités des prélats couverts de mitres et de dorures qui feraient passer la traîne d’une danseuse du ventre pour la robe de bure de Sainte-Therese elle-même. Et tous ces bons pères se livrent à d’âpres disputations arrosés de libations délicates et agrémentées de repas d’un faste certain. En 1081 il est donc décidé que le Mozarabe sera remplacé par le Grégorien et la messe semble dite. Demeure, dans de précieux codex, inscrite en neumes dorées un peu de cette histoire du culte et de sa petite musique.

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