La flûte de la honte, une torture médiévale réservée aux mauvais musiciens

N’est pas Orphée qui veut ! Depuis que la musique existe, certains artistes sortent du lot grâce à leur incomparable maîtrise technique, leur compréhension musicale d’une finesse inégalée, leur sensibilité si spéciale… Et puis, à l’inverse, d’autres témoignent d’un talent inattendu pour casser les oreilles (et les pieds) de leur public infortuné. On en connaît tous, de ces artistes autoproclamés, ces virtuoses de la fausse note, ces génies de l’attentat sonore ! Qui n’a jamais rêvé – en son for intérieur, bien sûr – de réduire au silence l’un de ces outrecuidants perturbateurs ? Mais même si le calme est en tout point préférable au vacarme inutile de certaines prestations, la bonne éducation et l’empathie imposent le plus souvent de prendre son mal en patience, voire d’applaudir hypocritement l’importun.

Il n’en a pas toujours été ainsi. En d’autres temps, les artistes ont parfois dû se confronter au jugement impitoyable du public et subir les conséquences de leur manque de talent. C’est ainsi que le Moyen Âge a vu naître un instrument improbable, aussi créatif que cruel : la flûte de la honte ! Elle était particulièrement répandue aux Pays-Bas.

Ne vous y trompez pas : cette lourde flûte de métal, au pavillon évasé comme celui d’une clarinette, n’est pas un instrument de musique, mais bien de torture. En lieu et place d’un bec, elle se terminait par une entrave à laquelle on enchaînait le cou du musicien maladroit, ou même de tout artiste dont le travail n’avait pas convaincu. On serrait ensuite les doigts du malheureux le long du tube, de manière à donner l’impression qu’il joue de l’instrument.

C’était déjà une souffrance en soi, mais le pire restait à venir. Car comme son nom l’indique, la flûte de la honte est avant tout un supplice psychologique : une terrible humiliation sur la place publique. Ployant sous le poids de l’entrave, le musicien était forcé à arpenter les rues de la ville pendant des heures sous les huées et les insultes du public, qui lui lançait de la nourriture et des légumes pourris au visage.

Aujourd’hui, il est possible d’observer un exemplaire de flûte de la honte, ou "Schand Flöte" en allemand, au Musée du Crime médiéval de Rothenburg en Allemagne ou encore au Musée de la torture d’Amsterdam.

Comme dit l’adage, "Autre temps, autres mœurs" !

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