L’intelligence artificielle donne une note finale à la dixième symphonie de Beethoven

Quand l’acte de création n’est plus humain mais technologique : le public de Lausanne a récemment pu entendre une œuvre inédite, composée à partir de quelques fragments de notes de Beethoven, non pas par un être humain, mais par une intelligence artificielle. Une seconde œuvre inédite, plus longue et toujours inspirée des fragments de notes de Beethoven, sera d’ailleurs prochainement dévoilée à Bonn.

Les nouvelles technologies prennent de plus en plus de place dans notre vie de tous les jours. Elles s’insèrent également de plus en plus dans les arts, et notamment en musique classique. Et oui, les algorithmes jouent de plus en plus aux compositeurs, jonglant avec des notes de musiques comme avec des lignes de codes.

Les musiques dites "algorithmiques" ne sont pas nouvelles dans le monde de la musique classique, elles apparaissent dans les années 1950, bien avant que les nouvelles technologies s’installent dans notre quotidien. Musiques à caractère expérimental, elles sont composées par des intelligences artificielles à qui l’Homme apprend la musique, son fonctionnement, ses éléments sur base d’œuvres existantes. Et c’est d’ailleurs ce principe de "deep learning" qui a été utilisé ce week-end pour composer une œuvre inédite, une "dixième symphonie" de Beethoven, basée notamment sur quelques fragments de notes écrites par le compositeur avant de mourir en 1827.

Près de 200 plus tard, le logiciel BeethovANN 10.1 écrit une nouvelle page de l’histoire de la musique avec cette œuvre inédite, qui n’est donc pas signée de la main du génie allemand, mais composé à la manière de…

Si l’œuvre est signée par une intelligence artificielle, c’est un être humain qui se cache derrière ce projet BeethovANN 10.1, ANN étant l’acronyme anglophone pour Réseau Neuronal Artificiel. Cet homme, c’est Florian Colombo, chercheur en informatique de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et violoncelliste. Il a travaillé pendant près de 10 ans sur un logiciel d’intelligence artificiel, qu’il a entraîné à l’aide des 16 quatuors à cordes de Beethoven. Les fragments de cette fameuse 10e symphonie ont ensuite été intégrés au logiciel qui a alors composé la suite de la partition. Ce jeudi 2 septembre, quelques heures seulement avant la création mondiale de l’œuvre, Florian Colombo a donc lancé son programme qui a finalisé la partition que l’orchestre de chambre Nexus, sous la direction de son chef Guillaume Berney, a ensuite découverte pour une seule et unique répétition. Une œuvre qui a donc été dévoilée au public de Lausanne ces jeudi 2 et vendredi 3 septembre dernier.

Un résultat que Florian Colombo a partagé sur sa chaîne YouTube.

Certains crieront au scandale, au blasphème, d’autres applaudiront la performance technologique, qu’elle plaise ou non, cette performance d’une part technique et technologique et d’autre part musicale remet une nouvelle fois sur le devant de la scène le débat autour de l’insertion de l’intelligence artificielle dans le processus créatif et artistique.

Car ce n’est pas la première fois que l’intelligence artificielle se fait compositrice et tente de compléter une œuvre inachevée. En 2019, le constructeur chinois de smartphones Huawei s’est lancé un défi de taille pour démontrer toute la puissance de sa nouvelle technologie : confier à un smartphone l’achèvement de l’une des symphonies inachevées les plus emblématiques de l’histoire de la musique classique : la symphonie n°8 de Franz Schubert. L’intelligence artificielle a également été utilisée pour imiter le jeu pianistique d’un des plus grands interprètes du XXe siècle, Glenn Gould : en 2019, toujours la Yamaha Music Fondation a présenté au Ars Electronica Festival son nouveau prototype de piano connecté à une intelligence artificielle qui a appris à jouer des partitions dans le style du célèbre pianiste canadien Glenn Gould.

Une seconde dixième symphonie "de Beethoven" bientôt présentée à Bonn

C’est une œuvre qui aurait dû être présentée en avril 2020, au milieu de cette année qui aurait dû briller par les célébrations du 250e anniversaire du compositeur allemand et qui, malheureusement fut marquée par la pandémie de coronavirus.

Le projet Beethoven X, similaire à celui de l’informaticien Florian Colombo, mais de plus grande ampleur a été lancé par Deutsche Telekom, basé à Bonn, la ville natale du compositeur. La création mondiale de Beethoven X – The AI Project par le Beethoven Orchestra de Bonn sous la direction du chef d’orchestre Dirk Kaftan avec Cameron Carpenter à l’orgue se fera le 9 octobre prochain à Bonn.

Une équipe d’informaticiens et musicologues, supervisé par la professeure Christine Siegert, chef du département de recherche à la Beethoven-Haus, a travaillé sur cette Beethoven AI en se servant d’un logiciel d’apprentissage automatique. Le logiciel a d’abord ingurgité et analysé toutes les œuvres du compositeur. Il génère ensuite, grâce à des algorithmes de traitement de la parole, des tentatives de prolongements de la partition.

Une œuvre qui sera donc dévoilée le 9 octobre prochain.

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